Le repli boursier d’Alimentation Couche-Tard s’est poursuivi jeudi après qu’une grande banque a retiré sa recommandation d’achat sur le titre de l’entreprise de Laval et abaissé de façon substantielle sa cible sur 12 mois.

Publié le 15 janv. 2021
Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

L’action de Couche-Tard a cédé 2 % jeudi pour clôturer à 36,29 $ à Toronto. Le titre a maintenant perdu plus de 16 % de sa valeur depuis le 1er janvier.

Dans un rapport publié jeudi, l’analyste new-yorkaise Karen Short, chez Barclays, évoque plusieurs raisons pour justifier sa décision de ne plus suggérer d’acheter l’action de Couche-Tard. Au passage, elle charcute de 30 % son cours cible, qui était de 53 $, pour le faire passer à 37 $.

Même après avoir pris connaissance des réticences du ministre français de l’Économie entourant l’intérêt de Couche-Tard envers Carrefour, elle croit qu’un regroupement des deux entreprises ne semble pas improbable à la lumière de la reconnaissance par Couche-Tard du dépôt d’une lettre d’intention visant un rapprochement amical sur la base d’un prix de 20 euros par action.

Elle fait toutefois valoir qu’une transaction réalisée 100 % au comptant augmenterait inévitablement, bien que temporairement, le niveau d’endettement de Couche-Tard.

Elle soutient aussi voir très peu de synergies à dégager d’une fusion des deux entreprises. « Cette transaction potentielle ajouterait une autre couche de complexité sur le plan géographique dans l’analyse de Couche-Tard », précise-t-elle.

Karen Short souligne aussi que durant l’année 2020, le commerce de détail dans l’alimentation à l’échelle mondiale aura connu une croissance sans précédent de ses ventes et de ses profits, ce qui fait en sorte que les transactions dans l’industrie ne se réalisent certainement pas aujourd’hui avec des multiples d’évaluation qui sont conservateurs.

Elle estime également probable que les marges sur le carburant soient sous pression sur le marché américain cette année, notant au passage que les profits réalisés avec la vente d’essence aux États-Unis devraient compter pour environ 33 % de la rentabilité chez Couche-Tard pour l’ensemble de l’année 2020 qui vient de se terminer.

Karen Short n’est pas la seule analyste à ne plus proposer l’achat de l’action de Couche-Tard depuis le début de l’année. La semaine dernière, Michael Van Aelst, de la TD, avait retiré sa recommandation en reconnaissant que Couche-Tard s’était bien adaptée aux besoins des consommateurs durant la pandémie, mais en soulignant que les gains à réaliser en 2021 ne seraient pas les mêmes puisque les habitudes de consommation allaient se normaliser cette année.

Pourparlers France-Québec

Par ailleurs, le gouvernement Legault semble avoir ouvert des canaux diplomatiques avec la France, qui s’inquiète pour l’avenir de son fleuron. « Nous sommes en contact avec l’Élysée au moment où l’on se parle pour promouvoir le fait que Couche-Tard pourrait être un bon propriétaire », a affirmé jeudi le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, en marge d’une annonce sur un autre sujet.

Répondant brièvement en anglais à une question sur le dossier, le ministre a donné l’exemple de la société française Alstom, qui est devenue un « bon propriétaire » pour Bombardier Transport – une transaction qui sera finalisée le 29 janvier.

Au moment de publier, Couche-Tard n’avait pas répondu à une demande d’information entourant l’enjeu politique du dossier.

L’agence Bloomberg a de son côté rapporté jeudi, en citant des sources confidentielles gravitant autour du détaillant français et du gouvernement Macron, que le ministère des Finances serait prêt à se pencher sur une proposition officielle.

Carrefour exploite près de 13 000 hypermarchés, supermarchés et dépanneurs dans une trentaine de pays.

— Avec La Presse Canadienne