La Russie a accepté d'assurer la sécurité du président ukrainien déchu Viktor Ianoukovitch, bien que les relations entre ce dernier et le président russe Vladimir Poutine n'étaient pas, et de loin, au beau fixe.

Quel intérêt pour la Russie de protéger M. Ianoukovitch?

Même si M. Ianoukovitch est largement discrédité aux yeux du pouvoir russe, il reste pour le Kremlin un président légitime, face aux nouvelles autorités intérimaires ukrainiennes qu'il juge illégitimes.

«Même si son peuple l'a renversé, Ianoukovitch reste de facto un président légitime élu par les urnes, et personne ne l'a jamais considéré comme étant un tyran», a déclaré l'analyste pro-Kremlin Maxime Chevtchenko à la radio Business FM.

«Le Kremlin estime que le pouvoir à Kiev a été pris par des fascistes», tandis que «Poutine pense que Ianoukovitch est une force pro-russe en Ukraine que l'on peut encore utiliser pour empêcher l'Ukraine de glisser vers l'Occident», selon Alexandre Konovalov, de l'Institut des études stratégiques.

M. Poutine pourrait essayer d'utiliser l'influence de M. Ianoukovitch dans certaines régions ukrainiennes russophones, selon des analystes.

M. Ianoukovitch est une «marionnette pour le Kremlin qui pourrait lui permettre de s'emparer de la Crimée», péninsule russophone du sud de l'Ukraine et théâtre de tensions séparatistes, estime Iouri Korgouniouk, de la fondation Indem.

La Russie a laissé entendre, en acceptant d'assurer sa sécurité sur le territoire russe, que Ianoukovitch - qui est introuvable depuis sa destitution samedi - s'y trouvait déjà, mais aucune déclaration officielle ne l'a confirmé.

Quelles sont les relations entre M. Ianoukovitch et le président russe Vladimir Poutine?

Élu à la présidence en 2010, M. Ianoukovitch, considéré alors comme étant pro-russe, s'est avéré être un allié moins commode que prévu, plus enclin à défendre les intérêts des oligarques ukrainiens qu'à écouter le président Poutine.

Au pouvoir, «Ianoukovitch a fortement déçu les attentes de Poutine», souligne M. Konovalov.

«C'est un homme politique qui change d'avis souvent et brusquement», observe pour sa part Dmitri Orlov, politologue proche du Kremlin. «Je pense que tous ses interlocuteurs en négociations éprouvent de la gêne, car régulièrement, il ne respecte pas les accords qu'il signe», ajoute-t-il.

«Le fait qu'il se trouve sur le territoire russe ne signifie pas qu'il est devenu plus fiable. On lui a accordé une garantie de sécurité, mais les Russes prennent en compte son caractère spécifique», argue-t-il.

La Russie a-t-elle déjà accueilli d'autres leaders déchus?

«De nombreux leaders contraints de fuir leur pays ont vécu en Russie (...) Cela n'a créé aucun problème important dans les relations avec les pays dont ils venaient», rappelle M. Orlov.

Ainsi, en 2005, la Russie a accordé l'asile au président déchu kirghiz Askar Akaïev. Au pouvoir depuis 15 ans, son régime s'est écroulé en quelques heures sous la pression de quelques milliers de manifestants protestant contre les résultats des législatives et la corruption du pouvoir.

Moscou a aussi accordé le refuge à l'épouse et au fils de l'ex-président de Serbie Slobodan Milosevic, décédé en 2006 dans sa cellule à La Haye alors qu'il était jugé au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).