L'émissaire de l'ONU en Ukraine menacé, les négos se poursuivent

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Née en novembre de la volte-face du pouvoir, qui a renoncé à un rapprochement avec l'UE pour signer un accord avec Moscou, la contestation ukrainienne s'est depuis muée en révolte contre le président Ianoukovitch. Une crise qui plonge l'Ukraine au bord de la guerre civile, alors que les affrontements entre opposants et forces de l'ordre ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés. »

Nicolas REVISE, Karim TALBI, Bertrand DE SAISSET
Agence France-Presse
Paris, Kiev et Simféropol

Occidentaux et Russes vont poursuivre leurs négociations sur la crise ukrainienne pour tenter de trouver un plan de sortie de crise alors que l'émissaire spécial de l'ONU en Ukraine, menacé par des hommes armés, a dû mettre fin mercredi à sa mission en Crimée.

Après des premiers entretiens à Paris, les chefs des diplomaties russe et américaine sont tombés d'accord pour poursuivre les discussions dans les jours à venir.

Sergueï Lavrov a évoqué la nécessité de voir «comment aider à stabiliser et normaliser la situation et surmonter la crise» tandis que John Kerry prévoyait d'«intenses discussions» dans les prochains jours.

Pour leur part, le président américain Barack Obama et le Premier ministre David Cameron ont estimé que la situation en Ukraine était «inacceptable» et affirmé que la Russie payait déjà le prix de son intervention, selon un communiqué de la Maison Blanche diffusé après une conversation entre les deux dirigeants.

Sur le terrain, la crise, qui a pris une ampleur considérable le 28 février avec le déploiement de forces russes en Crimée, a été marquée par les mésaventures de l'émissaire spécial de l'ONU, Robert Serry.

Arrivé mardi dans la péninsule du Sud de l'Ukraine, le diplomate néerlandais a finalement dû retourner sous escorte à l'aéroport après avoir été retenu par des hommes armés à Simféropol, la capitale de cette région stratégique pour Moscou.

M. Serry avait tenté de remonter à bord de sa voiture mais celle-ci étant bloquée, il avait dû repartir à pied vers son hôtel et il avait téléphoné en chemin d'un café pour raconter sa mésaventure.

Robert Serry... (Photo: Reuters) - image 2.0

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Robert Serry

Photo: Reuters

«Il est en bonne santé physiquement, mais il se sent menacé», a indiqué l'ONU. Selon l'assistante de M. Serry, celui-ci comptait rentrer à Kiev.

Accord du 21 février 

A Paris, M. Lavrov a affirmé, après sa rencontre avec son homologue américain, John Kerry, que tous les deux étaient «d'accord pour aider les Ukrainiens à mettre en oeuvre les accords (conclus à Kiev) le 21 février».

Ces accords prévoient la constitution d'un gouvernement d'union et le retour à la Constitution de parlementaires de 2004 ainsi qu'à l'organisation d'une élection présidentielle anticipée.

Selon un diplomate américain, John Kerry a demandé à Sergueï Lavrov que la Russie et l'Ukraine aient des «entretiens directs» alors que Vladimir Poutine refuse de reconnaître tout autre président ukrainien que Viktor Ianoukovitch déchu le 22 février.

MM. Kerry et Lavrov, rompus aux discussions sensibles et qui ont appris à se connaître lors de négociations difficiles -- de la guerre en Syrie au dossier du nucléaire iranien --, cherchent des solutions alors que la situation s'enlise sur le terrain.

Par ailleurs, le président russe Vladimir Poutine et la chancelière allemande Angela Merkel ont discuté au téléphone mercredi des «scénarios» pouvant permettre une «normalisation» de la situation en Ukraine, selon le Kremlin qui souligne que l'entretien s'est déroulé à l'initiative de Mme Merkel.

En Crimée, soldats ukrainiens et membres des forces russes se font en effet face dans les bases et aéroports militaires de la péninsule du Sud de l'Ukraine depuis le déploiement le 28 février de milliers d'hommes armés vêtus d'uniformes sans écusson militaire mais que la population comme les journalistes sur place définissent aisément comme des soldats russes.

A Paris, la rencontre tant espérée par les Occidentaux entre Sergueï Lavrov et son nouvel homologue ukrainien Andrii Dechtchitsa -également présent dans la capitale française-- n'a en revanche pas eu lieu.

John Kerry a quant à lui indiqué qu'il n'avait «aucune attente» quant à une rencontre entre les deux responsables à Paris.

OTAN-Russie réduit

Les Occidentaux multiplient les pressions sur la Russie pour obtenir une «désescalade» de la crise ukrainienne avant un sommet européen extraordinaire jeudi à Bruxelles où ils se sont engagés à prendre des sanctions si Moscou ne faisait pas preuve de souplesse à l'égard de la crise en Ukraine.

Parallèlement, l'OTAN a déjà annoncé le renforcement de sa coopération avec l'Ukraine et la suspension d'initiatives OTAN-Russie.

Ces mesures «envoient un message très clair à la Russie qu'elle doit aider à la désescalade» de la situation en Ukraine, a estimé son secrétaire général, Anders Fogh Rasmussen à l'issue d'une réunion OTAN-Russie à Bruxelles.

Les États-Unis vont intensifier les entraînements aériens communs avec la Pologne et augmenter leur participation à la protection de l'espace aérien des pays baltes.

Les Européens ont présenté un plan d'aide massif d'au moins 11 milliards d'euros sur deux ans en faveur de l'Ukraine, à la veille du sommet européen extraordinaire sur la crise dans ce pays.

Mardi, les chefs de l'État russe et américain avaient multiplié les propos acerbes, le président Barack Obama estimant que Vladimir Poutine ne «trompait personne» avec ses déclarations sur l'Ukraine alors que le maître du Kremlin fustigeait les Occidentaux et ses «entraîneurs» qui ont formé des «unités de combat» en Ukraine, en allusion aux contestataires du célèbre Maïdan de Kiev, théâtre de la contestation jusqu'à la chute du président Viktor Ianoukovitch.

Bases de missiles 

En Crimée, les forces russes ont investi mercredi la base de lancement de missiles de Fiolent, un site militaire hautement stratégique en Crimée, faisant monter la tension.

Après des jours de confrontation silencieuse où les forces russes se contentaient généralement d'encercler les casernes et les bases, et de jauger les soldats ukrainiens, cette intrusion sur un site hautement symbolique constitue une étape de plus dans la crise qui se joue dans cette péninsule baignée par les eaux de la mer Noire.

Le sort d'une seconde base, à Evpatoria (ouest de la Crimée) a quant à lui mis en lumière l'aspect parfois surréaliste, voire ubuesque de la crise en Crimée. Cette base, que des forces russes avaient encerclée avant d'y pénétrer dès le 28 février, a été attaquée par des manifestants... pro-russes.

L'attaque a été repoussée sans violences par les soldats ukrainiens sous l'oeil des forces russes, selon les témoignages recueillis mercredi par l'AFP.

Hors de Crimée, des tensions ont été constatées à Donetsk, fief électoral russophone de M. Ianoukovitch dans l'est de l'Ukraine. Des manifestants favorables à un ralliement à Moscou ont pris d'assaut l'administration régionale, dont ils avaient été délogés le matin même, et sont opposés dans une bagarre impliquant des dizaines de personnes avec des anti-russes.

Environ 16 000 soldats russes, dont au moins 5000 arrivés ces derniers jours, occupent la Crimée où ils cernent la plupart des sites stratégiques (navires de guerre, casernes, bâtiments de l'administration).




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