« Il faut demeurer humble dans le contexte d’une pandémie », dit le PDG Louis Vachon

Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

La Banque Nationale vient de rassurer bien des gens. La performance financière des mois de mai, juin et juillet dépasse de beaucoup les attentes de Bay Street, et les investisseurs ont applaudi mercredi en poussant l’action de la plus grande banque du Québec à son plus haut niveau depuis février.

Le titre de la Banque Nationale est essentiellement de retour à son niveau d’avant la pandémie. Même chose pour les profits par action. Mais surtout, les provisions pour prêts du trimestre sont beaucoup moins importantes que ce qui était attendu.

Alors que le PDG Louis Vachon qualifiait les résultats trimestriels de « très bons » en téléconférence, un analyste lui a demandé ce qu’il faudrait pour qu’il se dise ravi. « Il faut rester humble », a-t-il répondu.

« C’est difficile de se montrer enchanté dans le contexte d’une pandémie qui affecte un important segment de la population de façon très négative. Il faut éviter d’être sur les talons. La dernière chose qu’on veut démontrer est de l’arrogance », a sagement répondu le PDG.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Vachon, PDG de la Banque Nationale

Louis Vachon a néanmoins affirmé qu’il voyait des « signaux clairs » de rebond dans l’économie.

Il note que depuis la réouverture progressive de l’économie, plusieurs indicateurs se sont améliorés, mais que la situation demeure incertaine, notamment dans l’anticipation d’une éventuelle deuxième vague de COVID-19.

Bonne position

Il est selon lui encore trop tôt pour prévoir les effets de la pandémie sur l’économie à long terme, mais il soutient que la Banque Nationale est dans une position de force grâce à la solidité de son bilan, à son positionnement défensif, à la qualité de ses portefeuilles de crédit et à son approche prudente en matière de provisionnement.

La rentabilité de la sixième institution bancaire en importance au pays est demeurée stable au cours des mois de mai, juin et juillet, alors que les analystes prévoyaient une importante chute.

L’institution financière montréalaise a généré des profits nets de 602 millions au plus récent trimestre, alors qu’ils avaient atteint 608 millions un an plus tôt. Ce résultat est l’équivalent de 1,66 $ par action. Le consensus des experts de Bay Street, selon les calculs de la firme de données financières Refinitiv, s’articulait autour de 1,30 $ par action.

La banque enregistre des dotations aux pertes de crédit de 143 millions pour le trimestre, en hausse de 66 % sur un an, mais en baisse de 72 % par rapport aux 504 millions du trimestre précédent.

Encore ici, les experts ont été confondus, car ils s’attendaient à ce que la banque enregistre 289 millions en dotations aux pertes de crédit.

Les activités dans l’important secteur des particuliers et entreprises ont dégagé un résultat net de 233 millions durant le trimestre, en baisse de 15 % sur un an. La direction attribue essentiellement cette baisse au recul du revenu total et aux dotations aux pertes de crédit.

La direction souligne que les dotations aux pertes de crédit sur les prêts dépréciés sont en hausse pour les services aux entreprises et le secteur des marchés financiers. L’augmentation est toutefois atténuée par une baisse des dotations sur les prêts dépréciés sur les créances sur cartes de crédit ainsi que sur les prêts dépréciés de la filiale Credigy, est-il précisé.

L’action de la Banque Nationale a gagné 4 % mercredi pour clôturer à 71 $ à Toronto. Le titre est ainsi pratiquement de retour à son plus haut niveau des 52 dernières semaines.

Selon l’analyste Darko Mihelic, de RBC, les résultats présentés par la Banque Nationale sont dans leur ensemble « plutôt positifs ». Toutefois, dit-il, « les revenus s’avèrent inférieurs à mes prévisions, et d’autres banques développent des ratios de capital plus élevés, ce qui tempère un peu mon enthousiasme ».

C’est la défense qui gagne les championnats, souligne de son côté son collègue Doug Young, chez Valeurs mobilières Desjardins. « J’aime la position défensive de la Banque Nationale », dit-il en raison notamment de la forte concentration des activités de la banque au Québec. « Cela dit, tout indique que cet aspect est escompté dans le titre. »

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