(Bruxelles) Les ministres des Affaires étrangères de l’UE se sont entretenus lundi par vidéo avec leur homologue américain Mike Pompeo à un moment difficile dans les relations transatlantiques, évoquant la Chine, Israël et leur attachement aux organisations internationales.

Christian SPILLMANN
Agence France-Presse

« Nous avons eu une conversation. M. Pompeo a pris des notes, mais nous n’avons pas engagé une négociation. Nous avons seulement eu un échange de vues », a résumé le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell au cours d’un bref point de presse à l’issue de la réunion.

« Je suis convaincu qu’il a pris bonne note de ce qu’ont pu dire les ministres. Le ministre allemand a été très concret sur le fait qu’une annexion (d’une partie de la Cisjordanie) par Israël ne serait pas sans conséquence, mais M. Pompeo a remarqué que sur le Proche-Orient, le Luxembourg et la Hongrie avaient des points de vue très différents », a ajouté l’Espagnol, reconnaissant ainsi la faiblesse de la position européenne.

Le conflit entre les États-Unis et la Chine, les risques d’embrasement au Proche-Orient et les tensions entre la Russie et l’Ukraine ont été les trois sujets évoqués à la demande de M. Pompeo, a indiqué Josep Borrell.

La réunion a été « décevante », a confié à l’AFP un des participants. Elle n’a « rien donné », a-t-il déploré sous couvert de l’anonymat. « Le format de la vidéoconférence ne permet aucun dialogue ».

« Nous avons consacré entre 20 et 25 minutes à chacun des sujets et nous ne sommes pas entrés dans les détails », a reconnu M. Borrell.

« Rien accepté, rien refusé »

« J’ai suggéré à la fin de la réunion la possibilité de poursuivre le dialogue bilatéral sur la Chine […], mais rien de plus que cela », a-t-il dit. « Mike Pompeo n’a rien accepté, mais il n’a rien refusé ».

L’Union européenne prépare un sommet avec la Chine, a-t-il rappelé. « Il aura lieu lundi prochain » et doit réunir en vidéoconférence le premier ministre chinois Li Keqiang et les présidents des institutions européennes, a-t-il annoncé.

« L’UE doit se positionner à un moment où les tensions entre les États-Unis et la Chine constituent l’axe principal de la politique mondiale, alors que les pressions pour “choisir son camp” augmentent », avait souligné M. Borrell dans un article publié sur son blogue avant la réunion avec Mike Pompeo.

Le secrétaire d’État américain a sans surprise demandé aux « Occidentaux de s’unir contre la Chine et contre la Russie », a raconté l’un des participants européens.

« Pour nous, il est important de rester ensemble avec les États-Unis afin de partager nos préoccupations et de chercher un terrain d’entente pour défendre nos valeurs et nos intérêts », a soutenu Josep Borrell, sans souffler mot de la demande américaine.

« Le partenariat transatlantique est l’un des principaux piliers de l’ordre mondial », a-t-il insisté.

Les Européens vont à nouveau avoir l’occasion d’exprimer leurs préoccupations face au repositionnement des États-Unis engagé par le président américain Donald Trump lors des réunions de leurs ministres de la Défense mardi, puis jeudi à l’OTAN lors d’une vidéoconférence avec le secrétaire américain de la Défense Mark Esper.

Les tensions en Méditerranée, où la Turquie viole l’embargo imposé par les Nations unies sur les livraisons d’armes à la Libye, seront un des sujets de discussion.

Les Européens souhaitent que Washington joue de son influence sur Ankara, mais Mike Pompeo est resté sourd lundi à leurs demandes. « Le sujet a été évoqué par certains États membres, mais il n’était pas à l’ordre du jour de la réunion », a expliqué Josep Borrell.