Prise en charge des demandes d'asile: L'UE en manque de solidarité

Le 2 juillet dernier, des immigrants serbes qui... (Photo DIMITAR DILKOFF, archives AFP)

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Le 2 juillet dernier, des immigrants serbes qui tentent de rejoindre des pays de l'Union européenne prennent une pause, sous la chaleur étouffante, près de la frontière avec la Macédoine, à Presevo.

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Catherine BOITARD
Agence France-Presse
Bruxelles

Les Européens se sont entendus lundi pour délester provisoirement la Grèce et l'Italie de la prise en charge de demandeurs d'asile, surtout Syriens et Erythréens, mais au rabais, en n'offrant que 32 256 places, contre les 40 000 requises.

«Je suis déçu, même si un pas important a été franchi», a tenté de synthétiser le commissaire européen à l'Immigration, Dimitris Avramopoulos.

Les ministres de l'Intérieur étaient censés consacrer la solidarité européenne face à l'afflux record de migrants et réfugiés aux frontières de l'Union et aux tragédies à répétition en Méditerranée.

«Plus d'effort sera nécessaire» de la part des États membres, a souligné le Luxembourgeois Jean Asselborn, dont le pays assure la présidence tournante de l'UE. Il a fixé un nouveau rendez-vous, «fin novembre», pour atteindre au final l'objectif fixé par la Commission, soit 60 0000 personnes sous deux ans.

Le premier mécanisme, dit de relocalisation, concerne 40 000 demandeurs d'asile, qui pourront aussi être irakiens ou somaliens, destinés à être pris en charge hors de Grèce et Italie, en rupture des règles européennes réservant cette responsabilité aux pays d'arrivée. Le second, dit de réinstallation, concerne 20 000 personnes bénéficiant déjà du statut de réfugiés mais vivant dans des pays tiers.

Pour ce dernier volet les offres ont été plus généreuses, à 22 504 places, grâce aux renforts de plusieurs pays tiers, Norvège et Suisse en tête.

Mais face aux résistances très vite manifestées au sein de l'UE, la Commission avait dû accepter que cette répartition ne soit pas contraignante, ouvrant la voie aux rabais. M. Asselborn a ainsi pointé des contributions «décevantes, voire embarrassantes».

L'Espagne récalcitrante

Premiers visés, la Hongrie et l'Autriche, qui n'ont offert aucune place de relocalisation. La Slovaquie, la Slovénie, les Pays baltes et l'Espagne ont aussi rechigné.

Le ministre espagnol, Jorge Fernandez Diaz, a affirmé «l'opposition radicale» de l'Espagne au principe de relocalisation. Son pays a offert 1300 places de relocalisations contre 4288 demandées.

Madrid, a mis en avant le ministre, «traite le problème à l'origine», en coopérant avec les pays d'origine et de transit et luttant contre les réseaux de passeurs. Le pays livre aussi un «effort considérable» pour stopper les flux dans ses enclaves africaines de Ceuta et Melilla.

«Nous devons convaincre nos citoyens», d'autant que le pays «est aussi sous pression de l'Est, avec les réfugiés affluant d'Ukraine», a plaidé le ministre letton, Rihards Kozlovskis.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avait pour sa part déploré que l'Europe «ne soit pas à la hauteur» en la matière. À titre de comparaison, la Turquie accueille deux millions de réfugiés syriens.

L'Allemagne et la France, dont les ministres ne sont pas venus à Bruxelles, ont elles tenu le contrat fixé par la Commission, offrant respectivement 12 100 et 9100 places de relocalisation et réinstallation.

Les premiers demandeurs d'asile concernés seront transférés hors de Grèce et Italie à partir d'octobre, a précisé M. Asselborn.

En échange de cette aide, la Grèce et l'Italie se sont formellement engagées à identifier et prendre les empreintes digitales des migrants irréguliers affluant sur leur territoire, afin de permettre le traçage et l'expulsion de ceux non éligibles à l'asile.

L'UE n'entend pas «créer un appel d'air à l'immigration irrégulière, mais mettre fin à la relocalisation sauvage actuellement en vigueur», avec la dispersion incontrôlée des arrivants indésirables, soulignait la présidence luxembourgeoise.

Les ministres sont aussi convenus d'accélérer les expulsions, et se sont réservé la possibilité de suspendre le mécanisme de relocalisation si Athènes et Rome ne tenaient pas leurs obligations.

La sélection des arrivants doit s'opérer dans des zones d'attente, dits «hot spots», avec le concours des agences européennes de surveillance des frontières, Frontex, de soutien à l'asile, Eosa, et de police, Europol.

Des renforts sont aussi étudiés pour la Grèce, où la pression migratoire s'est redirigée depuis le renforcement de la surveillance navale au large de l'île de Lampedusa, après les naufrages meurtriers d'avril.

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