La Turquie commence à libérer 38 000 prisonniers

Le ministre de la Justice Bekir Bozdag.... (PHOTO UMIT BEKTAS, ARCHIVES REUTERS)

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Le ministre de la Justice Bekir Bozdag.

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Fulya OZERKAN, Stuart Williams
Agence France-Presse
Istanbul

La Turquie a commencé mercredi à libérer 38 000 personnes non impliquées dans le putsch avorté afin de faire de la place aux complices du coup de force dans ses prisons engorgées par la purge implacable menée depuis un mois.

Environ 38 000 prisonniers condamnés pour des faits antérieurs au coup d'État raté du 15 juillet vont bénéficier d'une mesure de libération anticipée sous contrôle judiciaire, a annoncé mercredi le ministre de la Justice Bekir Bozdag.

Cette mesure, qui «n'est pas une amnistie», «concerne les crimes commis avant le 1er juillet 2016», à l'exclusion des actes de terrorisme, atteintes à la sécurité de l'État, violations de secrets d'État, meurtres ou trafics de drogue, a annoncé le ministre dans une rafale de 19 messages sur Twitter.

Cette mesure exclut de fait toute personne incarcérée pour son implication dans la tentative de coup d'État par une faction de l'armée. Ankara a accusé l'ex-imam Fethullah Gülen, bête noire du président Recep Tayyip Erdogan et exilé aux États-Unis, d'avoir ourdi ce coup de force.

La traque implacable de ses sympathisants depuis un mois dans les institutions et tous les secteurs de la société turque a envoyé derrière les barreaux quelque 35 000 personnes, selon des responsables turcs, dont seulement un tiers a été libéré.

«En conséquence de cette mesure, environ 38 000 personnes seront libérées de prison en premier lieu», a annoncé le ministre de la Justice après la publication du décret.

Il a ensuite laissé entendre, dans une interview à la télévision A-Haber, qu'au total 99 000 personnes pourraient potentiellement bénéficier d'une libération anticipée, sur une population carcérale de 214 000.

Mais «une analyse du risque» va être menée concernant les prisonniers libérables, a-t-il ajouté.

Les premières libérations sont intervenues mercredi. «Je ne m'y attendais pas», a déclaré Turgay Aydin, libéré de la prison stambouliote de Silivri, à l'agence progouvernementale Anadolu. «Nous remercions le président Erdogan. À partir de maintenant nous allons travailler à devenir de meilleures personnes».

Prisons «pleines à craquer»

Avec la libération de 38 000 personnes, le nombre de prisonniers devrait redescendre à 176 000, et alléger la pression sur des établissements pénitentiaires surpeuplés. Selon Anadolu, les prisons turques ont une capacité maximale de 187 351 personnes.

Si le ministre n'a donné aucune explication à un tel mouvement de libérations anticipées, la presse avait fait état ces dernières semaines d'un engorgement des prisons turques en raison de la purge en cours.

Mais l'appel d'air apporté par ces libérations devrait logiquement permettre de faire de la place pour les milliers de personnes suspectées de complicité dans le putsch raté et qui sont menacées de lourdes peines de prison.

Récemment l'éditorialiste du quotidien Hurriyet, Akif Beki, écrivait que «les prisons sont pleines à craquer» et demandait: «Comment peut-on arrêter autant de monde sans faire de la place?».

Le nombre de personnes emprisonnées en Turquie a progressé de manière exponentielle ces dernières années, mais les personnes écrouées après le putsch raté représentent une partie non négligeable de la population carcérale.

La purge du «virus» des sympathisants de Gülen se poursuit dans une Turquie sous état d'urgence pour trois mois, et mercredi, 2692 fonctionnaires, essentiellement de police, ont été limogés, a annoncé le Journal officiel.

Au total quelque 75 000 personnes ont perdu leur travail en raison de leurs liens présumés avec les réseaux de Gülen. Ce dernier a formellement démenti tout rôle dans la tentative de renversement du pouvoir, qu'il a condamnée.

Ankara presse avec insistance Washington d'extrader l'ex-imam de 75 ans, pour lequel le parquet vient de requérir symboliquement deux peines de prison à vie et 1.900 années d'emprisonnement supplémentaire.

Le vice-président Joe Biden se rendra à Ankara la semaine prochaine, a annoncé la Maison-Blanche, pour la visite de plus haut niveau d'un dirigeant occidental depuis le putsch raté, et cette question devrait être au coeur de ses entretiens.

«Si les États-Unis ne nous le renvoient pas, ils perdront le peuple turc» a dit M. Bozdag, et «sur le long terme (Gülen) pourrait aussi représenter une menace pour les États-Unis».

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