L'extrême droite européenne approuve les idéaux de Breivik

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Massacre en Norvège

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Massacre en Norvège

La Norvège, l'un des pays les plus sûrs au monde, a été frappée le 22 juillet par ses plus lourdes attaques depuis la Seconde Guerre mondiale. Une bombe a d'abord explosé au centre-ville d'Oslo, puis une fusillade a tourné au carnage, sur l'île d'Utoya, près d'Oslo. »

 

Angela Charlton
Associated Press
Paris

Ils attaquent les amateurs de soccer noirs et arabes, ils terrorisent les quartiers d'immigrants, ils détruisent les tombes des juifs et des musulmans, ils prêchent la haine et rassemblent des appuis sur Internet. Le massacre en Norvège a dévoilé une frange de colère raciste qui se propage en Europe - et a mis au jour le risque qu'elle engendre des actes violents n'importe où, n'importe quand.

Lors d'entrevues et sur des forums de discussion en ligne, les Européens d'extrême droite n'ont pas adouci leur rhétorique depuis le massacre en Norvège où 77 personnes ont été tuées. Ils peuvent avoir pris leurs distances par rapport aux méthodes du tueur, Anders Behring Breivik, mais pas de son message: les immigrants musulmans sont une menace pour la survie de l'Europe.

«S'il n'y avait pas eu d'immigrants, ce drame n'aurait jamais eu lieu», a écrit un blogueur européen.

Jean-Marie Le Pen, l'icône incendiaire de la France sur les politiques anti-immigrants, a déclaré que la Norvège «ne mesure pas le danger global que l'immigration massive représente, qui est la cause principale» des attaques.

La montée des idées anti-immigrants dans le portait politique conventionnel en Europe pourrait même augmenter le risque. Puisque les partis d'extrême droite comme le Front national de Le Pen sont devenus plus modérés et tentent de rejoindre un spectre plus large d'électeurs, ils ont aliéné leurs membres les plus extrêmes - générant de la rage dans les franges les plus radicalisées.

«Les membres les plus extrêmes sont ainsi laissés à eux-mêmes sans l'influence plus modérée de leurs anciens collègues du parti», a expliqué Marko Papic du groupe d'analystes Stratfor, basé aux États-Unis.

Dans le clavardage sur internet, quelques voix parmi les plus extrémistes disent même qu'Anders Behring Breivik n'était pas assez xénophobe. La Democracia Nacional d'Espagne, l'Union slave de la Russie et le Mouvement de résistance suédois l'ont rejeté, le considérant comme un sioniste.

Les Européens d'extrême droite sont des voix isolées, étant au plus quelques milliers. Mais leurs voix peuvent prendre un poids disproportionné et déformer les perceptions de l'immigration.

Ceux nés à l'étranger constituaient 9,4% de la population des 27 états européens l'an dernier, ou 47 millions du demi-milliard de citoyens de l'Europe, selon les chiffres de l'Agence Eurostat. Mais des millions de ces «étrangers» proviennent dans les faits d'autres pays de l'Union européenne.

La proportion d'habitants nés à l'étranger est faible comparée à celle des États-Unis, mais elle augmente de façon constante et inquiète certains en Europe, là où de nombreux pays étaient relativement homogènes jusqu'aux récentes générations.

Un sentiment xénophobe se répand d'ailleurs chez le grand public et les autorités observent étroitement les activités des extrémistes endurcis.

Depuis les attaques en Norvège, la police grecque a augmenté les patrouilles dans les quartiers qui connaissent des tensions ethniques et des mosquées britanniques ont resserré leur sécurité.

L'unité de la police française chargée de surveiller l'activité extrémiste en ligne a comptabilisé plus de 8000 plaintes l'an dernier au sujet de commentaires racistes ou xénophobes.

Mais la police a jugé que seulement dix d'entre elles constituaient des menaces potentielles, selon un responsable du Bureau central de la police judiciaire.

Quant à l'agence nationale de prévention du crime de Suède, elle a rapporté une baisse de 10 pour cent des crimes xénophobes entre 2008 et 2011. Par contre, l'activité d'extrême droite en ligne, en Suède comme ailleurs, a monté en flèche.

Mais Yannick Cahuzac de l'Université de Perpignan, en France, qui analyse l'activité d'extrême droite sur Internet, estime que l'agressivité en ligne pourrait ne pas être une mauvaise chose. «Cela peut être cathartique, parce que ces gens subliment leur violence par des mots».

En Serbie, par exemple, un groupe nationaliste a cumulé 70 000 «j'aime» sur facebook en soutien au dirigeant libyen Khadafi au début de l'intervention de l'OTAN en Libye, mais lorsqu'il a tenté d'organiser une manifestation à Belgrade contre l'intervention occidentale, seulement quelques centaines de personnes sont venues.

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