En décidant de se retirer du Conseil de presse de l'Ontario, le groupe Sun Media a ravivé le débat à propos du contrôle des organes de presse, et de la volonté de l'industrie à se surveiller elle-même.

Mis à jour le 17 juill. 2011
Paola Loriggio LA PRESSE CANADIENNE

La décision de Sun Media, qui arrive au moment même où un scandale d'écoute téléphonique en Angleterre alimente le désir de vérifier les pratiques et l'éthique des médias à travers le monde, alimente les craintes des experts à propos de l'avenir des médias canadiens.

Jeffrey Dvorkin, directeur exécutif de «Organization of News Ombudsmen», estime que les budgets réduits et la pression accrue pour bonifier les cotes d'écoute ou le tirage de journaux ont déjà poussé des organes de presse à tourner les coins ronds.

Si les médias ne prennent pas les moyens nécessaires pour appliquer les normes de leur métier eux-mêmes, avec des organismes volontaires comme les conseils de presse, par exemple, la population s'en trouvera laissée pour compte, a-t-il expliqué en entrevue.

Il a observé qu'en ce moment, avec la crise qui secoue les pratiques des journaux de type tabloïds et la remise en question de leurs méthodes de travail, la responsabilisation des médias vis-à-vis le public était plus importante qu'elle ne l'a jamais été.

M. Dvorkin a dit croire qu'un système était déjà en place, mais que la question à se poser était celle qui cherchait à savoir si les médias allaient en profiter.

Les organes de presse canadiens sont auto-réglementés et ils se sont traditionnellement opposés à une surveillance gouvernementale, prétendant qu'une telle mesure représenterait une menace à la démocratie.

Quand Sun Media a annoncé qu'il se retirait du Conseil de presse de l'Ontario, il a dit ne pas pouvoir adhérer aux normes «de rectitude politique» de ce tribunal d'honneur des médias.

Le Conseil de presse a cependant nié des accusations de motifs idéologiques ou de biais. Cette organisation juge les plaintes déposées notamment contre les plus importants quotidiens nationaux, dont le Globe and Mail et le Toronto Star. Au fil des ans, le Conseil a examiné les reportages de 37 quotidiens, dont 27 appartiennent à Sun Media.

Quebecor, qui possède Sun Media, s'était déjà retiré l'an dernier du Conseil de presse du Québec.

Sun Media possède également des quotidiens au Manitoba et en Alberta, et ceux-ci ne sont pas non plus membres de leurs conseils de presse respectifs.

Le taux de participation aux six conseils de presse canadiens, au Québec, en Ontario, en Alberta, au Manitoba, en Colombie-Britannique et dans les Maritimes, a chuté au cours des dernières années.

Des observateurs ont également soulevé des craintes à propos de l'autorité de ceux-ci, les qualifiant de coupés du monde extérieur et dépassés.

Brian Gabrial, un professeur de journalisme à l'Université Concordia de Montréal, estime que la chute de la participation et la faible présence en ligne des conseils les rendent pour ainsi dire inutiles.

Dans un essai qu'il a publié l'an dernier, il exhorte les conseils à «se regrouper et à repenser leurs actions» afin d'y inclure la surveillance des médias en ligne et d'encourager la participation du public.