Chelsea Manning graciée: une décision qui n'efface pas un bilan

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Le président américain Barack Obama a annoncé hier qu'il commuait la peine de Chelsea Manning, condamnée à 35 ans de prison pour avoir fourni des centaines de milliers de documents confidentiels de l'armée américaine au site WikiLeaks.

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Fuites de WikiLeaks
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Consultez notre dossier sur la publication de 250 000 câbles diplomatiques américains par WikiLeaks. »

Richard Hétu

Collaboration spéciale

La Presse

Même à moins de 60 heures de son départ de la Maison-Blanche, Barack Obama a démontré hier après-midi qu'il pouvait encore faire la manchette en exerçant son droit de grâce, un des pouvoirs dont les présidents américains peuvent se prévaloir jusqu'à la toute fin de leur mandat.

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Détenue à l'isolement dans la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, la lanceuse d'alerte Chelsea Manning sera remise en liberté le 17 mai.

Photo archives Agence France-Presse

Sa décision de commuer la peine de Chelsea Manning n'était pas tout à fait inattendue. Depuis quelques jours, la Maison-Blanche laissait entendre qu'elle était ouverte à une telle éventualité. Condamnée à 35 années d'emprisonnement pour avoir refilé à WikiLeaks en 2010 des centaines de milliers de documents confidentiels de l'armée américaine, l'ex-analyste militaire a purgé près d'un cinquième de sa peine, tenté de se donner la mort à deux reprises et engagé une procédure de changement de sexe.

Détenue à l'isolement dans la prison militaire de Fort Leavenworth, au Kansas, elle sera remise en liberté le 17 mai.

DÉCISION SALUÉE

Qualifiée de « scandaleuse » par le président de la Chambre des représentants Paul Ryan, la décision d'Obama a été saluée par plusieurs associations et personnalités, dont le lanceur d'alerte Edward Snowden, qui avaient dénoncé les conditions de détention de Manning et réclamé sa remise en liberté.

« Que cela soit dit ici sérieusement, de bon coeur : merci, Obama », a écrit Edward Snowden sur Twitter.

Edward Snowden a remercié Manning « pour tout ce qu'[elle] a fait pour tout le monde ».

La décision d'Obama soulève des questions sur ce qui adviendra de Snowden au cours des dernières heures de sa présidence et de Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, par la suite.

Mais cette décision ne devrait pas occulter le bilan négatif que les critiques d'Obama dressent concernant son traitement des lanceurs d'alerte.

POSITION À CLARIFIER

Le 44e président aura l'occasion de clarifier sa position sur Snowden aujourd'hui, à l'occasion de sa dernière conférence de presse à la Maison-Blanche. En théorie, il pourrait gracier l'ancien analyste de la NSA, tout comme il l'a fait hier dans le cas du général à la retraite James Cartwright, un haut gradé qui a plaidé coupable d'avoir menti au FBI lors d'une enquête sur des fuites concernant une attaque informatique américaine contre l'Iran en 2010.

Or, quelques heures avant la commutation de la peine de Manning, le porte-parole présidentiel, Josh Earnest, a laissé entendre qu'il y avait une « différence très marquée » entre le cas de l'ex-militaire et celui de Snowden.

« Chelsea Manning est quelqu'un qui est passé à travers le processus de justice criminelle militaire [...], qui a été reconnu coupable, qui a reçu une peine pour ses crimes et qui a reconnu ses torts », a déclaré Earnest lors d'un point de presse. 

« M. Snowden a fui dans les bras d'un adversaire et cherché refuge dans un pays qui a tout récemment tenté de miner la confiance dans notre démocratie».

Earnest a ajouté que les révélations de Snowden sur les programmes de surveillance du gouvernement américain étaient « beaucoup plus sérieuses et beaucoup plus dangereuses » que celles de Manning.

Bref rappel : alors qu'il portait encore le nom de Bradley Manning, l'ex-analyste militaire avait copié et transmis à WikiLeaks des rapports documentant l'ampleur des dégâts subis par les civils en Afghanistan et en Irak. Se trouvait notamment parmi ces documents une vidéo montrant le pilote d'un hélicoptère de combat américain ouvrant le feu sur des civils dans une banlieue de Bagdad.

Manning avait également refilé à WikiLeaks des centaines de milliers de câbles diplomatiques détaillant les tractations souvent embarrassantes des États-Unis dans le monde.

Et Julian Assange ? Cinq jours avant l'annonce de la commutation de la peine de Manning, WikiLeaks a tweeté que le rédacteur en chef du site accepterait d'être extradé aux États-Unis si l'ex-analyste militaire recevait la clémence du président américain.

« Assange a bon espoir de pouvoir triompher dans tout procès équitable aux États-Unis. Le département de la Justice d'Obama a empêché toute défense fondée sur l'intérêt public et la possibilité d'avoir un jury équitable », a écrit hier WikiLeaks sur Twitter, laissant peut-être entendre que Donald Trump, très élogieux à l'endroit de WikiLeaks pendant la campagne présidentielle américaine, pourrait changer de position sur ce sujet.

REVIREMENT PARTIEL

En attendant, la décision d'Obama concernant Manning et Cartwright pourrait être interprétée par certains comme un revirement au moins partiel de sa guerre contre les lanceurs d'alerte.

Au cours des huit dernières années, l'administration Obama a intenté neuf poursuites contre des lanceurs d'alerte ou d'autres sources journalistes, comparativement à trois dans toutes les autres administrations précédentes. Il s'agit d'un bilan qu'une clémence de dernière heure ne peut effacer. D'autant plus qu'elle montre à son successeur comment s'y prendre pour limiter la libre circulation de l'information.




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