(Londres) Une nouvelle flambée du prix du bitcoin vendredi porte la valeur de l’ensemble des bitcoins créés depuis 2009 à plus de 1000 milliards de dollars, un marché dopé par l’engouement de certaines grandes entreprises et malgré les inquiétudes des régulateurs.

Joseph SOTINEL
Agence France-Presse

Vers 11 h, le bitcoin a atteint un nouveau plus haut historique à 54 790 dollars, en hausse de 5,5 % sur la séance.

Avec plus de 18,6 millions de bitcoins créés depuis son lancement en 2009 par des anonymes, l’ensemble du marché représente potentiellement 1015 milliards de dollars, selon le site Coinmarketcap.com.

Depuis le début de l’année, le prix du bitcoin a grimpé de 89 %, une performance qui fait craindre à certains acteurs du marché qu’une bulle similaire à celle de 2017 risque d’exploser.

« Presque aussi naze » que le dollar

Vendredi, Elon Musk, dont l’entreprise Tesla a participé à la hausse des prix en annonçant avoir acheté 1,5 milliard de dollars en bitcoin, a défendu la décision de son groupe sur Twitter.

PHOTO HANNIBAL HANSCHKE, ARCHIVES REUTERS

L'entreprise d'Elon Musk, Tesla, a participé à la hausse des prix en annonçant avoir acheté 1,5 milliard de dollars en bitcoin. Musk a défendu cette décision sur Twitter.

« Quand la monnaie souffre d’un taux d’intérêt négatif, il faudrait être idiot pour ne pas regarder ailleurs », a-t-il argumenté, ajoutant que le « bitcoin est presque aussi naze que la monnaie fiduciaire, j’insiste sur le “ presque ” ».

Les adeptes du bitcoin voient dans le réseau décentralisé, créé par des anonymes en 2008, un moyen de se prémunir contre les actions des banques centrales.  

Le nombre maximal de bitcoins en circulation a été fixé à 21 millions, un montant gravé dans le marbre sur ce réseau décentralisé où personne n’a la main sur la politique monétaire.

Dans les derniers mois, de nombreuses entreprises financières ont également montré leur intérêt pour le bitcoin.

Du géant du paiement en ligne Paypal en octobre au mastodonte des fonds d’investissement BlackRock fin janvier, en passant par la plus vieille banque de Wall Street BNY Mellon, de nombreux acteurs financiers américains ont annoncé préparer le lancement de services permettant d’acheter, de vendre ou d’utiliser des cryptomonnaies.

Plus que Tesla, moins que Google

Mais la croissance insatiable du bitcoin inquiète des observateurs du marché, qui estiment qu’avec un prix qui a quintuplé en un an, une forte correction, voire l’explosion d’une bulle, est probable.

« Les tweets de Musk ont tout changé dans les dernières semaines, nous n’avons pas affaire à des achats rationnels », estime un courtier en cryptomonnaies qui a demandé à garder l’anonymat.

Les banques centrales, quant à elles, critiquent régulièrement les cryptomonnaies, à l’image de la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde qui a qualifié le bitcoin d’« actif hautement spéculatif » en février.

À 1000 milliards de dollars, le marché du bitcoin dépasse théoriquement la capitalisation boursière de Tesla ou du groupe chinois Tencent, et approche des niveaux d’Alphabet, la maison mère de Google (1400 milliards de dollars).

Les analystes de JPMorgan avaient eux prédit que la « capitalisation » du bitcoin pourrait à terme rejoindre celle de l’or utilisé à des fins financières, qu’ils évaluent à 2600 milliards de dollars.

Cependant, le concept de taille du marché pour une monnaie ne convainc pas de nombreux économistes. Par ailleurs, une partie des bitcoins émis a déjà disparu, notamment quand des plateformes d’échanges se sont effondrées dans les jeunes années de la cryptomonnaie.

Selon le cabinet spécialisé Chainalysis, un cinquième des bitcoins n’a pas bougé depuis plus de cinq ans. Un ou deux millions d’entre eux appartiendraient à Satoshi Nakamoto, le pseudonyme du ou des créateurs anonymes de bitcoin.