L'Ukraine s'interroge après une vague de suicides présumés d'ex-responsables prorusses

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

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Olga NEDBAEVA, Oleksandr SAVOCHENKO
Agence France-Presse
KIEV

Peur de poursuites judiciaires, dépression ou liquidation de témoins indésirables? L'Ukraine s'interroge après une vague de suicides présumés d'anciens alliés du président prorusse déchu, Viktor Ianoukovitch.

Trois hauts responsables de l'ancien régime renversé en février 2014 après trois mois de contestation proeuropéenne sur le Maïdan à Kiev, réprimée dans le sang, ont été retrouvés morts ces deux dernières semaines.

Les enquêteurs disent privilégier l'hypothèse de suicides alors que les Prorusses dénoncent une «persécution» de la part du pouvoir contre les opposants.

Fin février c'est Mykhaïlo Tchetchetov, ancien haut responsable parlementaire du Parti des régions de Ianoukovitch, se serait défenestré du 17e étage après avoir laissé une note à son épouse disant qu'il «n'avait plus de force morale pour vivre».

Soupçonné d'abus de pouvoir, Mikhaïlo Tchetchetov avait été arrêté une semaine avant sa mort, mais libéré peu après sous caution de 5 millions d'hryvnias (environ 220 000 euros).

Quelques heures avant la mort de Tchetchetov, le procureur général d'Ukraine, Viktor Chokine, avait annoncé à la télévision qu'il s'apprêtait à présenter à l'ex-député de nouveaux chefs d'inculpation.

Tchetchetov était l'un de ceux qui avaient organisé en pleine contestation du Maïdan le vote au parlement du 16 janvier 2014 sur les lois jugées «dictatoriales» qui limitaient le droit de manifester et prévoyaient des peines de prison pour les contestataires.

«Poussé» au suicide?

Ce vote avait contribué à radicaliser la contestation jusque-là pacifique qui se solda en février 2014 par un bain de sang dans le centre de Kiev et la fuite du président Viktor Ianoukovitch en Russie.

Mikhaïlo Tchetchetov avait également présidé en 2003-2005 le Fonds des biens d'État ukrainien chargé des privatisations.

Sans avancer d'hypothèses sur la mort de Tchetchetov, Igor Loutsenko, responsable parlementaire responsable de la lutte contre la corruption avait aussitôt écrit sur son blogue que «sa mort garantissait aux propriétaires d'entreprises vendues pour rien» que les résultats des privatisations opaques ne seraient pas revus.

L'oligarque ukrainien et gouverneur de la région de Dnipropetrovsk, Igor Kolomoïski, a estimé que Tchetchetov qui «connaissait les secrets de la privatisation» avait été «poussé au suicide».

Stanislav Melnik, un autre ex-député du Parti des régions, a, lui, été retrouvé mort dans la nuit de lundi à mardi par son épouse, dans la salle de bains de leur maison dans la région de Kiev. Il se serait suicidé avec un fusil de chasse.

Vendredi l'ex-gouverneur de la région industrielle de Zaporijia (sud-est) Olexandre Peklouchenko a de son côté été retrouvé avec une blessure mortelle au cou infligée à l'arme à feu. Il faisait l'objet d'une enquête pour répression de manifestations pro-européennes à Zaporijia.

«Quand un ex-haut responsable risque de se retrouver en prison, cela peut provoquer des troubles psychologiques», estime Mikhaïlo Kornienko qui fut vice-ministre de l'Intérieur.

«Mais on ne peut pas exclure que ces morts pourraient profiter à quelqu'un, on ne peut pas exclure qu'au moins un de ces décès est un meurtre masqué sous un suicide», ajoute-t-il interrogé par l'AFP.

Peur de la responsabilité

Les suicides suspects suivant la chute dramatique d'un régime ne sont pas nouveaux en Ukraine.

En 2005, tout juste après la victoire de la Révolution orange et l'arrivée au pouvoir de prooccidentaux, le ministre de l'Intérieur du régime déchu, Iouri Kravtchenko, soupçonné d'implication dans le meurtre retentissant du journaliste Gueorgui Gongadzé, a été retrouvé mort après avoir été convoqué au Parquet.

La version officielle d'un suicide avec deux balles dans la tête a suscité le scepticisme, mais l'enquête a été close.

«Les enquêteurs ont décidé qu'il s'agissait bien d'un suicide. Moi je continue de soupçonner que c'était un meurtre», a dit à l'AFP Valentyna Telytchenko, avocate de la famille Gongadzé qui a étudié le dossier Kravtchenko.

Elle estime toutefois qu'il ne faut pas comparer ce cas à la vague de suicides actuelle.

«Après un changement de pouvoir, les représentants de l'ancien régime poursuivis savent qu'ils n'ont plus de protecteurs, ils risquent gros», souligne-t-elle.

«Ils ne sont pas sûrs que les tribunaux vont agir de façon indépendante», poursuit l'avocate.

Pour le procureur adjoint ukrainien, Oleksiï Baganets, il n'y qu'une seule explication à ces suicides: «les gens ont peur de faire face à leur responsabilité».

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