Obama passe le flambeau

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À la fin du discours du président, Hillary Clinton a réservé une surprise à ses partisans en venant rejoindre Barack Obama sur la scène.

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Maison-Blanche 2016

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Qui succédera à Barack Obama ? Consultez notre dossier sur l'élection présidentielle américaine de 2016. »

Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

(PHILADELPHIE) « Nous mènerons Hillary à la victoire », a dit hier le président américain Barack Obama dans un discours enflammé qui a clos une soirée durant laquelle Donald Trump en a pris pour son rhume.

LES DÉMOCRATES SORTENT LEUR ARTILLERIE LOURDE

Le Parti démocrate a sorti son artillerie lourde, hier soir à Philadelphie, envoyant à la tribune de sa convention des orateurs de fort calibre, dont Barack Obama et Joe Biden, pour défendre sa candidate à la présidence et dénoncer son rival républicain.

Acclamé par une foule chauffée à bloc, le président américain a mis fin à la troisième soirée de la convention démocrate en défendant son bilan et en exprimant un optimisme qu'il a contrasté avec la « vision profondément pessimiste » présentée par les républicains la semaine dernière à Cleveland.

Et il a vanté l'expérience et le caractère d'Hillary Clinton, qui font d'elle la personne la mieux qualifiée, selon lui, pour lui succéder.

« Rien ne vous prépare vraiment aux exigences du Bureau ovale, a déclaré l'occupant de la Maison-Blanche. Jusqu'à ce que vous vous soyez assis derrière ce bureau, vous ne savez pas ce que c'est que gérer une crise mondiale ou envoyer de jeunes personnes à la guerre. Mais Hillary a été présente dans cette pièce, elle a pris part à ces décisions », a-t-il ajouté en énumérant les qualités personnelles qu'il voit en elle, dont son calme, sa capacité d'écoute et sa ténacité.

« Elle n'abandonne jamais, a-t-il enchaîné. C'est l'Hillary que je connais. C'est l'Hillary que j'en suis venu à admirer. »

« Je peux dire en toute confiance qu'il n'y a jamais eu un homme ou une femme - pas moi, pas Bill - aussi qualifié qu'Hillary Clinton pour assurer la présidence des États-Unis. » - Barack Obama

À l'opposé, Donald Trump « n'offre que des slogans, n'offre que de la peur », a déclaré Obama. « L'Amérique est déjà grande. L'Amérique est déjà forte. Et je vous le garantis, notre force, notre grandeur ne dépendent pas de Donald Trump. »

« Toute personne qui menace nos valeurs, qu'il s'agisse de fascistes, de communistes, de djihadistes ou de démagogues intérieurs, échouera toujours », a encore dit Obama après avoir expliqué que le candidat républicain ne représentait pas un phénomène nouveau dans l'histoire des États-Unis.

À la fin de son discours, Obama a été rejoint sur la scène par Hillary Clinton. Les deux anciens rivaux et partenaires se sont donné l'accolade sous les applaudissements et les cris de la foule.

Ainsi prenait fin une offensive démocrate qui avait connu un moment d'opposition, plus tôt dans la soirée, lors du discours de Leon Panetta, ancien secrétaire à la Défense et directeur de la CIA.

« Donald Trump, une fois de plus, a pris parti pour la Russie », a déclaré Panetta en dénonçant l'appel de Trump à la Russie à pirater les courriels d'Hillary Clinton. « Il a demandé aux Russes d'intervenir dans la politique américaine. »

Pendant qu'il prononçait ces mots, des partisans de Bernie Sanders faisaient entendre des huées et scandaient : « Plus de guerre ! » et « Mensonges ! », créant un malaise au sein de l'amphithéâtre.

Panetta a poursuivi : « Pensez à ça. Pensez à ça. Donald Trump, qui veut être président des États-Unis, demande à l'un de nos adversaires de commettre du cyberpiratage ou de participer à un effort d'espionnage contre les États-Unis d'Amérique afin d'influencer une élection. »

« Donald Trump ne peut devenir notre commandant en chef », a-t-il ajouté pendant que les partisans de Sanders continuaient à se faire entendre.

Mais le malaise créé par les « Berniacs » a été chassé du Wells Fargo Center par l'orateur suivant, Joe Biden, qui a fait vibrer l'amphithéâtre avec un discours enflammé. Le vice-président n'a pas seulement dénoncé Trump. Il a également témoigné de son amour pour son pays, incitant la foule à scander : « USA ! USA ! USA ! »

« Peu importe où vous avez été élevé, comment peut-on avoir plaisir à dire : "'Vous êtes congédié !"' », a-t-il dit, faisant allusion au slogan popularisé par Trump dans son ancienne émission de téléréalité.

« Il dit qu'il se soucie de la classe moyenne, a ajouté Biden. Mon oeil ! C'est un tas de sornettes ! »

« Ce gars ne connaît rien à la classe moyenne - il n'y connaît rien, a poursuivi le vice-président. Il ne sait rien de ce qui fait la grandeur de l'Amérique. En fait, il n'y connaît rien. Point final. »

Biden a aussi exprimé avec passion un patriotisme qui tranchait avec le dépit, la colère et le ressentiment exprimés la semaine dernière lors de la convention républicaine.

« Nous avons les meilleures forces armées du monde, a-t-il dit. Non seulement nous avons la plus grande économie du monde, mais nous avons aussi la plus forte économie du monde. Nous avons les travailleurs les plus productifs du monde. Les Américains n'ont jamais, jamais, jamais, jamais abandonné leur pays. Jamais ! »

Michael Bloomberg, l'orateur suivant, n'a pas l'éloquence de Biden. Il n'est pas non plus un démocrate, ayant abandonné le parti de Thomas Jefferson pour se faire élire à la mairie de New York sous la bannière républicaine et se faire réélire comme indépendant. Mais le multimilliardaire a soulevé la foule à son tour en se moquant de Trump, dont il a rappelé les faillites, les poursuites et les investisseurs ou partenaires floués.

« Trump dit qu'il veut gérer la nation comme il a géré son entreprise. Que Dieu nous aide. Je suis New-Yorkais, et je sais reconnaître une arnaque quand j'en vois une », a-t-il déclaré.

« Trump est un choix radical, imprudent et risqué. Et nous ne pouvons pas nous permettre de faire ce choix », a-t-il ajouté en qualifiant Trump de « dangereux démagogue ».

Hillary Clinton prononcera ce soir son discours d'investiture ce soir, comme l'a fait hier soir son colistier, Tim Kaine.

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Tim Kaine

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TIM KAINE: L'ASCENSION D'UN HOMME DE COMPASSION

Aviva Frye parle avec fierté du surnom dont Tim Kaine l'a affublée : « Mon petit cauchemar ».

Il suffit d'un coup d'oeil pour comprendre une partie de ce sobriquet : Aviva Frye doit mesurer cinq pieds en talons hauts. Et il suffit de l'écouter pour comprendre que cette militante démocrate est combative, et ce, même envers celui qu'Hillary Clinton a choisi comme colistier.

« Mais vous devez comprendre Tim », a expliqué le « petit cauchemar » du sénateur de Virginie, qui a été gouverneur de cet État du Sud, de 2006 à 2010, et maire de Richmond, de 1998 à 2001, avant d'occuper son poste actuel. « Quand Tim utilise ce surnom, il le fait avec amour. Vous pouvez toujours lui parler. Et il vous écoute toujours, même quand vous exprimez votre désaccord, ce qui m'est arrivé assez souvent pour qu'il décide de m'appeler son petit cauchemar. »

Pendant qu'Aviva Frye prononçait ces paroles, son mari Terry hochait la tête en signe d'assentiment au milieu du hall d'un grand hôtel de Philadelphie, où les délégués de la Virginie allaient et venaient à quelques heures du discours que le sénateur Kaine devait livrer devant la convention démocrate.

DE HARVARD AU HONDURAS

Comme sa femme et plusieurs autres délégués de la Virginie rencontrés hier matin, Terry Frye a insisté pour vanter les qualités humaines de Kaine, un catholique pratiquant né au Minnesota, il y a 58 ans, et élevé au Kansas, au sein d'une famille modeste. Du parcours de celui qu'il considère comme un ami personnel, il retient notamment sa décision d'interrompre ses études à la faculté de droit de Harvard pour partir comme missionnaire au Honduras.

« Tim est le fils d'un métallurgiste », a raconté Frye, un élu de Bristol, une ville située dans le sud-ouest de la Virginie. « Il a réussi à aller à Harvard grâce à une bourse. Or, après deux années d'études, il a pris le risque de perdre sa bourse pour aller en mission au Honduras avec les jésuites. Pourquoi a-t-il fait ça ? Parce qu'il croyait que nous avons une obligation de servir les autres. C'est le genre de personne qu'il est. »

Après une année au Honduras, où il a appris à parler l'espagnol couramment, Kaine est retourné finir son droit à Harvard. C'est là qu'il a rencontré sa future femme, Anne Holton, fille du gouverneur républicain de la Virginie qui a procédé à la déségrégation des écoles publiques de cet État.

Spécialiste des droits civiques, Kaine a notamment défendu des condamnés à mort et des victimes de discrimination en matière de logement avant de se lancer en politique. Il fréquente toujours une église catholique noire de Richmond, où il s'est marié il y a 32 ans.

« Tim est un homme de compassion », a dit Sandra Brandt, une militante des droits des ex-prisonniers, qui a fait la connaissance du futur candidat à la vice-présidence en 1997, à l'époque où celui-ci était conseiller municipal de Richmond. 

« Après son élection au poste de gouverneur, j'ai travaillé au sein du groupe de travail qu'il a mis sur pied pour redonner aux ex-prisonniers leur droit de vote. Ce qu'il a fait comme gouverneur dans ce dossier a porté ses fruits sous le gouverneur actuel. » - Sandra Brandt

En annonçant la sélection de Tim Kaine comme colistier, Hillary Clinton a vanté son expérience au Sénat en tant que membre des commissions des Affaires étrangères et des Forces armées. Les liens du sénateur avec la Virginie, un État clé, sa maîtrise de l'espagnol et son appartenance à une famille de cols bleus du Midwest représentent aussi des atouts.

Malgré tout, Tim Kaine est perçu avec méfiance par certains tenants de la gauche démocrate. Ceux-ci lui reprochent surtout sa position en faveur des accords de libre-échange (il a tenté de les rassurer en annonçant récemment son rejet du Partenariat transpacifique). D'autres ont du mal à accepter son opposition personnelle à l'avortement.

Mais Kandy Hilliard, une éducatrice de Stafford, une ville située dans le nord de la Virginie, défend le sénateur sur la question de l'avortement.

« En tant que catholique pratiquant, Tim Kaine est personnellement opposé à l'avortement, a-t-elle raconté hier matin. Mais il comprend l'importance de défendre le droit des femmes de choisir. Quand le plus récent gouverneur républicain a proposé des mesures draconiennes, dont des échographies endovaginales, pour restreindre l'avortement, il s'est présenté à l'une de nos manifestations, non pas comme politicien ou comme orateur, mais pour montrer sa solidarité. »

« Il est un progressiste », a pour sa part dit Michael Hamlar, un homme d'affaires de Roanoke, dans le sud-ouest de la Virginie. « Il a combattu le lobby des armes à feu avant que cela ne devienne populaire. Il défend le droit des femmes à l'avortement. »

Mais n'est-il pas un peu « ennuyeux », comme lui-même l'a avoué lors d'une interview télévisée récente ?

« Les gens apprendront qu'il n'est pas ennuyeux, seulement humble, a-t-il dit. Il connaît ses dossiers. Il est très intelligent. Et il fera tout ce qui est en son pouvoir pour aider les gens. C'est un excellent choix. »

QUATRE CITATIONS DE TIM KAINE

« Parce qu'un parti qui désignerait Donald Trump comme candidat à la présidence s'est trop éloigné du parti d'[Abraham] Lincoln. Si vous êtes à la recherche du parti de Lincoln, nous avons une place pour vous juste ici au sein du Parti démocrate ! »

« Vous ne pouvez croire un seul mot qui sort de la bouche de Donald Trump. Pas un seul mot. Pas un seul mot ! Notre peuple est trop grand pour le mettre entre les mains d'un beau parleur, une personne qui fait des promesses en l'air, qui fait son autopromotion, un naufrageur. »

« Hillary Clinton et moi sommes des âmes soeurs [compañeros de alma]. Nous partageons cette croyance : fais tout le bien que tu peux. [...] Oui, c'est possible ! [¡Si se puede !] »

« Quand j'habitais au Honduras, j'ai appris que le plus grand compliment que vous pouviez faire à quelqu'un est de lui dire qu'il est "listo" [prêt]. [...] Et Hillary Clinton est "lista". Elle est prête grâce à sa foi. Elle est prête grâce à son coeur. Elle est prête grâce à son expérience. Elle est prête parce qu'elle sait que les États-Unis sont plus forts lorsqu'ils sont unis. Mes chers démocrates, cette semaine, nous commençons le prochain chapitre de notre fière histoire. » - Louis-Samuel Perron, La Presse

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