Rien n’indique que la pandémie et le confinement aient amené les Québécois à redoubler d’ardeur conjugale. De coup de fil en coup de fil aux quatre coins de la province, une même réponse, conforme aux prédictions des démographes : non, il n’y a aucun baby-boom à l’horizon et il est possible que les naissances soient légèrement à la baisse au cours des prochains mois.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

Dans un document méthodologique publié en septembre, Statistique Canada notait qu’une majorité de spécialistes s’entendaient pour dire « que le climat d’incertitude et d’inquiétude devrait se traduire par la diminution de la fécondité ».

Statistique Canada ne croit donc pas à la thèse minoritaire voulant « que les mesures de confinement pourraient avoir donné lieu à une hausse des rapprochements intimes chez les couples ».

Chantal Girard, démographe à l’Institut de la statistique du Québec, doute aussi qu’un baby-boom survienne quand on aura franchi le cap des neuf mois de pandémie. Le niveau des naissances a quelque chose de cyclique, et avant même la COVID-19, relève-t-elle, on ne se dirigeait pas vers une année si féconde. « À partir de mai, on avait déjà une baisse de 300 à 400 naissances par mois, indique Mme Girard. Depuis quelques années, on observait aussi une légère baisse des naissances. L’année dernière a fait figure d’exception : c’était la première fois depuis 2012 qu’il y avait une hausse, soit de 400 naissances. »

Même si les deux évènements sont loin d’être comparables, il faut aussi noter que, contrairement à la croyance populaire, il n’y a pas eu non plus de baby-boom après la crise du verglas de 1998.

Des études menées sur cette cohorte de bébés et sur l’effet du stress ambiant sur leur santé ont peut-être amené à tort à penser que la fécondité des Québécois avait alors été dans le tapis.

Statistiquement, ça ne sera pas avant avril ou mai que l’Institut de la statistique du Québec saura réellement quel aura été l’impact de la pandémie sur la natalité.

Mais en attendant, des coups de fil dans les services d’obstétrique de la province donnent tous le même résultat : les suivis de grossesse ne sont certainement pas à la hausse et ils semblent même un peu à la baisse, par endroits.

Le bon moment ?

Avec les services de garde et les écoles qui ont été longtemps fermés, les couples devaient jongler avec des horaires atypiques, y compris pour leurs activités sexuelles quand ils avaient déjà des enfants à la maison (ça se couche plus tard, un enfant en vacances prolongées). Quand grossesse il y a eu, était-ce un bon moment, finalement ?

Toutes les femmes à qui nous avons parlé ont relevé que les suivis avaient été moins serrés en raison de la pandémie.

Pour sa part, la comédienne et animatrice Julie Ringuette, qui avait dû avoir recours à des traitements de fertilité pour sa première fille et qui avait du mal à croire qu’elle était de nouveau enceinte, raconte qu’elle n’a pas entendu le cœur de son bébé avant trois mois et demi de gestation. « J’en faisais une phobie. Y a-t-il vraiment un cœur ? Ou deux ? »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

La comédienne et animatrice Julie Ringuette avait du mal à croire qu’elle était de nouveau enceinte.

Au tout début de la pandémie, on ne savait pas l’effet de la COVID-19 sur le fœtus, alors ma médecin, qui était par ailleurs débordée, m’a dit d’être patiente et d’attendre, d’autant qu’elle savait que j’avais de saines habitudes de vie.

Julie Ringuette, comédienne et animatrice

De son côté, Olivier Lapierre, dont la conjointe était sur le point d’accoucher au moment d’écrire ces lignes, a trouvé difficile de rater des échographies. « En tant que père, c’est un peu intangible, la grossesse. Tu vois le corps de ta conjointe se transformer, mais le premier battement de cœur, c’est important, ça rend ça autrement réel. »

Bianca Farinacci, qui est enceinte de 32 semaines, a fait ses échographies dans une clinique privée et son mari a pu être présent. Mais elle aussi s’inquiétait de suivis moins serrés qu’ils ne l’auraient été normalement. « On m’a dit que comme la grossesse allait bien, ce n’était pas nécessaire que je me présente en personne, que ça éviterait qu’il y ait trop de monde dans la salle d’attente. Heureusement, en cas de problème, je pouvais appeler mon médecin. »

L’accouchement est aussi plus stressant en temps de pandémie. Accoucher avec un masque, comme il est possible que ça arrive, ce n’est pas l’image que j’avais en tête.

Bianca Farinacci, enceinte de 32 semaines

Mais être enceinte en confinement a certes eu ses avantages. « J’étais très contente d’avoir cette bonne nouvelle à annoncer aux grands-mères, dit Julie Ringuette. Je leur ai dit de rester fortes et prudentes, qu’une autre petite allait arriver ! »

Bien que très prise par le travail, Bianca Farinacci raconte avoir été contente de vivre cette grossesse au calme, à la maison, en vêtements confortables. Mais comme tant d’autres, Olivier Lapierre et sa conjointe vivent cette grossesse tout en subissant les contrecoups de la situation économique difficile. « Je travaille pour des PME, qui sont particulièrement touchées. Je viens de nouveau de perdre un travail, on a mis fin à mon contrat en comptabilité. »