La publication d’un article se voulant humoristique dans le journal étudiant de Polytechnique Montréal a soulevé la controverse en raison de son caractère jugé sexiste à l’endroit des femmes qui étudient en génie.

Publié le 4 déc. 2021
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Intitulé « Martine va à l’ÉTS », le texte met en scène une étudiante qui, « dans le but de réaliser son rêve », commence des études à Polytechnique, mais échoue à ses cours et finit par les abandonner pour cuisiner « des chaussons aux pommes dans une boulangerie ».

« Martine a beaucoup de difficulté à gérer ses émotions. Ce n’était peut-être pas une si grande fille que ça, finalement », lit-on notamment dans le texte du Polyscope, le journal de l’Association étudiante de Polytechnique.

Diplômée en génie logiciel de l’École de technologie supérieure (ÉTS), Alyssa Bouchenak dit que l’article a suscité chez elle « surprise et incompréhension ».

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

L’article satirique « Martine va à l'ÉTS » publié dans le journal étudiant de Polytechnique Montréal a soulevé la controverse.

« On est rendus ailleurs : ce serait bien de faire des textes humoristiques qui ne viennent pas toujours taper sur les mêmes stéréotypes », dit la jeune femme de 26 ans.

Est-ce qu’on peut faire autre chose que de taper sur les femmes qui étudient en génie, alors que c’est déjà difficile ? On n’a pas besoin d’un texte qui vient nous rappeler ce que certains étudiants pensent de nous.

Alyssa Bouchenak, diplômée en génie logiciel de l’ÉTS

La publication de cet article, souligne-t-elle, survient à quelques jours de la commémoration du 6 décembre. Lundi, il y aura 32 ans que 14 femmes sont mortes dans un féminicide survenu à Polytechnique Montréal.

Récemment diplômée à la maîtrise de l’ÉTS en génie logiciel, Marie-Philippe Gill estime elle aussi que « ce genre de blague n’a pas sa place » dans un journal étudiant.

« Je trouvais que ça discréditait un peu les efforts que j’avais faits », dit l’autrice du blogue Girl Knows Tech.

L’article du Polyscope se moque aussi de l’ÉTS, un « établissement d’enseignement inférieur » qui admettrait « tout le monde ».

Un article « maladroit et offensant »

Polytechnique Montréal estime que le journal étudiant fondé en 1967 « n’a pas anticipé la portée de cette publication satirique ».

« L’équipe a complètement raté sa cible en publiant un article maladroit et offensant, pour les femmes, et pour les étudiantes et les étudiants de l’École de technologie supérieure (ÉTS). Ceci ne reflète en rien les valeurs de respect et d’inclusion en vigueur à Polytechnique, ainsi que les liens étroits que nous entretenons avec l’ÉTS », écrit sa porte-parole, Annie Touchette.

Il n’a pas été possible de joindre l’association étudiante, vendredi, ni la rédaction du Polyscope. Le journal étudiant a toutefois présenté ses excuses sur Facebook.

« Le Polyscope tient à réaffirmer avec vigueur son soutien à l’accès au génie des femmes et la place capitale, inestimable et nécessaire qu’elles occupent dans la profession », peut-on y lire.

« Chaque femme, chaque fille devrait pouvoir exercer dans le domaine de son choix sans discrimination ou distinction », poursuit le journal.

Alyssa Bouchenak dit qu’avant de partager son indignation sur les réseaux sociaux, elle a d’abord contacté le journal en privé, sans grande réaction de la part de sa rédaction.

Il faut toujours que ça fasse un scandale et que suffisamment de gens soient outrés pour qu’on fasse quelque chose.

Alyssa Bouchenak, diplômée en génie logiciel de l’ÉTS

Elle souhaite néanmoins que des mesures soient prises pour qu’à l’avenir, « dans le processus de révision de leurs textes, on n’en rajoute pas sur ce qui est déjà présent comme dynamiques », poursuit-elle.

Le génie demeure l’un des domaines où les femmes sont le moins représentées au Québec. Parmi les 65 000 ingénieurs inscrits à l’Ordre des ingénieurs, 15 % sont des femmes.

Au printemps dernier, Polytechnique Montréal a annoncé avoir atteint 10 ans plus tôt que prévu son objectif de diplômer 30 % de femmes au baccalauréat en génie.