Il y a 30 ans, la catastrophe de Tchernobyl

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Il y a 30 ans aujourd'hui, la plus grande catastrophe nucléaire civile survenait.

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Le 26 avril 1986, à 1h23, le réacteur numéro 4 de la centrale soviétique de Tchernobyl, dans le nord de la République socialiste soviétique d'Ukraine, explose au cours d'un test de sûreté. L'accident, dû à une erreur humaine et à un défaut de conception du réacteur, provoque la plus grande catastrophe du nucléaire civil. Mais 30 ans plus tard, l'ampleur des conséquences est toujours sujet de débats.

Trente ans après l'accident nucléaire de la centrale ukrainienne de Tchernobyl, le 26 avril 1986, la plupart des revues médicales occidentales s'entendent pour dire que l'impact de la crise a été beaucoup moins apocalyptique que prévu.

À part chez les « liquidateurs » qui ont lutté contre l'incendie et ont été exposés de plein fouet aux radiations, Tchernobyl n'a pas eu d'impact important sur la population environnante, à l'exception des cancers pédiatriques de la thyroïde, facilement traitables en Occident, mais moins dans l'Union soviétique d'alors, selon Gerry Thomas, oncologue au Collège impérial de Londres, qui a supervisé le numéro spécial de la revue Clinical Oncology consacré aux 25 ans de l'accident, en 2011.

Mais en ce qui concerne la faune, le débat fait toujours rage. Une poignée de biologistes ont publié des études montrant un taux plus élevé que prévu de mutations génétiques chez les espèces de papillons, d'oiseaux et d'invertébrés marins habitant dans les zones les plus touchées par les radiations à Tchernobyl, et plus récemment près de la centrale de Fukushima, au Japon, touchée par un tsunami en mars 2011. D'autres biologistes affirment au contraire que la zone d'exclusion empêchant toute activité humaine autour de Tchernobyl a occasionné un foisonnement de la population animale.

« Il est très difficile de faire des analyses statistiques valides avec des populations de petits animaux », explique Ken Buesseler, océanographe à l'Institut océanographique Woods Hole, une prestigieuse ONG de recherche du Massachusetts, qui a mené plusieurs campagnes d'échantillonnage de la radiation dans les océans liée à l'accident de Fukushima.

«J'ai cependant vu une étude sur les invertébrés près de Fukushima qui semble montrer que les effets surviennent à un seuil beaucoup plus bas que prévu. Le problème, c'est que les biologistes qui sont convaincus qu'il y a des effets sur les animaux à Tchernobyl et Fukushima s'associent souvent avec les militants antinucléaires.»

Ken Buesseler,
océanographe à l'Institut océanographique Woods Hole

M. Buesseler se souvient notamment d'une conférence à New York en 2014, où il avait été invité. « Juste après moi, il y a eu un conférencier qui a affirmé que 1000 nouveau-nés mourraient en Californie à cause de la radiation de Fukushima. Les gens l'ont applaudi longuement. C'est absurde. Même au pire de la contamination de Fukushima, se baigner en Californie ne donnait qu'un millième de la radiation qu'on a avec une radiographie chez le dentiste. »

Cela dit, les amateurs de théories du complot sont alimentés par les réticences des scientifiques japonais à participer aux études montrant les problèmes aigus survenus juste après mars 2011 à Fukushima. « Les chercheurs japonais qui travaillent pour le gouvernement semblent avoir des pressions de leurs supérieurs quand vient le temps de participer à des publications scientifiques, dit M. Buesseler. On voit ça aussi aux États-Unis, mais moins fort. Cela dit, le gouvernement japonais a toujours été transparent avec les données de Fukushima. Je ne crois pas que les impacts sur la santé humaine soient cachés, ni au Japon ni en Ukraine. » 

« Même avec les survivants d'Hiroshima et Nagasaki, les impacts à long terme ont été beaucoup moins importants que ce qu'on pourrait penser, ajoute-t-il. Mais il est certain que le secret en URSS et les réticences du Japon, jumelés à la difficulté d'avoir du financement public de recherche pour les impacts sur la faune à Tchernobyl et à Fukushima, alimentent les théories de la conspiration. »

Timothy Mousseau, biologiste de l'Université de Caroline-du-Nord qui a participé à la conférence de 2014 à New York, est l'une des voix les plus fortes pour dénoncer les impacts sur la faune des accidents de Tchernobyl et de Fukushima. « Les rapports des revues scientifiques et des organismes internationaux passent sous silence, à ma grande surprise, l'ampleur des résultats sur les impacts de ces deux accidents sur la faune, dit M. Mousseau. Nous avons eu à peine une mention dans le dernier rapport du Comité des Nations unies sur les effets de l'énergie atomique, l'été dernier. Je pense qu'inévitablement, la communauté scientifique va finir par entendre raison et prendre acte de nos travaux. »

60
Nombre de travailleurs du nucléaire et d'urgence qui sont morts en raison des explosions et de l'incendie qui a suivi l'accident de Tchernobyl
220 000
Nombre de personnes évacuées autour de la centrale de Tchernobyl
0,9 %
Augmentation du nombre de morts attribuables aux cancers en Ukraine, en Russie et en Biélorussie à cause de l'accident de Tchernobyl, selon l'OMS (d'ici 50 ans)
30 %
Augmentation du nombre de morts attribuables aux cancers en Ukraine, en Russie et en Biélorussie à cause de l'accident de Tchernobyl, selon Greenpeace (d'ici 50 ans)

Sources : Forum Tchernobyl, Clinical Oncology, IFO, OMS, Greenpeace





L'incendie dans le réacteur numéro 4 qui a... (PHOTO VOLDOMYR REPIK, ARCHIVES AP) - image 6.0

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L'incendie dans le réacteur numéro 4 qui a explosé le 26 avril 1986 a été éteint grâce à des largages de sable, d'argile et de plomb.

PHOTO VOLDOMYR REPIK, ARCHIVES AP

HISTOIRE D'UNE TRAGÉDIE

Si la tendance se maintient, l'ancienne centrale ne sera pas démantelée avant encore 50 ans...

1954 

Ouverture de la première centrale électrique nucléaire du monde, à Obninsk en Russie. Elle fonctionne jusqu'en 1959 puis est transformée en laboratoire.

1977 

Ouverture du premier des quatre réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Le dernier ouvre en 1983, permettant à la centrale d'assurer 10 % des besoins de l'Ukraine en électricité.

25 AVRIL 1986 

Planification d'un test de sécurité au réacteur numéro 4 de la centrale.

26 AVRIL 

À 1h23 du matin, chute de puissance et explosion du réacteur.

5 MAI 1986 

L'incendie s'éteint grâce à des largages de sable, d'argile et de plomb.

PRINTEMPS-ÉTÉ 1986 

Évacuation de 115 000 habitants de la zone d'exclusion entourant la centrale, qui est par la suite étendue, avec au total 220 000 évacuations.

NOVEMBRE 1986 

Pose d'une première enveloppe de béton et d'acier sur le réacteur 4 de la centrale, qui s'avère inadéquate pour confiner les radiations.

1990 

Fin des travaux de nettoyage de la zone d'exclusion et des environs de la centrale, auxquels participent 100 000 ouvriers.

1997 

Face à la détérioration du premier sarcophage, la décision d'en construire un deuxième, plus grand, est prise.

2000 

Fermeture du dernier réacteur encore en service de la centrale de Tchernobyl. Les autres ont été fermés en 1991 (après un incendie) et 1996.

2010 

Début de la construction du nouveau sarcophage.

2017 

Fin prévue de la construction du nouveau sarcophage du réacteur 4. Le coût prévu est de 1,4 milliard US.

2022 

Fin prévue de la construction de sarcophages autour des trois autres réacteurs. Ils sont moins imposants que celui du réacteur 4, vu que l'arrêt des trois réacteurs a été fait selon les règles de l'art.

2045 

Début prévu du démantèlement de la centrale de Tchernobyl.

2065 

Fin prévue du démantèlement de la centrale.

Sources : AFP, UNSCEAR, OMS, world-nuclear.org, rt.com

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