Dans une tribune publiée aujourd'hui par le New York Times, l'ancien consul des États-Unis à Québec, Stephen Kelly, invoque l'émigration massive des Québécois vers la Nouvelle-Angleterre de la fin du 19e siècle jusqu'aux années 1920 pour dénoncer l'obsession actuelle de plusieurs de ses compatriotes pour la sécurité frontalière comme rempart à l'immigration illégale.

Richard Hétu

«Loin de causer l'effondrement de la république, ces émigrés traversant une frontière largement ouverte ont contribué à bâtir l'Amérique que nous connaissons aujourd'hui», écrit Kelly en rappelant que les Québécois avaient d'abord occupé des emplois les plus pénibles, comme le font aujourd'hui les Mexicains, avant de s'assimiler et de prospérer.

Je cite sa conclusion :

«L'expérience canadienne-française démontre que notre obsession actuelle avec la sécurité frontalière entre en contradiction avec notre histoire, sape notre vitalité économique et échouera probablement.

«Au lieu de tenter vainement de fortifier nos frontières terrestres, nous devrions travailler de concert avec le Canada et le Mexique pour nous assurer de garder les choses que nous devrions vraiment craindre - les terroristes, les armes de destruction massive, la cocaïne - à l'extérieur de l'Amérique du Nord.»

La tribune de Stephen Kelly est publiée au moment où la Chambre des représentants à majorité républicaine examine sans enthousiasme la possibilité d'adopter à son tour un projet de réforme de l'immigration. Au début du mois, le Sénat à majorité démocrate a adopté un projet de loi ouvrant notamment une voie vers la citoyenneté à des millions d'émigrés en situation illégale aux États-Unis.