(New York) Les prix du pétrole ont vivement rebondi mercredi, dans un marché très volatil après plusieurs séances de pertes, stimulés par les inquiétudes sur l’approvisionnement en hydrocarbures russes qui pourraient pousser l’Union européenne vers un embargo.

Mis à jour le 11 mai
Agence France-Presse

Le baril de West Texas Intermediate (WTI) américain pour livraison en juin a grimpé de 5,96 % à 105,71 dollars, après avoir lâché plus de 3 % la veille et glissé sous la barre des 100 dollars.


Celui de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet, coté à Londres, a augmenté de 4,92 % à 107,51 dollars.

Les cours ont pris de la hauteur dès le début de journée après des nouvelles de rupture d’alimentation de gaz russe dans les pipelines passant par l’Ukraine.

« On a vu des coupures de gaz naturel russe vers l’Europe et cela a fortement préoccupé les investisseurs ce qui a soutenu le rebond des cours », a expliqué Matt Smith, analyste en chef pour le pétrole chez Kpler.

« Considérant les coupures déjà intervenues en Bulgarie, en Pologne, cela va pousser les leaders européens à pencher pour un embargo ou à pivoter vers d’autres sources d’approvisionnement que l’énergie russe », a-t-il ajouté.

Les craintes sur la fiabilité de l’approvisionnement en hydrocarbures russes ont ainsi repris de plus belle, le volume de gaz russe transitant par l’Ukraine apparaissant en baisse mercredi, car les combats dans l’est du pays avec l’armée russe empêchent selon Kyiv le bon fonctionnement d’infrastructures gazières.

Pour Victoria Scholar, analyste pour Interactive Investor, « la perspective d’une interdiction du pétrole russe par l’Union européenne et l’effet restrictif que cela aurait sur la disponibilité » des hydrocarbures, a ainsi poussé les cours vers le haut.

Après une semaine de baisse pour l’or noir, les prix ayant été douchés par les craintes de ralentissement liées aux confinements en Chine, la remontée des cours a aussi été alimentée par un facteur technique, estimait Andrew Lebow de Commodity Research Group.  

« Il faut reconnaître qu’on évolue dans des échanges hautement volatiles avec de forts écarts de prix, ces derniers jours. Cette remontée des cours constitue en partie un rebond après les mauvaises séances », a-t-il indiqué.

Le rapport sur les stocks hebdomadaires américains est ressorti mitigé, et « dans le fond, son impact a été neutre sur le marché » qui est resté fortement haussier mercredi, a avancé Matt Smith.

Les réserves commerciales de pétrole brut aux États-Unis ont fortement gonflé la semaine dernière contre toute attente, de 8,5 millions de barils, ce qui d’ordinaire n’est pas vu d’un bon œil par le marché, car cela signifierait une panne de la demande.  

Mais ce fort rebond reflète en fait un prélèvement important dans les réserves stratégiques américaines de 7 millions de barils, selon le rapport hebdomadaire de l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA).

Depuis septembre, et de façon accélérée depuis la guerre en Ukraine, le gouvernement de Joe Biden puise dans les réserves stratégiques, qui ont fondu de plus de 78 millions de barils depuis sept mois, dans l’optique de faire baisser les prix à la pompe.

Dans un marché encore plus tendu sur les produits finis, le prix de l’essence à la pompe a grimpé mercredi à un nouveau record, en données non ajustées de l’inflation, à 4,40 dollars le gallon (3,78 litres), selon l’AAA (American Automobile Association).

L’administration Biden va puiser encore davantage dans ses réserves stratégiques au rythme de 7 millions de barils par semaine pendant les six prochains mois à partir de mai, toujours dans l’optique de faire chuter les prix.