France: accusé de malversations, un sénateur socialiste se suicide

Jean Germain était accusé de «complicité de prise... (PHOTO GUILLAUME SOUVANT, ARCHIVES AFP)

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Jean Germain était accusé de «complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics» et d'avoir favorisé des malversations lors de l'organisation entre 2007 et 2011 de ces simulacres de mariages, qui en eux-mêmes n'avaient rien d'illégal.

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Denis ROUSSEAU
Agence France-Presse
TOURS, France

Un sénateur français proche du président socialiste François Hollande s'est suicidé mardi juste avant le début de son procès pour malversations en dénonçant une «chasse systématique aux politiques», provoquant une vive émotion en France.

Jean Germain, 67 ans, était l'ancien maire de Tours, une ville proche des châteaux de la Loire qui attirent des millions de touristes chaque année. Il était impliqué dans une affaire dite des «mariages chinois», offrant à des couples venus de Chine de célébrer symboliquement, avec sa participation, des «noces romantiques» à l'occasion de voyages en France.

Cet ancien président d'université, père de deux enfants, a été retrouvé mort dans le garage de son domicile de Tours. «Il s'est bien suicidé (...) Il n'y a aucun doute», a indiqué à l'AFP le procureur de la République, Jean-Luc Beck. «Il y a des lettres très claires, l'arme de chasse utilisée...», a cité M. Beck.

Jean Germain était accusé de «complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics» et d'avoir favorisé des malversations lors de l'organisation entre 2007 et 2011 de ces simulacres de mariages, qui en eux-mêmes n'avaient rien d'illégal.

Son cabinet avait embauché en 2008 l'organisatrice de ces visites, Lise Han, d'origine taïwanaise, recrutée ensuite par une société chargée du tourisme régional et bénéficiant de fonds publics.

Alors que le procès était sur le point de s'ouvrir au palais de justice de Tours, son avocat a annoncé que Jean Germain avait disparu «en laissant une lettre d'adieu». Son corps était retrouvé peu après.

«Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m'aiment, mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement, quotidiennement», a écrit Jean Germain.

«Il est des êtres, j'en suis, pour lesquels l'injustice et le déshonneur sont insupportables. Soyez sûrs que je n'ai pas détourné un centime, que je ne me suis pas enrichi», a-t-il ajouté.

De très nombreuses personnalités politiques - à gauche comme à droite - ont exprimé leur émotion. Réagissant rapidement, François Hollande a parlé d'un «drame terrible». «Un grand élu vient de disparaître dans des conditions qui sont particulièrement cruelles», a-t-il dit.

Le premier ministre Manuel Valls s'est dit «bouleversé» par la mort de Jean Germain, qu'il a qualifié «d'ami» et «d'élu extraordinaire».

Le président du Sénat Gérard Larcher (du parti d'opposition de droite UMP) a aussi rendu hommage à Jean Germain et une minute de silence a été observée dans l'hémicycle.

Souriant au milieu des robes blanches

Son avocat, Dominique Tricaud, a expliqué que Jean Germain «était très, très mal» au matin de son procès.

Il a comparé son client à Roger Salengro, ministre de l'Intérieur du Front populaire (socialiste) qui s'était suicidé en 1936 à la suite d'une campagne de calomnies l'accusant de désertion pendant la Première Guerre mondiale.

Outre Roger Salengro, un ancien premier ministre socialiste, Pierre Bérégovoy, s'était donné la mort en 1993 un peu plus d'un mois après avoir quitté ses fonctions, après avoir été accusé d'avoir bénéficié de faveurs lors de l'achat d'un appartement.

Jean Germain avait été battu aux dernières élections municipales de mars 2014 alors qu'il briguait un quatrième mandat. Ancien universitaire, fils de pâtissier, il a été maire de Tours de 1995 à 2014 et il était sénateur depuis 2011.

Il avait assuré avoir ignoré «en totale bonne foi les mensonges et les manipulations de Lise Han» dans l'organisation des voyages des couples chinois agrémentés de visites des châteaux de la Loire.

Ceint de son écharpe tricolore de maire, Jean Germain posait, souriant, pour les photographes au milieu des robes blanches des mariées.

Selon la justice française, Lise Han était de fait la gérante de la société organisatrice de ces «mariages» dont elle profitait financièrement tout en travaillant pour la mairie de Tours. Au procès, elle est accusée d'«escroquerie», de «prise illégale d'intérêt», et de «recel de fonds publics».

Pour l'avocat du sénateur, «le nombre de touristes (dans la région) a été multiplié par trois» grâce à cette initiative et, selon lui, «il n'y a pas eu de préjudice» subi par la collectivité.

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