Suicide dans une prison française d'un chauffeur qui avait décapité son patron

Yassin Salhi, qu'on voit ici couvert d'un drap le... (PHOTO AFP)

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Yassin Salhi, qu'on voit ici couvert d'un drap le jour de son arrestation en juin dernier, a toujours contesté toute motivation islamiste, invoquant un différend professionnel avec son patron.

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Nicolas GAUDICHET, Pierre ROCHICCIOLI
Agence France-Presse
Paris

Il avait décapité son patron et attaqué un site gazier en juin dans le centre-est de la France: Yassin Salhi, qui avait recouru à une mise en scène islamiste, s'est suicidé mardi soir dans sa cellule de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, en région parisienne.

Ses actes, qui avaient brutalement rappelé l'enjeu de la sécurité des sites industriels sensibles, s'étaient inscrits dans la liste des attentats, et projets d'attentats, qui ont jalonné l'année 2015 en France, de l'attaque contre Charlie Hebdo en janvier au carnage du 13 novembre à Paris.

Yassin Salhi s'est suicidé dans sa cellule du quartier d'isolement de la maison d'arrêt, a-t-on appris mercredi auprès de l'administration pénitentiaire.

Le détenu n'avait pas été repéré comme suicidaire, a-t-on précisé de même source.

Selon une source proche de l'enquête, Yassin Salhi s'est pendu avec ses draps aux barreaux de sa cellule. Il est décédé à 21h15.

Ce chauffeur-livreur de 35 ans avait été placé en détention provisoire fin juin 2015 après avoir été inculpé notamment pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste, enlèvement et séquestration en vue de préparer un assassinat, destruction ou dégradation et violences volontaires.

À l'inverse d'un Mohamed Merah, des frères Kouachi, d'Amédy Coulibaly ou des djihadistes qui ont frappé Paris en novembre, Salhi a toujours contesté toute motivation islamiste, invoquant un différend professionnel avec son patron.

Mais pour la justice, le patron de son entreprise de transport, Hervé Cornara, qu'il a avoué avoir tué, était bien une victime du terrorisme islamiste.

Mohamed Merah avait tué, au nom du djihad, sept personnes dans le sud-ouest de la France en 2012.

Les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly sont les auteurs des attentats de janvier 2015 à Paris, contre le journal satirique Charlie Hebdo, des policiers et un supermarché casher (17 morts).

Yassin Salhi n'est pas le premier détenu médiatisé à se suicider en prison, entraînant de fait l'extinction des poursuites à son encontre.

En février 2010, Jean-Pierre Treiber, accusé du double meurtre de Géraldine Giraud --fille du comédien Roland Giraud-- et Katia Lherbier en 2004, s'était lui aussi pendu dans sa cellule avec un drap.

Selfie macabre

Selon le récit des enquêteurs, Yassin Salhi avait quitté le 26 juin 2015 au matin l'appartement qu'il occupait avec son épouse et ses trois enfants pour se rendre au siège de son entreprise, Colicom, au sud-est de Lyon. Il avait sur lui un couteau et un fusil à pompe factice.

Au siège de Colicom, il avait chargé son véhicule utilitaire de bouteilles de gaz en vue d'une livraison puis attendu son employeur Hervé Cornara, avec lequel il avait eu une vive altercation deux jours plus tôt pour une palette renversée.

Il avait fait monter son patron dans son véhicule puis l'avait assommé avant de l'étrangler. Il s'était ensuite dirigé vers l'usine de gaz industriels Air Products. Une fois sur place, il avait décapité sa victime avec son couteau. Il avait ensuite pénétré sur le site où on lui avait ouvert la porte sans formalité car il était connu du personnel pour ses livraisons.

Selon les enquêteurs, il aurait alors sorti la tête de Cornora pour la fixer sur un grillage, parachevant sa mise en scène macabre en accrochant à proximité deux drapeaux frappés de la «chahada», la profession de foi musulmane.

Après avoir pris des photos, il les avait envoyées à un ami parti combattre en Syrie, dont un selfie dans lequel il avait posé auprès de la victime. Puis il avait repris son utilitaire et était entré en collision avec des bouteilles de gaz, provoquant un explosion avant d'être maîtrisé par des pompiers arrivés rapidement sur place et auxquels il avait lancé: «Allah Akbar».

L'attentat «correspond très exactement aux mots d'ordre de Daech», avait alors estimé le procureur de Paris, François Molins, notamment par la volonté de Salhi de «donner à son acte une publicité maximale».

Le groupe djihadiste État islamique (EI), dont l'acronyme arabe est Daech, a revendiqué les attentats parisiens de novembre, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés. Neuf auteurs des attentats sont morts mais un suspect-clé, Salah Abdeslam, reste introuvable.

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