Le nouveau président ukrainien veut «mettre fin à la guerre»

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Un travail titanesque attend le futur président, Petro Porochenko, qui devra gérer tout autant l'absence de l'État que la quasi-faillite de l'économie ukrainienne, ainsi que des réformes économiques impopulaires.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Olexandr SAVOCHENKO, Galina KORBA avec Marion THIBAUT à Donetsk
Agence France-Presse
Kiev

Le milliardaire pro-occidental Petro Porochenko, donné vainqueur de la présidentielle de dimanche en Ukraine, s'est fixé pour priorités de mettre fin à la guerre dans l'Est séparatiste, où le scrutin n'a quasiment pas pu avoir lieu, et de mener son pays sur la voie de l'intégration européenne.

Crédité de près de 56% des suffrages par les sondages à la sortie des bureaux de vote, l'homme d'affaires de 48 ans, deux fois ministre de précédents gouvernements, n'a pas attendu les résultats officiels pour détailler les premières mesures qu'il prendra en tant que chef de l'État : se rendre dans les régions du Donbass en proie à une insurrection armée prorusse, «ramener la paix en Ukraine» et convoquer dès cette année des élections législatives anticipées.

La Pologne, principal soutien de Kiev au sein de l'UE pourrait devenir le premier pays étranger qu'il visitera, a indiqué M. Porochenko tout en restant vague sur la perspective de normalisation des relations avec la Russie.

Les premiers résultats officiels promis pour minuit se faisaient attendre, mais le numéro deux de la commission électorale centrale Andriï Maguera a déclaré que les sondages sortie des urnes étaient «fiables».

Un travail titanesque attend le futur président qui devra gérer tout autant la rébellion prorusse dans l'Est que la quasi-faillite de l'économie ukrainienne, ainsi que des réformes économiques impopulaires imposées en échange de l'aide de 27 milliards de dollars consentie par le FMI, la Banque mondiale et l'Union européenne.

Obama salue le courage des Ukrainiens, Poutine muet

Le cinquième président de l'Ukraine indépendante devra également négocier avec la Russie sur la dette gazière que son pays a contractée auprès d'elle, un dossier qui inquiète les Européens, tributaires du gaz russe.

La Russie qui avait critiqué la tenue de la présidentielle en pleine opération militaire dans l'Est avant d'adoucir légèrement le ton n'a pas réagi à l'annonce des sondages.

Au moment où se dessinait le résultat, le président russe Vladimir Poutine assistait à un match de hockey sur glace à Minsk avec ses homologues du Bélarus et du Tadjikistan.

Le président américain Barack Obama a salué le «courage» des électeurs qui se sont rendus aux urnes dans l'Est de l'Ukraine, «malgré les provocations et la violence».

M. Porochenko arriverait largement en tête, devant l'égérie de la Révolution orange de 2004, Ioulia Timochenko, qui ne recueillerait que 13% des voix, selon un sondage à la sortie des bureaux de vote réalisé par un consortium d'instituts ukrainiens.

Le vote a consacré la cuisante défaite des candidats ultra-nationalistes qui s'étaient illustrés sur le Maïdan.

Mme Timochenko a estimé qu'une «élection démocratique» avait eu lieu en Ukraine en se disant prête à «aider les nouvelles autorités à faire avancer l'Ukraine sur la voie européenne».

Vote utile

Si les résultats des sondages se confirment, M. Porochenko sera élu dès le premier tour, ce qui constituerait une première depuis l'élection de Léonid Kravtchouk en 1991 après la dislocation de l'URSS.

Le sociologue Valéri Paniotto a expliqué ce résultat par le vote utile d'Ukrainiens «qui voulaient que la présidentielle se termine au premier tour.

Le scrutin, soutenu par les Occidentaux, s'est déroulé après six mois d'une crise politique sans précédent, marquée par la sanglante répression du mouvement pro-européen de contestation de Maïdan, le rattachement express de la Crimée à la Russie et une insurrection armée prorusse qui a pratiquement coupé l'Est russophone du reste de l'Ukraine.

L'élection avait pour toile de fond un affrontement géopolitique entre les Occidentaux et Vladimir Poutine dont le pays fait un grand retour sur le devant de la scène internationale.

Plus de 36 millions d'électeurs étaient appelés aux urnes. «J'espère que cette élection ramènera enfin la paix en Ukraine», a résumé Oleg, un homme d'affaires de 38 ans à Lviv, à 80 km de la Pologne.

Une enseignante de 31 ans, Irina Myssak, attend, quant à elle, du président élu qu'il «conduise l'Ukraine à l'Otan et à l'Union européenne». «Et je ne veux plus jamais voir ce qui se déroule dans l'Est», a-t-elle ajouté, faisant allusion à l'insurrection armée ayant gagné les régions frontalières de la Russie, théâtre de combats avec l'armée ukrainienne qui ont fait plus de 150 morts depuis le 13 avril.

Dans le bastion rebelle de Donetsk, aucun bureau de vote n'a ouvert et les rues de la ville sont restées désertes.

«L'Ukraine est maintenant un autre pays, donc je ne vois pas pourquoi nous devrions prendre part à cette élection», a déclaré à l'AFP Elisaveta.

Recrudescence des violences dans l'Est

Dans l'après-midi, environ 2000 personnes ont affiché leur soutien aux séparatistes dans le centre de Donetsk, protégées par des hommes armés en tenue de camouflage et portant des cagoules.

«Vous êtes nos héros!», lançait la foule. «Pas de prisonniers, tuez-les!»

Cependant, aucun combat entre insurgés et soldats ukrainiens n'a été signalé pendant le scrutin.

L'élection avait peu de chances de se dérouler, avec la peur des gens d'aller voter, les commissions électorales locales sous le contrôle des séparatistes ou tout simplement en raison de l'absence d'urnes et de bulletins dans certains bureaux de vote.

Dans un apparent geste d'apaisement, Vladimir Poutine avait annoncé vendredi qu'il respecterait le «choix du peuple ukrainien».

Son Premier ministre Dmitri Medvedev s'est rendu en Crimée, rattachée à la Russie en mars, un déplacement dénoncé par Kiev comme une «provocation délibérée» le jour du scrutin.

La fin de la campagne a été marquée par la recrudescence des combats sur le «front de l'Est», dans la région de Donetsk où 26 personnes, en majorité des soldats ukrainiens, ont péri dans des affrontements entre séparatistes et forces loyales à Kiev.

Un photographe italien et un défenseur russe des droits de l'Homme ont été tués par des tirs d'obus. Il s'agit du premier journaliste à trouver la mort dans l'Est depuis le début des combats en avril.

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Un scrutin généralement pacifique, dit un observateur canadien

Un député fédéral conservateur, faisant partie de la mission d'observation électorale en Ukraine, dimanche, a affirmé que l'élection présidentielle s'était déroulée de manière fluide et généralement pacifique.

Selon le conservateur James Bezan, un membre de l'équipe de 350 observateurs canadiens dépêchés sur place, les Ukrainiens sont braves et tenaces, et se sont présentés en grand nombre à travers le pays pour voter.

Le taux de participation serait même élevé, a-t-il soutenu, dans les régions de l'est du pays où des rebelles prorusses lourdement armés ont tenté d'empêcher des gens de voter.

Ces militants ont détruit des urnes, fermé des bureaux de vote et menacé des électeurs potentiels.

Des responsables auraient d'ailleurs conclu des ententes pour permettre aux Ukrainiens vivant dans ces régions de faire usage de leur droit de vote à des endroits plus sécuritaires.

Au dire de M. Bezan, l'ambiance était calme et paisible cette fin de semaine à Kharkiv, où il est déployé comme observateur, et ce même lors d'une manifestation prorusse ayant pris fin sans incident. La ville n'est qu'à 30 kilomètres de la frontière russe.

Des sondages de sortie des urnes accordaient la victoire au confiseur milliardaire Petro Porochenko. L'Occident espère que le vote contribue à résoudre la crise qui ébranle le pays depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en mars.

Le député canadien a réitéré par ailleurs l'appel du gouvernement conservateur pour la restitution de la Crimée à l'Ukraine. Il a ajouté que les Ukrainiens sont «particulièrement contents» de la prise de position marquée d'Ottawa contre Moscou.

- Avec La Presse Canadienne




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