John Dowd est impayable. Après avoir affirmé avoir lui-même rédigé un gazouillis possiblement incriminant publié samedi sur le compte Twitter de Donald Trump («J'ai limogé le général Flynn parce qu'il a menti au vice-président et au FBI»), voilà qu'il affirme qu'il ne servirait à rien, de toute façon, d'accuser le président d'entrave à la justice.

Publié le 4 déc. 2017
Richard Hétu

«Le président ne peut commettre une entrave à la justice car il est le principal responsable de l'application des lois (en vertu de l'article II de la Constitution) et il a tous les droits d'exprimer son point de vue sur n'importe quelle cause», a déclaré l'avocat de Donald Trump au journaliste Mike Allen du site Axios.

La déclaration de Dowd a étonné les experts juridiques autant que le gazouillis de Trump et la revendication de l'avocat d'en avoir été l'auteur. Elle donne à penser que Dowd se prépare à une inculpation d'entrave à la justice contre son client.

Et elle rappelle une fameuse déclaration de Richard Nixon à l'intervieweur David Frost à propos de mesures illégales mises en place par son administration pour surveiller et contrôler la gauche radicale : «Quand le président le fait, cela signifie que ce n'est pas illégal.»

Rappel : Michael Flynn, conseiller pour la sécurité nationale, a quitté la Maison-Blanche le 13 février. Le lendemain, selon le témoignage de l'ancien directeur du FBI James Comey, Donald Trump a demandé à ce dernier de mettre un terme à son enquête sur Flynn. Des experts juridiques estiment que Trump s'est dessiné un beau cas d'entrave à la justice s'il a fait cette demande tout en sachant que Flynn avait menti au FBI.

Comey n'a pas abandonné l'enquête. Il a été congédié par Trump en mai. Les circonstances de son renvoi font également partie de l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l'affaire russe.

Les gazouillis intempestifs de Trump sur Comey et le FBI publiés hier pourraient être interprétés comme une tentative de faire oublier un faux pas dangereux, tout comme l'allégation infondée du président selon laquelle Hillary Clinton a menti au FBI.

«J'ai de la peine pour le général Flynn, j'ai beaucoup de peine», a déclaré Donald Trump ce matin avant de partir pour l'Utah. «Hillary Clinton a menti plusieurs fois au FBI, rien ne lui est arrivé. Flynn a menti, et sa vie a été détruite.»

Lors d'une audition devant le Congrès en juillet 2016, Comey a nié que Clinton avait menti aux agents du FBI.

Ajout : Au bout du compte, l'identité réelle de l'auteur du tweet mentionné plus haut n'aura probablement pas d'importance, si l'on se fie à cette information de CNN : le conseiller juridique de la Maison-Blanche, Donald McGahn, a confié à Donald Trump en janvier qu'il avait conclu que Michael Flynn avait menti à Mike Pence et au FBI sur la nature de ses contacts avec l'ambassadeur de Russie à Washington.

McGahn, faut-il préciser, a déjà été interviewé par les enquêteurs de Robert Mueller. Si l'information de CNN est confirmée, cela signifie qu'il a refusé de mentir sur cette question cruciale pour protéger le président.