Corée du Nord: la fermeté américaine se heurte aux mises en garde russes

Les États-Unis ont déjà menacé dimanche le régime... (PHOTO REUTERS)

Agrandir

Les États-Unis ont déjà menacé dimanche le régime de Kim Jong-un (photo) d'une «réponse militaire massive».

PHOTO REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Francesco FONTEMAGGI, Maria PANINA
Agence France-Presse
Washington et Xiamen

La Russie a multiplié les mises en garde contre la ligne de fermeté des États-Unis deux jours après le dernier essai nucléaire nord-coréen, refusant l'«hystérie militaire» et douchant les espoirs américains de nouvelles sanctions internationales rapides.

Signe que l'unité internationale commence déjà à se fissurer, Donald Trump a confirmé le ton martial en vigueur à Washington depuis que la Corée du Nord a revendiqué, dimanche, l'essai réussi d'une bombe H, la plus puissante jamais testée par Pyongyang.

Le président américain, qui avait promis le mois dernier «le feu et la colère» à Pyongyang si ses menaces devaient se poursuivre, a ainsi annoncé mardi dans un tweet qu'il autorisait le Japon et la Corée du Sud à acheter des armes américaines «ultra sophistiquées». Les États-Unis ont déjà menacé dimanche le régime de Kim Jong-un d'une «réponse militaire massive».

La Corée du Sud a de son côté lancé dès lundi des manoeuvres terrestres à tirs réels et la marine sud-coréenne a fait de même mardi dans l'espoir de dissuader Pyongyang de toute provocation en mer.

Mais les échanges de menaces se poursuivent: l'ambassadeur nord-coréen auprès de l'ONU à Genève, Han Tae Song, a assuré que les récentes «mesures d'autodéfense» de son pays étaient un «paquet cadeau» adressé aux États-Unis, qui en «recevront d'autres» s'ils poursuivent «leurs provocations imprudentes et tentatives futiles pour mettre la pression» sur la Corée du Nord.

Le Japon a revu à la hausse son estimation de la puissance de la bombe à hydrogène que Pyongyang a fait exploser dimanche: selon Tokyo, elle atteint 120 kilotonnes, soit huit fois supérieure à celle de la bombe américaine qui a dévasté Hiroshima en 1945.

«S'engager dans une hystérie militaire n'a aucun sens, c'est un chemin qui mène à l'impasse», a prévenu Vladimir Poutine depuis la Chine, où il a assisté au sommet des Brics qui réunit les puissances émergentes (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Tout en condamnant les essais nord-coréens, le président russe a estimé qu'une réponse militaire pouvait «aboutir à une catastrophe planétaire et à un grand nombre de victimes».

«Résolution pacifique» 

Moscou semble rejoindre la position chinoise en faveur d'une «résolution pacifique» de la crise et d'une reprise de pourparlers avec le régime nord-coréen. Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a insisté sur ce point au téléphone avec son homologue américain Rex Tillerson, prônant «l'utilisation de moyens politiques et diplomatiques» et appelant Washington à «ne pas céder aux émotions et à garder sa retenue».

Mais si M. Tillerson avait ouvert la porte à un futur dialogue ces dernières semaines, M. Trump juge désormais que «tout discours d'apaisement ne fonctionnera pas».

Outre la pression militaire, les États-Unis comptent essentiellement sur l'adoption de mesures «les plus fortes possibles» contre Pyongyang. Washington souhaite ainsi négocier dans les prochains jours à l'ONU un nouveau train de sanctions dont il a pris l'initiative - le huitième - et le mettre au vote du Conseil de sécurité dès lundi; un appel relayé mardi par plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni.

Ces mesures pourraient concerner les secteurs du pétrole et du tourisme ainsi que le renvoi en Corée du Nord de ses expatriés, après les sanctions adoptées début août à l'unanimité, visant à priver le pays d'un milliard de dollars de recettes tirées de ses exportations de charbon, de fer et de sa pêche.

Mais des obstacles remettent déjà en cause ce scénario.

«Le recours à n'importe quelles sanctions dans ce cas est inutile et inefficace», a ainsi balayé M. Poutine, dont le pays dispose d'un droit de veto à l'ONU tout comme la Chine, dont la position reste aussi incertaine.

Les Nord-Coréens «ne vont pas renoncer à leur programme» nucléaire «s'ils ne se sentent pas en sécurité», il faut donc «chercher à lancer un dialogue entre toutes les parties intéressées», a encore plaidé le chef du Kremlin.

Moins catégorique, l'ambassadeur russe à l'ONU a en tout cas estimé qu'un vote lundi serait «un peu prématuré». Surtout, Moscou veut que toute résolution fasse «référence au besoin d'un dialogue politique basé sur les récentes initiatives», c'est-à-dire la proposition russo-chinoise d'un gel des manoeuvres militaires américano-sud-coréennes contre une suspension des programmes balistique et nucléaire nord-coréens.

Or lundi, les États-Unis avaient sèchement qualifié cette proposition d'«insultante». «Quand un État voyou a une arme nucléaire et des missiles intercontinentaux pointés sur vous, vous ne baissez pas la garde», avait lancé l'ambassadrice américaine à l'ONU Nikki Haley.

L'unité du Conseil de sécurité est «absolument cruciale», a prévenu mardi le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres face à ces divergences, appelant les membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) à «se mettre d'accord ensemble sur une seule stratégie pour négocier» avec Pyongyang.




À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer