Début du procès de deux militaires russes présumés capturés dans l'Est ukrainien

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Le capitaine Evgueni Erofeïev (à gauche) et le sergent Alexandre Alexandrov sont visés par cinq chefs d'inculpation, dont participation à une «guerre d'agression» contre l'Ukraine et à un «attentat terroriste».

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Oleksandr SAVOCHENKO
Agence France-Presse
KIEV

Kiev a commencé mardi à juger deux militaires russes présumés capturés en mai dans l'Est séparatiste de l'Ukraine et accusés d'avoir combattu contre l'armée ukrainienne, suscitant les protestations de Moscou qui dénonce un procès politique.

Le capitaine Evgueni Erofeïev et le sergent Alexandre Alexandrov, présentés comme appartenant au GRU, les services de renseignements de l'armée russe, sont visés par cinq chefs d'inculpation, dont participation à une «guerre d'agression» contre l'Ukraine et à un «attentat terroriste». Selon leur avocat, ils risquent la perpétuité.

Pendant la première audience, les deux hommes ont pu communiquer avec les journalistes présents dans la salle.

M. Erofeïev, le bras blessé porté en écharpe, a accusé les autorités ukrainiennes de faire pression sur lui et son camarade Alexandrov. «Elles exigent que nous fassions des dépositions qui aillent dans le sens du Parquet», a-t-il lancé.

Il a déclaré qu'on l'avait menacé «de le faire disparaitre ou de le condamner à la réclusion à perpétuité», sans préciser qui l'avait menacé. «Nous plaçons nos espoirs en Dieu et certainement pas en la justice ukrainienne», a-t-il ajouté.

Interrogé par les journalistes sur les accusations de son camarade, Alexandre Alexandrov n'a pas répondu.

Moscou dénonce un procès politique

Présent à l'audience, le consul russe à Kiev, Alexeï Grouby, a accusé le gouvernement ukrainien de politiser le procès.

«Il est évident qu'il y a une volonté politique de condamner nos citoyens» afin de «montrer la soi-disant présence militaire russe sur le territoire ukrainien, qui n'existe pas», a-t-il déclaré aux journalistes.

Le tribunal a décidé de transférer le dossier à une autre instance à Kiev pour des raisons administratives, ce que l'avocate de M. Erofeïev, Oksana Sokolovska, a dénoncé comme une tentative de «faire traîner le procès». La date de la prochaine audience n'a pas été précisée.

Après leur arrestation en mai dernier, les deux hommes avaient déclaré à la presse et aux observateurs de l'OSCE être des soldats d'active. Moscou, qui dément farouchement toute présence de ses troupes en Ukraine, affirme qu'ils ont quitté l'armée russe en décembre 2014.

Ils avaient été capturés le 16 mai après avoir été blessés par des tirs sur la ligne de front dans l'est lors d'un affrontement avec des soldats ukrainiens, au cours duquel un Ukrainien avait été tué.

Sur une vidéo de leur interrogatoire diffusée par Kiev peu après, ils indiquaient être entrés en territoire ukrainien un mois auparavant avec environ 200 autres militaires russes pour effectuer des missions de renseignement, en soutien aux troupes rebelles qui affrontent les forces de Kiev.

L'Ukraine et les Occidentaux accusent Moscou de soutenir en armes et munitions les séparatistes prorusses et d'avoir déployé des troupes régulières dans l'Est rebelle où le conflit a fait près de 8000 morts depuis son déclenchement en avril 2014. La Russie ne reconnait que la présence de «volontaires» partis combattre de leur propre gré, à l'instar selon elle de MM. Erofeïev et Alexandrov.

Il s'agit du deuxième procès contre des militaires russes présumés capturés en Ukraine.

Vendredi dernier, un tribunal de la région de Donetsk, dont le territoire est partiellement sous contrôle rebelle, a condamné à 14 ans de prison un autre homme que la justice ukrainienne considère comme un soldat russe envoyé en Ukraine.

Selon les services de sécurité ukrainiens (SBU), cet homme, le commandant Vladimir Starkov, dont l'affaire a été nettement moins médiatisée, a reconnu qu'il était un militaire d'active de l'armée russe au moment de sa capture en juillet au volant d'un camion chargé de munitions dans l'est de l'Ukraine.

À l'été 2014, une dizaine de parachutistes russes avaient été capturés dans l'est par les forces ukrainiennes. Vladimir Poutine avait alors affirmé qu'ils s'étaient «perdus» au cours d'une patrouille. Ces parachutistes avaient été échangés par la suite contre des soldats ukrainiens prisonniers des rebelles.

Le procès de MM. Erofeïev et Alexandrov se déroule en parallèle à celui, en Russie, de la pilote militaire ukrainienne Nadia Savtchenko, accusée par Moscou du meurtre de deux journalistes russes dans l'est de l'Ukraine à l'été 2014.

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Nadia Savtchenko

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«Vendue» à la Russie

La pilote militaire ukrainienne Nadia Savtchenko a assuré mardi avoir été «vendue aux Russes» par les séparatistes de l'est de l'Ukraine, niant être responsable du meurtre de deux journalistes russes, lors de la reprise en Russie de son procès.

«Je suis une prisonnière de guerre et otage, qui a été enlevée» et «vendue aux Russes» par les séparatistes, a-t-elle martelé devant le tribunal, lors de la deuxième journée d'audience d'un procès commencé le 22 septembre.

«Je ne comprends pas ce que représente cette cour en Russie. Où sont la loi et la justice? Pourquoi dois-je dire quelque chose?», a déclaré la pilote, enfermée dans une cage, conformément à la pratique en Russie.

Accusée du meurtre prémédité en juin 2014 de deux journalistes russes tués par un tir de mortier dans l'est de l'Ukraine, la pilote d'hélicoptère, qui risque jusqu'à 25 ans de prison, est accusée par les enquêteurs d'avoir fourni la position des journalistes aux artilleurs ukrainiens, ce qu'elle dément fermement.

«Je n'ai, ni de près ni de loin, donné les coordonnées de la cible pour ce tir d'artillerie», a-t-elle affirmé. «Je n'ai touché ni à des mortiers ni à des obus».

«J'étais pilote d'hélicoptère, on a des cours de maths et de calcul pour les manoeuvres, etc. Pour être pointeur d'artillerie avec un hélicoptère, il faut suivre d'autres cours. Je n'ai pas eu ce genre de cours», a-t-elle déclaré, ajoutant avoir été «interrogée sous la menace d'un pistolet» après son arrestation par les séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine.

Également accusée d'avoir traversé illégalement la frontière russe, la pilote a affirmé avoir été «emmenée contre son gré» en Russie par les rebelles.

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