Moscou promet de riposter aux pressions américaines sur sa chaîne RT

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Une camionnette de la chaîne de télévision RT passe devant les bureaux de Moscou.

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Maxime POPOV
Agence France-Presse
MOSCOU

La Russie a annoncé vendredi préparer des représailles contre les médias américains après l'obligation faite à sa chaîne de télévision RT de s'enregistrer en tant qu'« agent de l'étranger » aux États-Unis.

Les autorités américaines ont souvent accusé RT et l'agence de presse Sputnik, contrôlées par l'État russe et qui émettent en plusieurs langues, de relayer la propagande du Kremlin et les soupçonnent d'avoir tenté d'influer sur la campagne pour l'élection présidentielle de 2016.

Les « mesures de réciprocité » que préparent les députés russes seront destinées à « défendre les citoyens russes contre l'ingérence flagrante des médias américains sur le territoire russe », a déclaré le président de la Douma, la chambre basse du Parlement, Viatcheslav Volodine.

Ces mesures, qui pourraient également concerner la présence de ces médias sur les réseaux sociaux, « seront prises pour imposer les mêmes limitations que les Américains essayent d'imposer aux médias russes », a expliqué le vice-président de la Douma, Piotr Tolstoï.

Elles pourraient être adoptées en première lecture mercredi et en troisième et dernière lecture dans une semaine.

« Ce que font les autorités américaines est une violation des droits fondamentaux. Les États-Unis parlent beaucoup de la liberté d'expression quand il s'agit des autres pays, mais agissent eux-mêmes de façon dogmatique », a fustigé M. Volodine.

Le gendarme russe des médias, Roskomnadzor, a pour sa part proposé d'autoriser le blocage des sites internet des groupes de presse étrangers et des ONG sans passer par une décision de justice.

Moscou a dénoncé à plusieurs reprises la « pression inédite » subie par les médias russes aux États-Unis, menaçant les médias américains opérant en Russie d'y imposer en retour de nouvelles restrictions à leurs activités. Seraient notamment concernés Voice of America et Radio Free Europe/Radio Liberty, deux radios financées par le Congrès américain.

Ces deux médias pourraient être forcés de s'enregistrer eux aussi en tant qu'« agents de l'étranger » en Russie, à la faveur d'une loi qui ne concerne pour le moment que les ONG dans ce pays.

Voté en 2012, ce texte oblige les organisations non gouvernementales bénéficiant d'un financement de l'étranger et ayant une « activité politique », une formule aux contours flous, à s'enregistrer sous cette dénomination controversée, qui rappelle aux défenseurs des droits de l'Homme celle utilisée pendant la période soviétique pour qualifier les dissidents.

Une autre loi, votée en 2015 et qui complète la première, permet de qualifier d'« indésirables » des organisations étrangères actives en Russie. Elles peuvent ensuite être interdites, qu'il s'agisse d'ONG, de fondations ou d'entreprises.

Conséquence, certaines ONG ont dû renoncer à un financement étranger qui leur était indispensable, d'autres ont cessé leurs activités.

« Préjugés »

Jeudi, RT a fait savoir qu'elle allait s'enregistrer en tant qu'« agent de l'étranger » aux États-Unis, se soumettant à la loi dite FARA (Foreign agents registration act) qui oblige toute société représentant un pays ou une organisation étrangère à rendre régulièrement des comptes aux autorités américaines concernant ses relations avec cet État ou cette institution sous peine de voir ses comptes gelés.

Cette chaîne de télévision assure que le ministère américain de la Justice lui a donné jusqu'à lundi pour se plier à ces exigences, qu'elle juge illégales et qu'elle veut contester devant un tribunal.

« Cette demande n'est pas seulement contraire à la loi, et nous allons le prouver en justice, mais également discriminatoire. Elle contredit les principes de démocratie et de liberté d'expression », a commenté la rédactrice en chef de RT, Margarita Simonian.

« Cela nous prive de libre concurrence avec les autres chaînes internationales, qui ne sont pas enregistrées en tant qu'agents de l'étranger », a-t-elle ajouté, citée par RT.

Ce média a été mis en cause en début d'année dans un rapport des services de renseignement américains portant sur l'ingérence présumée de Moscou dans la dernière campagne présidentielle aux États-Unis. À l'instar de Sputnik, elle est régulièrement au coeur d'escarmouches diplomatiques entre la Russie et les pays occidentaux.

RT diffuse des programmes en anglais, espagnol et arabe, avec pour mission officielle d'apporter un « point de vue alternatif » et un « aperçu de la position russe » aux téléspectateurs étrangers.

Le réseau social américain Twitter avait décidé fin octobre d'interdire aux comptes de RT et de Sputnik de diffuser des contenus parrainés. Moscou avait dit regretter cette décision, estimant que Twitter était « victime de préjugés » sur les médias russes.




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