Le meurtre qui indigne la Turquie: cinq mots pour comprendre

Des dizaines de milliers de personnes ont pris... (PHOTO ADEM ALTAN, ARCHIVES AFP)

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Des dizaines de milliers de personnes ont pris part à des manifestations en Turquie, dénonçant la hausse des homicides contre les femmes.

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En Turquie, le meurtre d'une étudiante de 20 ans a réveillé un volcan de colère. Des milliers de voix s'élèvent pour dénoncer la violence faite aux femmes. Explications en cinq temps.

Meurtre

Étudiante en psychologie, Özgecan Aslan rentrait chez elle en minibus le 11 février dans la région de Mersin, dans le sud de la Turquie. La femme de 20 ans était la seule passagère quand le chauffeur, âgé de 26 ans, a dévié de sa route. Selon les médias turcs, le chauffeur a tenté de violer la jeune femme. Cette dernière l'a aspergé de poivre de Cayenne. L'agresseur l'a alors poignardée à maintes reprises et battue à l'aide d'un tuyau de métal. Le corps brûlé d'Özgecan Aslan a été retrouvé dans une rivière le 13 février.

Arrestations

Trois hommes ont été arrêtés. Le principal suspect, Ahmet Suphi Altindöken, a confessé avoir tué la jeune femme. Ses deux complices, dont son père de 50 ans, ont aussi admis avoir aidé Altindöken à se débarrasser du corps de sa victime. L'épouse du tueur présumé souhaite qu'il reçoive la peine la plus lourde possible. Mariée il y a cinq ans, elle dit qu'il a fait de sa vie un enfer. «Il avait toujours recours à la violence. Je n'avais plus la force de résister», a-t-elle témoigné. «J'ai de la pitié pour la famille d'Özgecan, mais pas pour mon mari», a-t-elle dit.

Deuil national

Des milliers de personnes se sont présentées aux funérailles d'Özgecan Aslan le 14 février. Lors de la cérémonie, des centaines de femmes ont désobéi à l'imam qui leur demandait de s'éloigner et sont restées aux premiers rangs. Contrevenant aussi à la tradition, elles ont porté le cercueil de la jeune victime. Ailleurs dans le pays, des dizaines de milliers de personnes ont pris part à des manifestations, dénonçant la hausse des homicides contre les femmes, le harcèlement et les agressions sexuelles. En 2014, selon l'organisation Bianet, 281 femmes ont été tuées par un homme en Turquie, soit une hausse de 31% par rapport à l'année précédente. Des manifestants et la mère de la victime ont demandé des peines plus sévères pour les auteurs de féminicides. Le père de la victime s'oppose quant à lui à un retour de la peine de mort en Turquie pour venger sa fille.

Gouvernement

«La violence contre les femmes est la plaie ouverte de la Turquie», a dit le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lors d'une allocution prononcée le 16 février. «Je vais personnellement suivre cette cause pour que les responsables reçoivent la peine la plus sévère», a dit le président, qui a souvent été critiqué pour ses positions machistes. Après avoir appelé la famille de la victime, Erdogan a demandé à ses deux filles d'assister aux funérailles. De son côté, le premier ministre, Ahmet Davutoglu, a promis un plan d'action pour contrer la violence faite aux femmes. Ces promesses en laissent plusieurs sceptiques. «Jusqu'à maintenant, nous ne voyons pas un réel engagement à combattre la violence contre les femmes», dit Ceren Belge, professeure de science politique à l'Université Concordia, ajoutant que certaines solutions proposées par le parti conservateur au pouvoir, l'AKP, n'ont aucun sens. «Lors d'une commission, quelqu'un a proposé que de l'argent soit versé aux hommes célibataires pour qu'ils assouvissent leurs besoins sexuels, ou encore de renforcer la famille traditionnelle», expose-t-elle.

#sendeanlat

La colère entourant le meurtre d'Özgecan Aslan a vite trouvé son chemin dans les réseaux sociaux. À l'instar de la campagne canadienne #AgressionNonDénoncée des femmes turques lèvent le voile sur les violences sexuelles qu'elles ont subies en utilisant Twitter et le hashtag #sendeanlat (#toiaussiraconte). Parmi les milliers de témoignages, celui de l'actrice Beren Saat a retenu l'attention. «Toutes les fois où je me faisais siffler alors que je rentrais de l'école en uniforme. Toutes les fois où je devais accélérer le pas quand je rentrais de l'école préparatoire. [...] La fois où j'ai dû me battre avec un gérant de la télévision qui m'a mis la main aux fesses pendant une célébration», écrit-elle.

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