L'Ukraine accuse la Russie d'«invasion militaire»

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Les accusations de Kiev interviennent après l'arrivée de plusieurs dizaines d'hommes, d'hélicoptères et de véhicules blindés dans un village au nord de la frontière administrative entre la Crimée et l'Ukraine continentale.

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

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Karim TALBI, Ursula HYZY
Agence France-Presse
Kiev

Le gouvernement ukrainien a accusé samedi l'armée russe d'avoir envahi le sud-est du pays lors d'une opération héliportée menée au-delà des limites de la Crimée à quelques heures du référendum sur le rattachement de la péninsule ukrainienne à la Russie.

Les accusations de Kiev interviennent après l'arrivée de plusieurs dizaines d'hommes, d'hélicoptères et de véhicules blindés dans un village au nord de la frontière administrative entre la Crimée et l'Ukraine continentale.

Ce village n'est pas la première position occupée par des forces russes hors de Crimée et sa prise est plus symbolique que stratégique, mais l'incursion a achevé d'exaspérer les Ukrainiens et les observateurs alors que Moscou souffle le chaud et le froid en affirmant ne pas vouloir «envahir» l'Ukraine tout en disant «examiner» les nombreux «appels à l'aide» des russophones de l'Ukraine.

Washington a réagi immédiatement, fustigeant une «escalade scandaleuse».

En Crimée, où les bureaux de vote doivent ouvrir dimanche matin, quelque 1,5 million d'habitants sont invités à choisir entre le rattachement à la Russie et une large autonomie au sein de l'Ukraine. Les premiers résultats de ce vote qui se déroulera en présence d'importantes forces de l'armée russe, doivent être connus après la clôture des urnes à 13 h.

Une large majorité va certainement se prononcer en faveur d'une union formelle avec la Fédération de Russie, d'autant plus que les minorités ukrainienne et tatar, qui constituent ensemble 37% de la population, ont appelé au boycottage.

La communauté internationale juge pour sa part la consultation illégitime ou inconstitutionnelle mais n'a pas réussi à l'empêcher malgré deux semaines d'intenses activités diplomatiques.

À Kiev, le président ukrainien par intérim Olexandre Tourtchinov a lancé un dernier appel aux habitants de Crimée à quelques heures de l'ouverture des bureaux de vote. «J'appelle chaque habitant de Crimée à se montrer responsable de son futur et à ne pas croire les fausses promesses qui mèneront la région à la catastrophe sociale et économique», a-t-il dit, conjurant les électeurs d'«ignorer cette provocation du Kremlin».

Veto russe, abstention chinoise

Sur le terrain, les soldats russes ont avancé et franchi la frontière administrative entre la Crimée et le reste de l'Ukraine, en déployant 80 soldats, des hélicoptères et des véhicules blindés, dans un village voisin de cette ligne de démarcation, dans la région de Kherson.

Le gouvernement de Crimée assure que ce ne sont pas des soldats russes mais des milices d'autodéfense pro-russes qui ont pris position pour empêcher la «destruction d'une station de distribution de gaz».

L'Ukraine a réagi en accusant la Russie d'«invasion militaire» et en se réservant le droit de «recourir à tous les moyens nécessaires» pour la stopper.

En fait, ce n'est pas la première position occupée par les forces russes hors de Crimée, puisque le barrage de contrôle de Tchongar, contrôlé par des forces russes et des milices pro-russes, se trouve également à environ un kilomètre au nord de la frontière administrative.

50 000 manifestants à Moscou 

Mais c'est à Moscou que les projets de rattachement de la Crimée ont suscité samedi la protestation la plus spectaculaire et d'ampleur inattendue.

«Bas les pattes de l'Ukraine !» et «la Russie sans Poutine» : Jeunes actifs, étudiants, retraités, et même un prêtre orthodoxe rencontré dans la foule. Selon l'AFP, ce sont environ 50.000 personnes de tous âges qui ont défilé en plein centre de Moscou.

Au même moment, plusieurs milliers de personnes étaient rassemblées près du Kremlin, à l'appel d'organisations nationalistes, avec des banderoles de soutien à la politique de Vladimir Poutine.

Dans la nuit de vendredi à samedi, la crise ukrainienne avait fait deux morts à Kharkiv, un bastion russophone de l'Est du pays secoué par des tensions entre nationalistes ukrainiens et partisans de Moscou.

Un militant pro-russe et un passant ont été tués et cinq autres personnes blessées dans la nuit lors d'une fusillade entre nationalistes radicaux et militants pro-russes. Les forces de l'ordre ont arrêté une trentaine de personnes et saisi des armes à feu.

La Russie a évoqué cet incident en indiquant recevoir d'Ukraine «de nombreux appels à l'aide» et avoir l'intention de les «examiner».

À Donetsk, un bastion industriel et russophone de l'Est, des militants pro-russes ont quant à eux tenté de pénétrer en force dans le siège des services spéciaux pour faire libérer leur «gouverneur» autoproclamé et revendiquer le droit de voter pour le rattachement de la région à la Russie.

Sanctions européennes

À l'étranger, les Occidentaux prévoient différentes initiatives de soutien à l'Ukraine après leur échec à infléchir la stratégie de Vladimir Poutine.

Les ministres des Affaires étrangères, qui se réunissent lundi à Bruxelles, pourraient adopter des sanctions contre la Russie.

En deux semaines, le bras de fer entre Moscou et Washington a viré à la pire crise diplomatique entre Russes et Occidentaux depuis la chute de l'URSS en 1991 et pourrait très durablement affecter les relations entre les grandes puissances.

Au-delà de l'avenir de la Crimée au sein de l'Ukraine ou de la Russie, la crise a réveillé les séparatismes dans les régions russophones de l'est du pays. Et le déploiement de troupes russes aux frontières au nom d'exercices militaires doublé des discours à Moscou sur la nécessité de «protéger» les communautés russophones éveillent la crainte de nombreux Ukrainiens qui sont persuadés, malgré les dénégations de la diplomatie russe, que l'armée russe va marcher sur Kiev.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a pour sa part réfuté l'idée de «guerre froide».

«Nous espérons de tout notre coeur avoir suffisamment de bravoure, ainsi que nos partenaires, pour ne pas nous engager dans une confrontation plus profonde sur le sol ukrainien», a-t-il déclaré, assurant que Moscou souhaitait «la poursuite des contacts avec les dirigeants européens et avec le président des États-Unis».

L'idée d'isolement de la Russie sur la scène internationale est «absurde», a dit M. Peskov.

Les soldats ukrainiens resteront en Crimée après le référendum

Les soldats ukrainiens stationnés en Crimée y resteront, quel que soit le résultat du référendum sur le rattachement à la Russie qui a lieu dimanche, a assuré le candidat à la présidence ukrainienne Vladimir Klitschko, dans le journal allemand Bild à paraître dimanche.

«Nos soldats resteront aussi à l'avenir dans leurs casernes en Crimée», a déclaré l'ancien champion du monde de boxe et l'un des chefs de file de l'opposition qui a contribué à la destitution de l'ancien  président ukrainien Viktor Ianoukovitch  en février.

«Nous ne voulons pas d'une guerre, nous ne voulons pas que les soldats ukrainiens et russes aient à se tirer dessus», a-t-il précisé, mais il réclame «des sanctions pour envoyer un signal clair (au président russe Vladimir) Poutine, selon lequel cette violation du droit international en Crimée ne pourra pas rester sans conséquence».

Quelque 1,5 million d'électeurs doivent voter dimanche en Crimée pour un référendum où ils auront à choisir entre un rattachement à la Russie ou une large autonomie au sein de l'Ukraine.

La communauté internationale juge la consultation illégitime ou inconstitutionnelle, comme l'a répété encore samedi le Conseil de l'Europe.

En outre, l'Ukraine a accusé samedi la Russie d'«invasion militaire» et a menacé d'y répondre par «tous les moyens» après une opération héliportée au-delà des limites de la Crimée.




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