La Turquie a poursuivi dimanche son offensive militaire contre les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui ont riposté en revendiquant un attentat suicide ayant provoqué la mort de deux soldats et rompu la fragile trêve en vigueur depuis 2013.

Signe des fortes tensions qui agitent la Turquie depuis une semaine, un policier a été tué par balle à Istanbul dans de violents affrontements avec des manifestants d'extrême gauche.

Les chasseurs-bombardiers F-16 turcs ont redécollé dimanche soir de leur base de Diyarbakir (sud-est) pour une nouvelle vague de frappes contre les bases arrière du PKK sur les monts Kandil dans le nord de l'Irak.

«Vers 21 h heure locale (14 h, heure de l'Est), les avions turcs ont commencé à bombarder certaines de nos positions au nord de Dohuk et au nord d'Erbil», a déclaré à l'AFP un porte-parole des rebelles en Irak, Bakhtiar Dogan.

La première série de raids, dans la nuit de vendredi à samedi, a fait voler en éclats le cessez-le-feu unilatéralement proclamé par le PKK et menace de mettre un terme au processus de paix engagé il y a près de trois ans pour mettre un terme à un conflit qui a fait près de 40 000 morts depuis 1984.

Cette brusque escalade entre le gouvernement islamoconservateur turc et les rebelles kurdes de Turquie intervient à un moment où Ankara, longtemps réticent, est résolument passé à l'offensive contre le groupe djihadiste «État islamique (EI), frappant à plusieurs reprises ses positions en territoire syrien.

L'OTAN se réunira mardi à Bruxelles pour faire le point sur la situation sécuritaire en Turquie, à sa demande.

Dès samedi, le PKK avait proclamé la fin de la trêve. «Les conditions du maintien du cessez-le-feu ont été rompues [...] face à ces agressions, nous avons le droit de nous défendre», a indiqué l'organisation sur son site internet.

Fin du cessez-le-feu

Quelques heures plus tard, une voiture piégée a explosé dans le district de Lice, près de la grande ville en majorité kurde de Diyarbakir (sud-est), provoquant la mort de deux militaires et en blessant quatre autres, selon le gouvernorat de la province.

Les représailles ont été revendiquées dimanche par l'aile militaire du PKK, les Forces de défense du peuple (HPG), qui a parlé d'un «sabotage».

«Le cessez-le-feu semble terminé», a commenté David Romano, de l'Université d'État du Missouri. «Sous couvert d'une offensive contre le groupe État islamique, le gouvernement a déclaré une guerre à toutes les organisations terroristes. Je soupçonne qu'il vise plus le PKK que l'EI», a-t-il dit à l'AFP.

La Turquie a longtemps été accusée de complaisance et d'inertie à l'endroit des islamistes radicaux en guerre contre le régime de Damas, ce qu'elle a toujours démenti. Mais elle a déclenché cette semaine une offensive après l'attentat suicide meurtrier, attribué aux djihadistes, qui a fait lundi dernier 32 morts à Suruç, près de la Syrie.

Ankara a également donné son feu vert à l'utilisation de la base d'Incirlik (sud) aux avions américains qui bombardent l'EI en Syrie et en Irak.

La Maison-Blanche a défendu dimanche le droit des Turcs à «procéder à des actions contre des cibles terroristes», selon son conseiller adjoint à la Sécurité nationale, Ben Rhodes.

Simultanément à celles contre les djihadistes, le gouvernement turc a ordonné les frappes contre le PKK dans le cadre d'un effort global de «lutte contre les groupes terroristes», après une série d'attaques contre ses forces de sécurité.

Un policier tué

Le mouvement kurde a revendiqué l'exécution mercredi de deux policiers dans la ville de Ceylanpinar (sud-est), à la frontière avec la Syrie, en riposte à l'attentat de Suruç qui a visé de jeunes militants de la cause kurde.

«Nous n'allons pas laisser la pagaille régner en Turquie», a tempêté samedi le premier ministre Ahmet Davutoglu, «personne ne doit douter de notre détermination».

Le principal parti kurde de Turquie a accusé en retour M. Erdogan de vouloir «mettre à feu le pays afin d'obtenir les pleins pouvoirs», près de deux mois après des élections législatives à l'issue desquelles son Parti de la justice et du développement (AKP) a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis treize ans au Parlement.

Depuis lundi, de nombreuses manifestations dénoncent la politique syrienne de M. Erdogan, accusé de complicité avec les djihadistes.

Pour la troisième journée consécutive, le quartier stambouliote de Gazi a été le théâtre dimanche de violents affrontements entre les forces de l'ordre et des manifestants qui dénonçaient la mort vendredi d'une militante d'extrême gauche pendant une opération de police.

Grièvement blessé par balle, un policier est mort dimanche soir à l'hôpital, a rapporté l'agence de presse Anatolie, proche du gouvernement.

Un millier de personnes se sont réunies dans un autre quartier d'Istanbul, malgré l'interdiction du gouverneur, aux cris de «l'AKP est complice des djihadistes!». Les manifestants se sont dispersés sans incident.

Dimanche, la police turque a poursuivi ses arrestations de militants présumés du PKK, du groupe EI et de l'extrême gauche. Selon un bilan fourni par Anatolie, 851 personnes ont été arrêtées depuis vendredi.