La Presse présente une personne qui se démarque par son engagement et son humanisme. Un coup de chapeau à ces héroïnes et héros du quotidien, capables de changer le monde à leur façon.

Marie-Claude Lortie
Marie-Claude Lortie La Presse

Jade Lupien a 20 ans.

Mais elle fait du bénévolat depuis qu’elle en a 10.

« Ma mère m’avait amenée à la SPCA parce que là, ils acceptaient les enfants », raconte-t-elle, au sujet de ses premières armes dans le monde de l’aide et de l’assistance.

« On promenait les chiens, on nettoyait les cages. »

Ce dont Jade Lupien, notre héroïne du mois, ne se souvient pas, par contre, c’est quand elle a décidé qu’elle voulait consacrer sa vie à aider et qu’elle ferait carrière dans le domaine humanitaire. Parce qu’elle en parle depuis très, très longtemps.

« Je suis chanceuse, j’ai toujours su que c’était ça, ma passion. »

Nous sommes assises dans un couloir à l’Université de Montréal, où elle étudie l’anthropologie depuis septembre, et ses yeux brillent quand elle parle d’aider.

La chose qui la rend la plus heureuse durant sa semaine ?

Ses heures passées tous les samedis matin à la Mission Bon Accueil, un organisme d’aide aux personnes en difficulté. Elle s’occupe de la banque alimentaire, où les personnes dans le besoin peuvent venir faire leurs courses pour deux semaines.

La Presse a choisi Jade Lupien héroïne du mois pour souligner le caractère très inspirant de son attitude face à la vie, même à son jeune âge.

« J’ai tellement de chance », dit-elle. La chance d’aller à l’école, d’avoir une maison, de vivre dans un pays en paix.

Toutes les possibilités s’offrent à moi, toutes les portes sont ouvertes. Je me dis que quand on a ça, il faut qu’on utilise cette chance pour faire quelque chose.

Jade Lupien

Sur son dos, elle a fait tatouer, en espéranto, la langue universelle : « Utilise ta chance. »

Aider n’est pas un mode de vie qu’elle a décidé de copier. Dans sa famille, elle est la seule à faire autant de bénévolat et à en revenir aussi satisfaite.

« Mais moi, le mardi, c’est ma journée préférée », raconte la jeune femme.

« Quand t’aides une autre personne, même sans t’en rendre compte, ça te fait du bien. Tu te dis “oui, j’ai aidé, mais ça m’en a apporté autant.” »

Et les gens qui rouspètent comme si c’était la fin du monde parce que leur assiette n’est pas assez chaude, comme elle l’a vu souvent quand elle travaillait à Terrebonne dans un restaurant ? « Ça me met hors de moi. »

L’été aussi, Jade fait du bénévolat. Au camp de jour de la Mission Bon Accueil fréquenté par des jeunes dont la vie n’est pas facile. Là, elle entend des témoignages qui, souvent, la bouleversent. Mais lui donnent aussi envie de continuer et le sentiment de faire vraiment œuvre utile.

À une certaine époque, la jeune femme, qui est née à Montréal, rue Saint-Hubert, a grandi à Lachine et a passé son adolescence à Terrebonne, faisait une heure et demie à l’aller puis au retour, en partant de sa banlieue, pour aller aider à l’organisme de Saint-Henri.

Elle avait 18 ans. Ses études en ont souffert. C’était trop. Elle a donc dû faire une pause.

Mais depuis qu’elle a commencé l’université en septembre dernier, elle habite Montréal. C’est beaucoup plus proche et elle a repris du service.

Ça donne une bonne idée de son attachement.

Jade n’a pas toujours été une enfant modèle. Elle raconte qu’à l’adolescence, à l’école Saint-Sacrement à Terrebonne, l’aînée d’une famille de deux enfants, dont les parents sont aujourd’hui séparés, « voulait déplacer de l’air ». Elle remercie la direction de ne jamais l’avoir mise à la porte. Elle estime avoir beaucoup appris de l’autorité qu’on lui a imposée, même si elle la refusait. « J’ai un problème avec l’autorité », dit-elle.

Peut-être est-ce pour cela que son rêve ultime dans la vie est d’avoir un jour son propre organisme humanitaire. Pour faire les choses comme elle l’entend.

« Mais travailler aux Nations unies me tente aussi. C’est comme deux rêves que j’ai depuis toujours. »

Les études en anthropologie, croit-elle, l’aideront à mieux comprendre les humains et trouver de meilleures façons de répondre aux besoins de ceux qui ont besoin d’aide. Pour le moment, elle pense recherche, doctorat, apprendre des langues. Peut-être un enfant un jour, mais pas tout de suite. Et ce sera par adoption. « J’ai toujours dit ça, je veux en sauver un. »

Et Jade n’a pas peur de ne pas réussir à atteindre tous ces différents objectifs. Quand on est passionné, qu’on étudie fort et qu’on travaille fort, les choses marchent, explique-t-elle. « Je suis confiante que je vais y arriver un jour. Je suis prête à mettre les efforts. Ces buts ont toujours été là, aussi longtemps que je me rappelle. »

Et quoi qu’il en soit, quoi qu’elle choisisse, elle se rappellera aussi une leçon cruciale que lui a enseignée un jour une bénévole croisée à la Mission, explique la jeune femme. « Et la leçon, c’est qu’on ne peut pas régler tous les problèmes du monde. »

Il faut, dit-elle, garder des ambitions modestes pour ne jamais se décourager et se rappeler que même si on change la vie d’une seule personne, c’est déjà énorme.

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