La Presse à Londres: les citoyens toujours debout

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Les Londoniens affichaient massivement hier cette résilience dont ils s'enorgueillissent collectivement.

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Vincent Larouche
Vincent Larouche

Envoyé spécial

La Presse

(Londres) Si vous partiez aujourd'hui à la recherche d'une personne qui s'avouerait terrorisée dans les rues de la capitale britannique, vous risqueriez de la chercher longtemps.

Quelques heures après l'attentat terroriste de samedi soir, le troisième en Grande-Bretagne en dix mois, les Londoniens affichaient massivement hier cette résilience et ce stoïcisme dont ils s'enorgueillissent collectivement.

Plusieurs citaient avec défiance le slogan classique produit par le gouvernement à l'aube de la Seconde Guerre mondiale et reproduit depuis sur une foule de t-shirts, tasses à café et autres produits dérivés : «Restez calmes et continuez» (Keep calm and carry on).

«Pourquoi devrais-je avoir peur? Si vous commencez à être effrayé, ils vont juste vous faire plus de choses», lance Marco Sancheti au sujet des terroristes. «C'est l'Angleterre, pas l'Afghanistan. Nous avons la liberté, ici.»

Le costaud vendeur de crème glacée établi à Londres depuis 25 ans fixe les fleurs déposées en hommage aux victimes devant le cordon de police, près de Borough Market. Il continue de s'estimer heureux de vivre près de la Tamise. 

Même son de cloche chez Lee Jenkin, un jeune dans la vingtaine originaire de Southampton, venu à Londres pour le week-end. «Nous devons nous serrer les coudes et continuer. Ne pas laisser les terroristes gagner», dit-il.

Après avoir visité la grande roue et le musée de cire de Madame Tussauds, samedi, il s'est rendu près du pont de Londres, mais est parti en métro 10 minutes avant l'attaque. Hier, il est revenu porter un bouquet de fleurs qu'il a remis à une policière devant l'immense périmètre de sécurité qui demeure interdit à la circulation. «Ce n'est pas grand-chose, mais je voulais rendre hommage aux victimes», dit-il.

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Cette jeune femme a déposé des fleurs près du pont de Londres, hier.

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«On apprend à vivre avec»

Un peu plus loin, Lorraine, une mère de famille dans la quarantaine à la longue chevelure rousse, résidante du quartier, secoue la tête calmement quand on lui demande si elle a peur.

«Non, parce que j'ai grandi à l'époque de l'IRA [l'organisation paramilitaire nord-irlandaise qui multipliait à l'époque les attentats contre les intérêts britanniques]. On apprend à vivre avec», explique-t-elle. Son fils de 17 ans était seul à la maison quand les coups de feu ont éclaté, samedi. Elle lui a simplement ordonné par message texte de rester à l'intérieur.

Malgré tout, elle considère que la situation est plus critique aujourd'hui avec le terrorisme d'inspiration islamiste qu'elle ne l'était à l'époque des troubles en Irlande du Nord.

«L'IRA, c'était politique, on pouvait parler avec eux. Aujourd'hui, comment peut-on être rationnels avec ces gens? Comment pourrait-on avoir des pourparlers de paix avec eux?», dit Lorraine, qui ne veut pas donner son nom complet.

Elle estime que la liberté d'expression recule dans son pays et que certaines personnes comme elle sont «bâillonnées» avec des accusations de racisme dès qu'elles réclament des mesures plus sévères contre ceux qui «détestent l'Occident et nos libertés».

«Il y a une limite à ce que les gens peuvent tolérer», prévient-elle. Elle sent une colère qui gronde chez nombre de Britanniques à ce sujet.

Colère

Le prêtre anglican Sam Hole, de l'église Saint-George-Martyr, près des lieux du drame, constate lui aussi que les événements de samedi ont engendré plus de colère chez les Londoniens que de précédents épisodes de violence.

«Ce n'est pas comme un loup solitaire qui a des problèmes de drogue ou de santé mentale. Une attaque coordonnée, ça fait plus mal. Et le fait aussi qu'ils aient pu regarder les gens dans les yeux et les attaquer, c'est encore plus horrible», avance le religieux.

Avec des leaders musulmans et juifs, il a participé à une marche de solidarité interconfessionnelle dans le quartier, hier.

«Nous avons une communauté avec de la cohésion. On ne veut pas que des terroristes et des barbares la détruisent», déclare Mohamed Auddyin, administrateur d'une mosquée ayant participé à la marche de solidarité interconfessionnelle.

Steven Renaud, employé de bureau de poste à la retraite, espère lui aussi que cette cohésion entre Londoniens de toutes origines tiendra bon.

«J'adore Londres. Il n'y a rien qui pourrait me faire partir d'ici. Toutes ces différentes nationalités, ça rajoute de la vie. Ça fait partie de ce que nous sommes», martèle-t-il en balayant la foule du regard.

Trois jeunes femmes ont offert des fleurs à... (AFP) - image 3.0

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Trois jeunes femmes ont offert des fleurs à un policier du côté nord du pont de Londres, pour rendre hommage aux victimes, mais aussi au travail des forces de l'ordre qui ont agi rapidement.

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Une fin de vacances éprouvante

Les deux sites de l'attaque étaient inondés de policiers, hier : certains munis d'armes automatiques, d'autres en grandes combinaisons blanches à une pièce pour éviter de contaminer les lieux. Le pont de Londres, fermé au public, mais encore encombré de voitures immobiles et de plus d'une demi-douzaine d'autobus rouges à deux niveaux, était comme figé dans le temps.

C'est la dernière image qu'emportera avec elle Kirsten Kolada, une Albertaine de 27 ans qui terminait hier un tour d'Europe de plusieurs semaines après s'être retrouvée plongée dans la tourmente, samedi.

Elle logeait près de Borough Market lorsque les coups de feu ont retenti. «On voyait les gens hurler, pleurer, courir. Un employé de l'hôtel est venu nous dire que nous étions en sécurité, que les portes étaient verrouillées. Puis, cinq minutes plus tard, la police est arrivée et elle nous a seulement dit de partir. C'était juste... courez! Nous avons couru 25 bonnes minutes. C'était assez effrayant», raconte-t-elle.

Ses parents s'étaient inquiétés lorsqu'elle était partie en voyage. Elle-même, en choisissant ses destinations, avait réfléchi aux risques d'attentats. Mais elle assure que la peur ne mettra pas fin à ses périples autour du monde. «Il faut vivre sa vie. Le voyage, c'est dans mon sang. Je ne m'enfermerai pas à la maison», jure-t-elle.




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