Le journalisme libérien, victime collatérale de la lutte contre l'Ebola

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Quotidien fermé, journalistes arrêtés ou harcelés par la police: au Liberia, la lutte contre l'épidémie d'Ebola s'accompagne d'atteintes à la liberté de la presse.

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Virus Ebola
Virus Ebola

L'épidémie de fièvre hémorragique Ebola s'est déclarée au début de l'année 2014 en Guinée avant de gagner le Liberia puis la Sierra Leone. Le virus mortel touche de plus en plus de personnes. »

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Agence France-Presse
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Quotidien fermé, journalistes arrêtés ou harcelés par la police : au Liberia submergé par l'Ebola, la lutte contre l'épidémie s'accompagne d'atteintes à la liberté de la presse, selon des organisations de défense des médias qui mettent en garde contre la tentation de l'autoritarisme.

L'organisation Human Rights Watch a appelé lundi les gouvernements des trois pays principalement touchés, Liberia, Guinée et Sierra Leone, à garantir le respect des droits fondamentaux et la transparence dans leur combat contre la propagation du virus.

«Au milieu de cette énorme épidémie d'Ebola, nous pensons que le gouvernement et le peuple doivent travailler ensemble pour trouver une solution. Malheureusement, les médias sont devenus les victimes collatérales des mesures prises par le gouvernement», estime Abdullai Kamara, président du Syndicat national de la presse du Liberia.

«L'état d'urgence (décrété le 6 août, NDLR) a pour but de répondre à la situation sanitaire du pays. Il ne peut pas être utilisé comme alibi pour museler la presse», déplore-t-il.

Au début du mois, le syndicat a écrit une lettre de doléances à la ministre de la Justice Christiana Tah, se disant «de plus en plus inquiet de la rapide détérioration des libertés fondamentales au Liberia».

Il protestait contre la fermeture musclée du National Chronicle le 14 août, l'interrogatoire au poste, avec prise de photos et empreintes digitales, de la directrice de Women Voices, après publication le 29 août d'informations sur la corruption supposée de policiers chargés de la prévention d'Ebola, puis la perquisition des locaux du journal d'investigation FrontPage Africa.

La profession regrette également qu'aucune dérogation au couvre-feu nocturne, en vigueur depuis le 20 août, n'ait été prévue pour lui permettre d'assurer sa mission.

Associer les médias à la lutte

«Le gouvernement a échoué dans la lutte contre l'Ebola. Quand le virus est arrivé au Liberia, il n'a rien fait pour l'arrêter», commente Philibert Browne, directeur de la publication du National Chronicle, fermé après avoir fait état d'efforts parmi la diaspora libérienne aux États-Unis pour remplacer l'administration de la présidente Ellen Johnson Sirleaf par un gouvernement intérimaire.

«Maintenant que l'épidémie est devenue incontrôlable, le gouvernement s'en prend aux médias qu'il considère comme critiques, les réprimant et les faisant fermer. Ce qui arrive aux médias dans ce pays est prémédité», a-t-il estimé.

Ce quotidien privé, accusé d'«atteinte à la sûreté de l'État», a été interdit de paraître après avoir ignoré les injonctions des porte-parole gouvernementaux à faire preuve de retenue dans cette période sensible, indiquent Reporters sans frontières (RSF) et le Comité pour la protection des journalistes (CPJ).

«Dans ses tentatives d'endiguer Ebola, le Liberia censure sa presse», relève le CPJ dans un communiqué, qui exhorte «le gouvernement à se montrer tolérant et coopérer avec les médias pour encourager la circulation de l'information et le débat».

Une responsable de RSF, Virginie Dangles, appelle également à éviter «un durcissement contre les médias». «Au contraire, une implication maximale des médias est nécessaire afin d'assurer à la population une information constante sur l'évolution de l'épidémie, les mesures de prévention et la réponse des autorités», assure-t-elle.

Human Rights Watch rappelle que «la mobilisation contre Ebola a été entravée par le manque de connaissance sur la maladie, la peur et une profonde méfiance envers le gouvernement».

«Les personnes qui dirigent ce gouvernement se sont battues pour la démocratie pendant des années, alors il est décevant que les droits de l'homme, y compris la liberté d'expression, soient bafoués sous ce régime», a souligné M. Kamara, reçu la semaine dernière avec son syndicat par Mme Sirleaf, Prix Nobel de la Paix 2011.

Lors de cette rencontre, le chef de l'État a «exhorté les médias à ne pas augmenter les peurs des Libériens et de la communauté internationale par leurs articles», ajoutant que cela nuisait au pays et à la lutte contre l'Ebola, selon un communiqué de la présidence.

La présidente a approuvé la demande du syndicat d'un «soutien aux radios locales pour leur permettre de jouer leur rôle dans cette crise sanitaire aiguë» mais affirmé que le cas du National Chronicle serait «réglé devant les tribunaux».




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