Critiqué pour la lutte agressive de son administration contre les fuites d'informations confidentielles, Barack Obama a annoncé jeudi avoir demandé au ministre de la Justice Eric Holder d'entreprendre un examen sur les pratiques de son ministère en la matière. Holder doit lui remettre un rapport en juillet.

Richard Hétu

En attendant, le président devrait sans doute lire l'article que publie aujourd'hui le New York Times sur ce même sujet. On y apprend notamment que le FBI a tenté d'identifier les sources de deux autres articles signés par les journalistes de l'agence Associated Press dont les relevés téléphoniques ont été saisis secrètement par le ministère de la Justice dans le cadre d'une enquête sur un article concernant un complot d'Al-Qaïda déjoué au Yémen en 2012.

Selon le Times, le FBI a également demandé à la Maison-Blanche, au Pentagone et à des agences de renseignement des relevés téléphoniques et des courriels répertoriant des échanges avec un journaliste du Times qui a écrit des articles sur des cyber-attaques contre le programme nucléaire iranien.

Ces enquêtes s'ajoutent au cas du journalistes de Fox News James Rosen qui a été espionné par le FBI et qualifié de «co-conspirateur» dans un procès-verbal ayant mené à l'inculpation d'un conseiller du département d'État pour avoir coulé à Rosen des informations confidentielles.

L'article du Times évoque aussi l'impact «dévastateur» d'une des enquêtes du ministère de la Justice sur la carrière et la vie d'un responsable gouvernemental soupçonné d'avoir coulé des informations confidentielles. Il faut préciser que cette enquête a été menée sous la présidence de George W. Bush.

Dans son discours de jeudi dernier, Barack Obama s'est dit «préoccupé par la possibilité que des enquêtes sur des fuites puissent bloquer le journalisme d'investigation qui oblige le gouvernement à rendre des comptes». «Il ne faut pas que les journalistes encourent un risque juridique en faisant leur travail. Nous devons mettre l'accent sur ceux qui enfreignent la loi», a-t-il dit.

Deux questions s'imposent à la suite du discours d'Obama. 1) Le ministre Holder est-il la personne la plus apte pour procéder à l'examen demandé par le président? 2) Comparé à Richard Nixon par certains, dont l'ancien avocat du New York Times à l'époque des Pentagon Papers, Barack Obama n'a-t-il pas lui-même des comptes à rendre?