Eurovision: la Russie fulmine face à la victoire «politique» de l'Ukraine

La chanteuse Jamala, Tatare de Crimée, pose fièrement... (PHOTO JONATHAN NACKSTRAND, AFP)

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La chanteuse Jamala, Tatare de Crimée, pose fièrement avec son trophée.

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Max DELANY, Oleksandr SAVOCHENKO, Hugues HONORE
Agence France-Presse
Moscou, Kiev et Stockholm

Le triomphe de l'Ukraine à l'Eurovision avec une chanson évoquant la déportation des Tatars de Crimée par Staline a fait grincer des dents dimanche en Russie, où plusieurs voix ont dénoncé une victoire « politique » aux dépens du candidat russe pourtant grand favori.

« L'Eurovision s'est transformée en bataille politique », a résumé sur Twitter Alexeï Pouchkov, le président de la Commission des Affaires étrangères à la chambre basse du Parlement.

Avec la Russie et l'Ukraine, dont les relations deviennent chaque jour plus exécrables, toutes les deux dans les favoris, les conditions étaient réunies pour que la géopolitique vienne pimenter, comme elle le fait régulièrement, le concours.

C'est donc sans surprise que les Russes ont vu d'un mauvais oeil leur candidat Sergueï Lazarev, favori des parieurs et en tête des votes des téléspectateurs, être dépassé par la représentante ukrainienne pour finir à la troisième place.

Dans 1944, la chanteuse Jamala, Tatare de Crimée, évoque la déportation de son peuple par les autorités soviétiques lors de la Seconde Guerre mondiale. La Russie, qui a annexé la Crimée en mars 2014, y avait vu des sous-entendus « politiques » et avait protesté, en vain, contre ce choix.

« Ce n'est pas la chanteuse ukrainienne Jamala et sa chanson 1944 qui ont remporté l'Eurovision 2016, c'est la politique qui l'a emporté sur l'art », a déclaré aux agences russes le sénateur Frantz Klintsevitch, qui a appelé au boycottage par la Russie du prochain concours Eurovision, qui sera organisé en Ukraine.

Les Tatars de Crimée, une communauté musulmane, s'opposent aux autorités russes depuis l'annexion de cette presqu'île ukrainienne et subissent une forte pression de leur part.

L'Ukraine accuse par ailleurs Moscou de soutenir militairement les séparatistes prorusses de l'est du pays. Le conflit a fait près de 9300 morts et plus de 1,5 million de déplacés depuis avril 2014, et tendu les relations entre la Russie et les Occidentaux.

Pour le président du comité des Affaires étrangères du Sénat, Konstantin Kossatchev, « c'est la géopolitique qui a pris le dessus ». Et, selon lui, cette victoire à l'Eurovision risque de donner des ailes aux dirigeants ukrainiens, et compromettre ainsi le difficile processus de paix dans l'est de l'Ukraine.

La porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a ironisé sur Facebook en écrivant qu'il faudrait, pour gagner l'année prochaine, choisir une chanson à propos du « sanguinaire » président syrien Bachar el-Assad, soutenu par Moscou.

Victoire « volée »

La télévision publique, dont les commentateurs avaient minimisé pendant le concours le sujet de la chanson ukrainienne, protestait dimanche contre un résultat « ostensiblement politisé ». Elle insistait dans son journal sur le fait que Sergueï Lazarev était arrivé en tête des votes des téléspectateurs, y compris ukrainiens, mais qu'il avait été pénalisé par le vote des professionnels.

Plus direct, le tabloïd à grande diffusion Komsomolskaïa Pravda publie sur son site un article intitulé « Comment le jury européen a volé la victoire de Lazarev ».

« N'importe quelle victoire de l'Ukraine est de nature à agacer le Kremlin », a relativisé Ganna Gopko, présidente de la commission des Affaires étrangères du Parlement ukrainien. « Ce n'est pas seulement une victoire à l'Eurovision, c'est la victoire de valeurs », a-t-elle assuré à l'AFP.

Parmi les Tatars, certains n'ont pas caché leur satisfaction. Lenour Isliamov, homme d'affaires qui avait participé au blocage de la circulation entre l'Ukraine et la Crimée l'année dernière pour protester contre son annexion, s'est félicité d'une « première victoire contre la Russie de Poutine ».

Jusqu'à présent, la géopolitique était surtout venue casser l'ambiance de l'Eurovision en amont de la finale: en 2009 les organisateurs avaient refusé la chanson géorgienne We Don't Wanna Put In, vue comme une critique transparente du président russe. En 2015, ils avaient demandé à l'Arménie de changer les paroles de son titre, allusion trop directe au refus de la Turquie de parler de génocide à propos de massacres d'Arméniens un siècle plus tôt.

Même du côté de certains fans, on regrettait que la musique ne soit pas le seul critère pour le choix du vainqueur. « C'est un des plus grands triomphes politiques qu'on ait jamais vus », a jugé le président de l'association officielle danoise des fans de l'Eurovision, Johann Sørensen, à la télévision publique DR.

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