Écosse: non à l'indépendance, oui à la décentralisation du Royaume-Uni

Les Écossais ont clairement dit non à l'indépendance, à l'occasion d'un... (Photo Luke MacGregor, Reuters)

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Référendum écossais
Référendum écossais

Le 18 septembre les Écossais sont appelés aux urnes pour dire Oui ou Non à l'indépendance. Quatre millions d'électeurs qui devront choisir entre le maintien au sein du Royaume-Uni en tant que nation constitutive ou encore la souveraineté. »

Agence France-Presse

Les Écossais ont clairement dit non à l'indépendance, à l'occasion d'un référendum historique, poussant vendredi le premier ministre Alex Salmond à la démission, malgré les promesses du gouvernement central de David Cameron de conférer des pouvoirs accrus aux quatre nations constitutives du Royaume-Uni.

Après des semaines d'intense suspense et de débats parfois acrimonieux, le camp du non l'a emporté en parvenant à 55,3%, le oui obtenant 44,7%. L'écart est important, et la participation record de 84,6% amplifie le verdict.

Ce résultat constitue une amère déception pour Alex Salmond qui, douze heures après la proclamation du résultat, a pris ses amis et adversaires politiques par surprise en annonçant sa prochaine démission, en novembre, du poste de premier ministre d'Écosse qu'il occupe depuis 2007.

«Mon temps en tant que leader est presque terminé. Mais pour l'Écosse, la campagne continue et le rêve ne mourra jamais», a souligné le champion du oui, ému et lyrique.

Que Salmond jette l'éponge a été accueilli avec stupéfaction en Écosse où il a réussi à faire monter le score des indépendantistes à des hauteurs encore inimaginables, et à arracher aux partis de Westminster, avec son redoutable sens tactique, une autonomie accrue.

Sa déception tranchait avec l'immense soulagement du chef du gouvernement britannique David Cameron, mis en grande difficulté pendant cette campagne et qui jouait son avenir politique dans la partie de poker référendaire.

Le ouf était aussi perceptible chez nombre de dirigeants européens inquiets d'une contagion nationaliste, à Bruxelles, Paris, Madrid et, au-delà, à Washington ou Pékin. Il était manifeste à la Bourse de Londres, qui a terminé la séance en hausse de 0,27%, avec une livre sterling à son plus haut niveau face à l'euro depuis deux ans. Il était largement partagé à la City, tandis que la Scotch Whisky Association (SWA) levait son verre à la santé de «la stabilité».

Après le non, les cadeaux

L'ampleur du séisme politique qui a ébranlé «l'establishment de Westminster» et la précipitation mise à organiser les secours laissait augurer de multiples répliques dans les mois à venir.

David Cameron est apparu dès 7 heures du matin devant les caméras des chaînes de télévision d'information en continu, pour adresser un triple message: le résultat sans appel règle la question de l'indépendance «pour une génération»; l'heure est au rassemblement «pour aller de l'avant»; les promesses de prérogatives supplémentaires faites aux Écossais seront honorées, et même étendues aux Anglais, Gallois et Nord-Irlandais.

La presse britannique poussait quant à elle samedi un soupir de soulagement, tout en se gardant d'être triomphaliste en raison des batailles constitutionnelles à venir.

«Ce n'est pas le moment d'être triomphaliste. Le rejet de la sécession par l'Écosse n'est pas la fin du débat constitutionnel britannique. Un nouveau cadre est requis», estime le Financial Times.

«À présent la bataille arrive en Angleterre», titre de son côté le Guardian. Selon le quotidien de centre gauche, le système politique britannique dans son entier doit être changé, pour tenir compte des 45% d'électeurs écossais souhaitant l'indépendance.

«L'Union est sauvée, mais il s'en est fallu de peu», constate le Daily Telegraph. «Pour l'heure, nous devrions fêter le résultat du référendum et espérer que les divisions nées de la campagne puissent se résorber rapidement, même si cela sera peut-être difficile.»

Dans l'immédiat, David Cameron a évité le scénario cauchemar d'une désintégration du Royaume-Uni qui le «hantait».

Mais dans les rangs de son parti conservateur, des députés lui reprochent sa gestion calamiteuse du référendum écossais, et l'ampleur des cadeaux post-électoraux.

Ils seront détaillés dans un document de travail à l'horizon novembre, afin d'être soumis au parlement en janvier, dans le meilleur des cas.

La détresse des partisans du oui

Le parcours d'obstacles est aggravé par le calendrier politique. Les trois partis traditionnels britanniques - conservateur, libéral-démocrate et travailliste d'opposition - ont constitué une union sacrée exceptionnelle pour faire rempart à l'indépendance, mais leur solidarité risque de s'évaporer à l'approche des élections législatives de mai prochain.

À mille lieues des combinaisons politiques, les partisans du oui étaient vendredi effondrés, parfois en larmes.

Seuls les 4,2 millions d'électeurs résidant en Écosse étaient habilités à voter. Le reste du Royaume-Uni, majoritairement unioniste, avait suivi avec fascination et inquiétude le débat sur l'avenir de cette région, qui a changé de statut une dizaine de fois en 1400 ans d'histoire mouvementée.

L'intérêt a également été vif dans le monde. Le président américain Barack Obama a salué la victoire du non.

À Bruxelles, les dirigeants européens n'ont pas caché leur appréhension face à la perspective d'une contagion nationaliste, de la Catalogne au Pays basque.

«Je l'avoue: le résultat me soulage», a confié le président du Parlement européen, Martin Schulz.

L'Espagne est «très heureuse», a concédé sans surprise le chef du gouvernement Mariano Rajoy.

L'agence Moody's a quant à elle confirmé vendredi la note de solvabilité financière de la Grande-Bretagne («Aa1»), estimant que la victoire du «non» au référendum écossais permettait de «préserver le cadre institutionnel et budgétaire actuel» du pays.




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