(Paris) Les marchés européens, échaudés par l’absence de coordination à Bruxelles face à la pandémie, ont marqué le pas mercredi tandis que Wall Street a fait preuve de plus d’optimisme.  

Anne PADIEU
Agence France-Presse

L’indice vedette de la Bourse de New York, le Dow Jones, a fini en hausse de 3,4 %.

Plus tôt dans la journée, la majorité des marchés européens avaient terminé en léger repli : Francfort a reflué de 0,23 %, Londres de 0,47 %, Milan de 0,18 % et Madrid de 0,73 %.  

Seule Paris (+0,10 %) a réussi à se hisser très timidement dans le vert en fin de séance.

Le regain d’énergie à Wall Street est, selon Karl Haeling de LBBW, principalement lié au sentiment d’avoir peut-être atteint une certaine stabilisation des cas de contaminations dans certains foyers.  

Ainsi l’État de New York a indiqué mercredi avoir enregistré un nouveau record de décès liés au coronavirus, mais la courbe de progression des nouvelles hospitalisations s’y aplatit.

« Le virus a peut-être atteint un pic ou, du moins, s’en rapproche, ce qui donne espoir aux investisseurs que, d’ici à fin mai, l’activité économique pourra véritablement reprendre », estime-M. Haeling.  

Il reste toutefois « un très grand nombre d’incertitudes », susceptibles de faire chavirer la Bourse à tout moment, prévient-il.

 « Le marché en dents de scie est la nouvelle norme et ça va le rester tant que la volatilité ne chute pas beaucoup plus bas », prédit M. Haeling.

Côté européen en revanche, l’optimisme « décline devant les doutes grandissants sur le calendrier et la manière de mettre fin à la quarantaine et au confinement », avance Jasper Lawler, analyste pour London Capital Group.

De surcroît, « l’échec des ministres des Finances de la zone euro à entreprendre une action conjointe souligne la capacité limitée des gouvernements à amortir les retombées économiques à venir ».

La perspective d’une accalmie sur le front sanitaire, qui avait permis aux indices européens de conserver un certain entrain en début de semaine, a cédé la place à un regain d’anxiété.

Le compte-rendu de la réunion au cours de laquelle la Banque centrale américaine avait mi-mars abaissé ses taux à près de zéro était, lui, plutôt pessimiste : ses responsables y jugeaient alors que l’incertitude liée à la pandémie faisait peser un « grave danger sur les perspectives économiques ».

L’institution a depuis multiplié les interventions, et inondé les marchés de liquidités, pour limiter l’impact du choc.

Absence de réponse commune

Le confinement de plus de la moitié de l’humanité et la mise en sommeil des capacités de production ont déjà eu raison de la croissance économique de l’Allemagne et de la France, cette dernière connaissant désormais une récession.

 « L’impact sur l’économie devrait être confirmé avec le début de la saison des résultats et la publication des statistiques économiques pour le premier trimestre », estime Vincent Boy, analyste marché chez IG France.

Les ministres européens des Finances sont sortis bredouilles d’une nuit de discussions destinées à apporter une réponse économique commune face au coronavirus et doivent se réunir à nouveau jeudi.  

Et à défaut d’une mise en place d’une règle commune à suivre au sein de l’Union européenne et des pays associés, plusieurs pays, dont l’Autriche, la Slovénie, la Norvège et le Portugal, préparent chacun de leur côté un retour à la normale.  

 « Aucun pays ne peut restaurer de manière durable les conditions de vie et d’activité normales si ses voisins ne sont pas eux-mêmes tirés d’affaire. En somme, il y a là un argument puissant en faveur d’une coordination, d’une part des mesures sanitaires, d’autre part des politiques budgétaires », écrit Bruno Cavalier chez Oddo BHF.

Or, « l’Europe est défaillante sur ces deux domaines ».

Si le marché de la dette a peu bougé, les cours du pétrole pour leur part ont terminé en nette hausse, les investisseurs espérant que les géants mondiaux de l’or noir se mettent d’accord sur une réduction de leur production à l’issue d’une réunion jeudi. Le baril de WTI à New York a bondi de 6,2 % et celui de Brent à Londres a progressé de 3,0 %.