Le pari perdu de Porochenko?

Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) et... (PHOTO SERGEI BONDARENKO, ARCHIVES AFP)

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Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) et son homologue ukrainien Petro Porochenko se sont rencontrés, à Minsk, en Biélorussie, le 26 août, pour des discussions de paix bilatérales.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

En route vers la Mongolie, hier, Vladimir Poutine dit avoir pris un carnet de notes et profité des quelque six heures de vol pour rédiger l'ébauche d'un «plan de paix» en sept points.

Il n'était pas encore apparu en public à Oulan-Bator lorsque le président ukrainien Petro Porochenko a annoncé qu'il avait conclu une entente avec le président russe sur un «processus qui mènera à un cessez-le-feu» dans l'est de l'Ukraine. L'entente devrait être discutée vendredi lors de la reprise des pourparlers entre les autorités ukrainiennes et les rebelles prorusses à Minsk.

En conférence de presse, Poutine a saisi son petit carnet pour expliquer son plan. Le plan russe prévoit un cessez-le-feu immédiat entre les rebelles prorusses et l'armée ukrainienne, oblige les forces ukrainiennes à se retirer des villes contrôlées par les rebelles et à s'en tenir loin, bannit l'utilisation des jets militaires, permet une surveillance internationale du cessez-le-feu, établit un couloir humanitaire et planifie une brigade de reconstruction des infrastructures.

L'accalmie a été de courte durée. Les Russes ont soudainement nié avoir une entente, répétant ne pas faire partie du conflit. Le premier ministre ukrainien, quant à lui, a qualifié l'entente de «poudre aux yeux».

Capitulation?

Les experts hochent la tête. La valse entre les deux présidents prend les airs de capitulation de l'Ukraine devant Moscou et les rebelles séparatistes. Et ce, à la veille d'une réunion de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) qui doit convenir d'un plan pour venir en aide à l'Ukraine, un pays partenaire. Pour le moment, il n'est pas question que les pays membres mènent une action conjointe avec l'Ukraine contre les rebelles et les troupes russes qui, à leurs dires, sont déployées dans l'est de l'Ukraine.

Les spécialistes estiment tous que le plan de paix présenté par Poutine a bien peu à offrir aux Ukrainiens. «Tout ça, ce sont de bonnes nouvelles pour les Russes, mais pas pour les Ukrainiens. Les carottes sont cuites pour Porochenko, qui voit la résistance des chancelleries occidentales à agir. L'entente, si elle va de l'avant, est un aveu de défaite», estime Yann Breault, expert de l'ex-Union soviétique et chargé de cours à l'Université du Québec à Montréal (UQAM).

Professeur émérite à l'UQAM et auteur de plusieurs ouvrages sur l'espace post-soviétique, Jacques Lévesque abonde dans le même sens. «Un cessez-le-feu est une bonne nouvelle pour les civils, mais pour l'Ukraine et le gouvernement ukrainien, ça regarde mal. Porochenko a fait le pari de faire de l'intégrité territoriale son cheval de bataille, et son pari est perdu», note M. Lévesque.

De son côté, Dominique Arel, titulaire de la Chaire d'études ukrainiennes de l'Université d'Ottawa, ne voit pas pourquoi les Ukrainiens accepteraient le plan Poutine, qui permettrait notamment à l'armée russe de rester dans le pays de manière légitime en participant à la surveillance du cessez-le-feu. «C'est une imposition des conditions russes», dit-il. Il espère par ailleurs que les pourparlers de vendredi permettront d'en savoir plus sur la véritable teneur des discussions entre les deux présidents.

Gagner du temps

Selon Dominique Arel, l'annonce d'un cessez-le-feu pourrait aussi être une ruse de la part de la Russie pour amadouer l'OTAN. Hier, cependant, la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, a affirmé que l'étude de sanctions additionnelles à imposer à la Russie se poursuit.

Le président français a pour sa part annoncé hier que son pays retarde la livraison d'un premier navire de guerre Mistral à la Russie. La vente de deux navires à la Russie a semé la discorde entre la France et ses alliés de l'OTAN.

En visite en Estonie, le président américain Barack Obama a levé le ton hier, accusant la Russie de faire subir une «attaque éhontée à l'Ukraine». Selon Barack Obama, le conflit ukrainien est un «test» pour les États-Unis et l'Europe, qui se doivent de trouver une réponse commune.

Depuis avril, plus de 2600 personnes ont péri dans le conflit, qui a aussi fait près de 1 million de déplacés.




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