Catalogne: le fossé se creuse entre Madrid et les séparatistes

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Avec les «millions» de personnes qui sont allées voter, «nous avons gagné le droit d'avoir un État indépendant qui prenne la forme d'une République», a clamé le président régional catalan Carles Puigdemont.

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Laurence BOUTREUX, Michaela CANCELA-KIEFFER
Agence France-Presse
Barcelone

Au lendemain d'un référendum interdit en Catalogne, marqué par des violences policières, le fossé semblait se creuser encore un peu plus entre Madrid et les dirigeants séparatistes de cette puissante région d'Espagne qui évoquent une possible déclaration d'indépendance.

D'autant que 44 organisations - dont les principaux syndicats catalans et deux associations indépendantistes - ont appelé à une journée de grève générale et de mobilisations mardi en Catalogne.

Le président de la Catalogne Carles Puigdemont a affirmé dimanche que les habitants de sa région avaient gagné «le droit d'avoir un État indépendant qui prenne la forme d'une République», séparé de la monarchie espagnole, après cette consultation jugée illégale par la justice et que Madrid a tenté d'empêcher.

Carles Puigdemont, 54 ans, à la tête de la Catalogne depuis début 2016, avait assuré qu'en cas de victoire du Oui, il déclarerait l'indépendance de la Catalogne, région stratégique au coeur de l'Europe représentant 19% du PIB espagnol.

Conscient de la situation de blocage, M. Puigdemont en a appelé à l'Union européenne, l'enjoignant à «ne plus regarder ailleurs».

Selon l'exécutif catalan, le oui à un «État indépendant sous forme de République» l'a emporté à 90%, avec 2,26 millions de voix et un taux de participation de 42,3%.

L'annonce a été accueillie par des «hourras» et des pétards dans le centre de Barcelone où quelques milliers de séparatistes s'étaient rassemblés.

En face, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a lui estimé qu'il n'y avait «pas eu de référendum d'autodétermination en Catalogne» et que cette consultation n'a été qu'une «une simple mise en scène».

Cette consultation, jugée illégale par le Cour constitutionnelle, n'était assortie d'aucune des garanties nécessaires: aucune commission électorale n'a supervisé l'organisation, le recensement n'était pas transparent, le vote n'était pas secret, etc.

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Carles Puigdemont dépose son bulletin de vote dans un bureau dans la ville de Cornella de Terri.

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Sans le nommer, M. Rajoy a désigné M. Puigdemont comme l'un des responsables des événements de la journée, estimant qu'il avait promu «la violation de la loi et la rupture du vivre-ensemble». «Ne cherchez pas d'autre coupables, il n'y en a pas».

Et les sanctions judiciaires pourraient tomber. M. Puigdemont et l'ensemble de l'exécutif catalan sont déjà visés par une enquête pénale pour «désobeissance, prévarication et détournement de fonds publics», en lien avec l'organisation du référendum.

Le 25 septembre, le procureur général espagnol avait suggéré que l'arrestation de Carles Puigdemont restait une possibilité, même si elle n'était pas envisagée dans l'immédiat.

Et certains ont appelé à l'utilisation par Madrid de l'article 155 de la Constitution qui lui permet de suspendre l'autonomie de la Catalogne.

Cette confrontation politique est considérée en Espagne comme la pire crise politique vécue par le pays depuis le Coup d'État militaire avorté de 1981. 

Matraques et balles en caoutchouc 

Dimanche, les images d'intervention musclée des forces de l'ordre contre des catalans qui refusaient d'évacuer les centres de vote ou qui manifestaient ont fait le tour des réseaux sociaux et des chaînes de télévision.

Déployées en masse par le pouvoir central afin d'empêcher la tenue du référendum, elles sont parfois intervenues à coups de matraque et de balles de caoutchouc.

Par endroits, les unités anti-émeutes ont chargé la foule massée autour des bureaux de vote. Des personnes âgées, mais aussi des pompiers proches des indépendantistes ont été bousculés.

En signe de protestation, le FC Barcelone a joué dimanche à huis clos.

«Dans ce pays, pendant de nombreuses années, on a vécu sous le franquisme (dictature entre 1939 et 1975, NDLR), les gens ne pouvaient pas voter et c'est un droit que nous devons défendre», a affirmé le défenseur Gerard Piqué, qui a éclaté en sanglots après le match.

Des policiers espagnols ont saisi des urnes dans... (AFP) - image 3.0

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Des policiers espagnols ont saisi des urnes dans un bureau de vote à Barcelone.

AFP

Selon le gouvernement régional, les charges policières ont amené 844 personnes à solliciter une assistance médicale. Deux ont été blessées grièvement: un homme de 70 ans victime d'un infarctus et un blessé à l'oeil.

Le ministère de l'Intérieur a de con côté annoncé qu'au moins 33 policiers avaient été blessés, certains ayant essuyé des jets de pierre.

Les forces de sécurité sont intervenues dans au moins 92 bureaux de vote pour saisir le matériel électoral.

Malgré ces interventions, de nombreux Catalans ont voté à Barcelone et ailleurs, attendant parfois longtemps pour voter, et formant de longues queues devant les bureaux de vote.

«J'ai pleuré, car cela fait des années que nous luttons pour ça et j'ai vu devant moi une femme de 90 ans en chaise roulante qui a fait le déplacement pour voter», a raconté dans le petit village de Lladó Pilar López, une secrétaire de 54 ans.

L'indépendantisme n'a cessé de grandir en Catalogne depuis le début des années 2010, alimenté par la crise économique et l'annulation partielle d'un statut qui conférait à la région de très larges compétences.

Mais pour la maire de gauche de Barcelone, Ada Colau, qui comme 80% des catalans était pour un référendum d'autodétermination, les séparatistes ne pourront pas proclamer «tous seuls» une indépendance que personne ne leur reconnaîtrait. Elle, a voté blanc.




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