Dans les deux années suivant leur arrivée au Canada, les immigrants envoient plus de 92 millions de dollars à leurs proches restés dans leur pays d'origine. Après quatre ans, la somme d'argent gagnée au pays et envoyée aux quatre coins du monde s'élève à 134 millions. C'est ce que révèle une étude sur les envois de fonds par les immigrants récents rendue publique hier par Statistique Canada.

Émilie Bilodeau

De 6 à 24 mois après leur arrivée, 23% des immigrants envoient des fonds d'une valeur moyenne de 2500$ à leurs parents. De 25 à 48 mois, cette proportion augmente à 29% et les montants grimpent à 2900$.

Jane Nyoike fait partie de ces immigrants qui envoient une partie de leurs économies dans leur pays d'origine. «Je le fais pour que les membres de ma famille puissent acheter de la nourriture, pour qu'ils puissent envoyer leurs enfants à l'école, en fait pour qu'ils puissent vivre un peu plus convenablement», raconte la Kényane qui a délaissé toute sa famille pour venir s'établir à Montréal, il y a près de huit ans.

Mme Nyoike expédie de l'argent et des vêtements environ six fois par année. «C'est normal d'aider ma famille. Elle m'a élevée et comme j'ai la chance d'être ici, je lui dois ça en retour», confie-t-elle.

La Banque mondiale évalue à 318 milliards US les envois de fonds à l'échelle de la planète, dont 240 milliards à destination des pays en voie de développement en 2007. «Les envois de fonds déclarés sont deux fois plus élevés que l'aide officielle et représentent près des deux tiers des investissements étrangers directs reçus par les pays en développement», indiquait il y a quelques mois Dilip Ratha, économiste principal du groupe Perspectives du développement de la Banque mondiale.

Les envois d'argent ont augmenté de 73% entre 2001 et 2005. Les réseaux qui unissent les établissements financiers du monde entier et les technologies des télécommunications expliquent cette forte hausse.

Statistique Canada estime que la somme des envois de fonds pourrait être 50% plus élevée. Les envois par courrier, par bureaux de change, et les sommes inférieures à un seuil minimal n'ont pas été répertoriés pour cette étude. Les sommes données directement par la famille ou les amis ne sont pas déclarées non plus.

Rachad Antonius, directeur adjoint au Centre de recherche sur l'immigration, l'ethnicité et la citoyenneté, affirme qu'il ne faut pas croire que «le Canada est une vache à lait pour les pays en développement. Beaucoup d'immigrants viennent aussi ici pour investir de gros montants d'argent».

C'est la première fois que Statistique Canada s'intéresse aux envois de fonds à l'étranger. Entre 2001 et 2005, l'organisme a suivi 12 000 immigrants.