En conflit avec Macron, le patron des Armées françaises démissionne

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Le chef d'état-major des Armées françaises, Pierre de Villiers, et le président français Emmanuel Macron.

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Daphné BENOIT
Agence France-Presse
Paris

Le chef d'état-major des Armées françaises, Pierre de Villiers, en conflit avec le président Emmanuel Macron sur une baisse des crédits militaires, a démissionné mercredi, une décision sans précédent qui marque la première crise d'ampleur du quinquennat.

«Dans les circonstances actuelles, je considère ne plus être en mesure d'assurer la pérennité du modèle d'armée auquel je crois pour garantir la protection de la France et des Français», écrit le général de Villiers en annonçant son départ dans un communiqué.

Son successeur sera nommé ce mercredi en Conseil des ministres. Le général François Lecointre, conseiller militaire du premier ministre, sera le nouveau chef d'état-major des Armées, ont indiqué à l'AFP des sources gouvernementales.

La démission du chef d'état-major des Armées, un fait sans précédent sous la Ve République, intervient alors qu'Emmanuel Macron a multiplié ces derniers jours les rappels à l'ordre sévères à son égard.

À l'origine de la colère présidentielle, les critiques formulées par le général sur les 850 millions d'euros d'économies réclamés cette année aux armées, dans un contexte de serrage de vis budgétaire global, avec une baisse prévue de 4,5 milliards d'euros des dépenses de l'État en 2017.

Après avoir sèchement recadré le général de Villiers la veille du défilé militaire du 14 juillet devant un parterre militaire interloqué, en reprochant à son chef d'état-major, sans le nommer, d'avoir mis de façon «indigne» une polémique budgétaire «sur la place publique», le président a enfoncé le clou dimanche.

«Si quelque chose oppose le chef d'état-major des Armées au président de la République, le chef d'état-major des armées change», a-t-il asséné dans une interview.

Personnalité intègre et rugueuse, apprécié de ses hommes, Pierre de Villiers, 60 ans, s'était exprimé dans un langage fleuri quelques jours auparavant à huis clos devant des députés à l'Assemblée nationale, assurant qu'il n'allait pas se «laisser baiser» et que la situation des Armées françaises n'était «pas tenable».

En poste depuis 2014, il se plaignait régulièrement de l'insuffisance des moyens alloués aux militaires à l'heure où la France est engagée sur plusieurs fronts contre le jihadisme et la menace terroriste, du Sahel (opération Barkhane, 4000 hommes) au Moyen-Orient (mission Chammal, 1200) en passant par le territoire national (opération Sentinelle, 7000).

«Crise de confiance»

Pour les militaires, l'arbitrage budgétaire annoncé la semaine passée est d'autant plus dur à digérer que le président Macron, élu le 7 mai, avait multiplié les signaux favorables en leur direction depuis son arrivée au pouvoir.

Remontée des Champs-Élysées à bord d'une voiture de commandement, puis visite à des blessés de guerre le jour de son investiture, déplacement sur la base militaire française de Gao, au Mali, ou encore, plus récemment, hélitreuillage à bord d'un sous-marin nucléaire...

Au-delà des symboles, le chef de l'État, qui est aussi chef des Armées de par la Constitution, s'est engagé à consacrer 2% du PIB à l'effort de défense d'ici à 2025.

À gauche comme à droite, de nombreux politiques ont rendu hommage mercredi à Pierre de Villiers tout en critiquant le recadrage présidentiel qui l'a poussé vers la sortie.

«L'excès d'autoritarisme d'EmmanuelMacron aboutit à la démission du chef d'état-major Pierre de Villiers, une mauvaise nouvelle pour nos armées», a tweeté le député du parti de droite Les Républicains (LR, opposition) Damien Abad. «Je regrette profondément que ce départ sonne comme une sanction à ses propos tenus dans l'enceinte du Parlement», a renchéri Cédric Perrin, également du parti LR, vice-président de la commission Défense du Sénat, en saluant un «défenseur sincère et lucide des intérêts de nos armées».

[AT]«Cette démission illustre les dérives très graves et les limites très inquiétantes de Monsieur Macron, aussi bien dans son attitude que dans sa politique», a affirmé la présidente du parti d'extrême droite Front national, Marine Le Pen, dans un communiqué.

Le député socialiste Olivier Faure a dénoncé, lui, «une crise de confiance entre les armées et le chef de l'État qui s'est rendu coupable d'une humiliation inutile pour un homme qui n'avait fait que son devoir».

«Ce qui est fondamental, c'est que le budget de la Défense est le seul dont on connaisse la hausse sur cinq ans», a rétorqué le député Gilles Le Gendre, porte-parole de la majorité présidentielle à l'Assemblée nationale. Emmanuel Macron a promis d'augmenter le budget défense en 2018, à 34,2 milliards d'euros contre 32,7 milliards cette année.

«La protection des Français est entièrement préservée» malgré les économies réclamées cette année, a-t-on insisté dans l'entourage du chef de l'État. Il s'agit «de dépenses d'équipement qui vont être repoussées dans le temps».




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