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Montréal boudé par les chefs lors de la campagne électorale

Montréal a été largement boudé par les chefs... (PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Montréal a été largement boudé par les chefs pendant la campagne électorale, la majorité des circonscriptions ignorées ces 38 derniers jours s'y concentrant, révèle une compilation de La Presse.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Montréal a été largement boudé par les chefs pendant la campagne électorale, la majorité des circonscriptions ignorées ces 38 derniers jours y étant concentrées, révèle une compilation de La Presse. Les débats ont aussi marqué un virage important alors que le chef libéral a accéléré le rythme de sa campagne, tandis que ses trois adversaires ont considérablement ralenti la cadence.

DANS L'ANGLE MORT DES PARTIS

Depuis le début de la campagne, 26 des 125 circonscriptions du Québec n'ont pas reçu la visite d'un chef. La moitié d'entre elles se trouvent sur l'île de Montréal, toutes détenues par le Parti libéral.

Onze autres sont situées dans sa banlieue et ont voté en majorité pour la Coalition avenir Québec (CAQ) aux dernières élections. Les fortes majorités observées lors du scrutin de 2014 et les projections des sondages pour lundi soir pourraient expliquer le désintérêt des partis, estime Jean-Herman Guay, professeur de science politique à l'Université de Sherbrooke.

« À quoi bon s'y rendre ? Une présence du chef n'y changera rien en fin de compte. Que ces circonscriptions aient été ignorées n'est donc pas surprenant. C'est même très logique et très stratégique. »

Reste que le désintérêt marqué du chef caquiste François Legault pour Montréal étonne le politologue. « L'île de Montréal, c'est le quart de la population québécoise, mais la CAQ y a fait à peine 6 % de ses déplacements. C'est comme si on avait boudé Montréal. Pour un parti qui aspire à former le gouvernement, c'est fascinant », observe-t-il.

LEGAULT RATISSE LARGE

Si la CAQ a pratiquement ignoré Montréal, il en va tout autrement pour le reste du Québec. La formation est de loin celle qui a visité le plus de circonscriptions différentes, soit 60. Signe que le parti espère faire d'importants gains, François Legault a très peu visité des secteurs où son parti l'avait emporté en 2014.

En fait, depuis la mi-campagne, le chef caquiste n'a pas visité une seule circonscription où l'un de ses députés défend son siège. « On voit qu'ils ont été plutôt stratégiques. Ils ont visé surtout des circonscriptions francophones, essayé de couvrir large, à l'exception de Montréal », résume Jean-Herman Guay.

La CAQ a toutefois ralenti le rythme depuis la mi-campagne. En première moitié de course, le parti visitait en moyenne 3,1 circonscriptions par jour. En fin de parcours, François Legault s'est borné à 2,1 sorties par jour. « Legault me semble très fatigué, alors, qu'il se soit donné des journées de repos, c'était relativement salutaire », poursuit M. Guay.

COUILLARD EN VITESSE SUPÉRIEURE

Contrairement à ses adversaires qui ont ralenti la cadence, Philippe Couillard a mis le pied sur l'accélérateur en deuxième moitié de campagne. Alors qu'il faisait en moyenne 2,8 arrêts par jour au départ, il a augmenté le rythme pour atteindre 3,3 visites. « La chute de la CAQ entre le début et la fin de la campagne a sans aucun doute donné de l'espoir et de l'énergie pour accélérer le rythme de campagne », observe Jean-Herman Guay.

Le politologue souligne aussi que les sondages ont eu tendance à sous-estimer le vote libéral lors des dernières élections. « En est-il de même pour ces élections ? Si c'est le cas, il faut imaginer que cela donne aussi une impulsion pour le dernier sprint de campagne », poursuit M. Guay.

Au-delà du rythme de croisière, le PLQ a maintenu sa stratégie de tenter de défendre les circonscriptions remportées en 2014 en y multipliant les visites. Trois arrêts de campagne sur quatre ont eu lieu dans un secteur libéral. Et les rares fois où Philippe Couillard en est sorti, c'était pour visiter des endroits où le PLQ était arrivé deuxième au dernier scrutin.

ITINÉRAIRE « ERRATIQUE » POUR LISÉE

L'itinéraire de campagne de Jean-François Lisée laisse Jean-Herman Guay songeur. Le politologue comprend mal pourquoi le chef péquiste a fait autant d'arrêts dans Duplessis (5), alors que la circonscription lui semble acquise.

Et à l'inverse, pourquoi a-t-il visité autant Sainte-Marie-Saint-Jacques (4), où ses chances semblent faibles face à Manon Massé ? « C'est un peu singulier. Il y a quelque chose d'un peu erratique », observe M. Guay. Le rythme de campagne du PQ a aussi considérablement ralenti en deuxième moitié de campagne.

Après un départ sur les chapeaux de roues (3,5 sorties en moyenne par jour), Jean-François Lisée en a fait 2,6 dans la dernière ligne droite. Et alors que les trois autres chefs ont maintenu leur stratégie de campagne, celle du PQ semble aussi avoir changé à mi-campagne. Après avoir concentré ses efforts principalement dans des circonscriptions où son parti l'avait emporté en 2014, Jean-François Lisée a passé plus de temps dans des secteurs qui avaient échappé à sa formation aux dernières élections.

PETIT TRAIN VA LOIN POUR QS

Tout au long de la campagne, Manon Massé a maintenu un rythme beaucoup plus modéré que ses adversaires. En première partie, elle a fait 2,6 arrêts par jour en moyenne, mais n'en faisait plus que 1,8 en fin de parcours. La co-porte-parole est d'ailleurs celle s'étant accordé le plus de repos, ne faisant aucune sortie à sept reprises.

Malgré tout, la stratégie solidaire pourrait être payante, estime Jean-Herman Guay. « Dans les déplacements de campagne, c'est peut-être QS qui a joué le plus stratégiquement : moins de circonscriptions visitées et, le plus souvent, des circonscriptions avec des chances de victoire », analyse-t-il.

Manon Massé a notamment multiplié les visites dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue (12), Taschereau (7) et Sherbrooke (7), tous des endroits où le parti espère faire des gains lundi soir. Ces gains à l'extérieur de Montréal permettraient à la formation de se défaire de l'image d'un parti « montréalocentriste », estime le politologue. « Pour QS, ce sont des élections très importantes. S'ils vont chercher Taschereau et Sherbrooke, ils vont apparaître comme un parti présent à l'échelle du Québec. »

LA BATAILLE DE L'ABITIBI

Si Montréal a été boudé, l'Abitibi ne pourra en dire autant. Deux de ses trois circonscriptions apparaissent même parmi les plus visitées durant la campagne. Les chefs se sont rendus à 15 reprises dans Rouyn-Noranda-Témiscamingue.

Cet intérêt est beaucoup dû à Manon Massé, qui y a fait à elle seule 12 arrêts. François Legault a été le seul chef à ne pas y passer. Le chef caquiste a plutôt visité les deux autres circonscriptions. Le secteur d'Abitibi-Est a d'ailleurs lui aussi été lourdement courtisé, ayant été le théâtre de huit activités de campagne des chefs.

Malgré ce fort intérêt pour l'Abitibi, Taschereau demeure la circonscription la plus courtisée, alors que les chefs y ont fait 26 arrêts. En témoigne le nombre élevé de passages de chacun des chefs : Philippe Couillard 8, Manon Massé 7, François Legault 6 et Jean-François Lisée 5.




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