Assad pose des conditions à l'abandon de son arsenal chimique

Le président syrien Bachar Al-Assad.... (PHOTO LOUAI BESHARA, ARCHIVES AFP)

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Le président syrien Bachar Al-Assad.

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Jo Biddle
Agence France-Presse
Genève



Le président syrien Bachar al-Assad a promis jeudi de placer sous contrôle international ses armes chimiques, mais seulement si les États-Unis ne menacent plus son pays et cessent de livrer des armes aux rebelles, peu avant des négociations américano-russes à Genève.

«C'est un processus bilatéral (...). Quand nous verrons que les États-Unis veulent effectivement la stabilité dans la région, cesseront de menacer et de chercher à attaquer, et de livrer des armes aux terroristes, alors nous considèrerons que nous pouvons mener le processus jusqu'au bout et qu'il sera acceptable pour la Syrie», a souligné le président syrien, dans un entretien à la chaîne publique russe Rossia 24.

Dans le même temps, Bachar al-Assad, dont les propos étaient traduits en russe, a assuré que «dans quelques jours, la Syrie enverra un message à l'ONU et à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques, dans lequel figureront les documents techniques nécessaires pour signer l'accord».

Les Nations unies ont annoncé dans la foulée avoir reçu «un document d'adhésion de la part du gouvernement syrien concernant la convention sur les armes chimiques», document «en cours de traduction».

La Convention sur l'interdiction des armes chimiques (CIAC), signée le 13 janvier 1993 à Paris et entrée en vigueur le 29 avril 1997, interdit la fabrication, le stockage et l'utilisation d'armes chimiques.

Bachar al-Assad a précisé que Damas acceptait de placer ses armes chimiques sous contrôle international «à cause de la Russie», assurant que «les menaces des États-Unis n'ont pas influé sur cette décision».

Quelques heures plus tôt, Washington avait expliqué attendre du régime syrien qu'«il déclare au plus vite l'intégralité de son arsenal» comme démonstration de son engagement, selon un haut responsable du département d'État accompagnant John Kerry, arrivé à Genève pour trouver un compromis avec son homologue Sergueï Lavrov.

L'objectif est «de voir si en fait il y a une voie crédible pour aller de l'avant, si les Russes sont sérieux dans ce qu'ils disent et, plus important, si Assad est sérieux dans ce qu'il dit», avait poursuivi ce responsable, qui a fait état du «scepticisme» de John Kerry avant d'entamer les pourparlers de Genève.

Le président Barack Obama a dit de son côté avoir «bon espoir» que les pourparlers de Genève aboutissent à des «résultats concrets».

Les discussions, prévues pour au moins deux jours, et auxquelles participent des experts en désarmement, vont porter sur la façon de placer l'arsenal chimique syrien sous contrôle international, une initiative lancée lundi par Moscou qui a éloigné la menace de frappes aériennes occidentales sur le régime de Damas.

«Il y a une chance pour la paix en Syrie et il ne faut pas la laisser passer», a jugé Sergueï Lavrov.

Les Russes ont transmis aux Américains un plan en quatre étapes dont la première est l'adhésion de Damas à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), selon le quotidien russe Kommersant. La Syrie devrait ensuite révéler la localisation de son arsenal, évalué par certains experts à 1000 tonnes, puis autoriser l'accès d'inspecteurs de l'OIAC et décider de la manière de le détruire.

«Rejet catégorique» pour les rebelles

À la veille de ces discussions, le président russe Vladimir Poutine s'est adressé au peuple américain pour mettre en garde contre une action militaire en Syrie.

Un recours à la force en dehors du cadre du Conseil de sécurité de l'ONU serait «inacceptable» et «constituerait un acte d'agression», a déclaré Vladimir Poutine, proche allié du régime syrien, dans une tribune publiée par le quotidien New York Times.

Le président russe a également imputé aux rebelles syriens la responsabilité de l'attaque chimique du 21 août près de Damas, qui a fait des centaines de morts, alors que les Occidentaux accusent le régime syrien.

La rencontre entre John Kerry et Sergueï Lavrov est censée rouvrir une voie diplomatique pour le conflit en Syrie, qui a fait plus de 110 000 morts en deux ans et demi. Elle vise aussi à repousser une éventuelle action militaire punitive des États-Unis et de la France après l'attaque du 21 août.

Paris a soumis à ses partenaires de l'ONU un projet de résolution qui prévoit, à propos du désarmement chimique de la Syrie, un éventuel recours à la force en cas de manquements à ses obligations, jugé «inacceptable» jusqu'à présent par la Russie.

Le général Sélim Idriss, chef de l'Armée syrienne libre (ASL, rebelles), a rejeté jeudi le plan russe, le jugeant insuffisant. 

Pour la Coalition nationale syrienne (opposition), l'initiative russe est une «manoeuvre politique destinée à faire gagner du temps» à Bachar al-Assad.

Selon un responsable du département d'État, John Kerry s'est entretenu jeudi avec le général Idriss et le chef de la Coalition nationale syrienne, Ahmad Jarba, leur assurant que l'option militaire restait envisagée par les États-Unis.

À Genève, avant de voir son homologue russe, M. Kerry a rencontré l'envoyé spécial de la Ligue arabe et de l'ONU pour la Syrie, Lakhdar Brahimi. L'ONU, Washington et Moscou ont depuis des mois le projet d'organiser une conférence internationale de paix, dite Genève 2, qui réunirait la communauté internationale autour du régime syrien et de l'opposition politique et armée.

La Russie «seule» à accuser l'opposition

La Russie est «isolée et seule à accuser» l'opposition syrienne d'avoir perpétré l'attaque chimique du 21 août, a affirmé jeudi le porte-parole du Pentagone George Little, réagissant aux accusations du président russe Vladimir Poutine.

Évoquant une «vision diamétralement opposée» de celle du chef du Kremlin, M. Little a rappelé que «plus de 30 pays» partagent l'analyse des États-Unis selon laquelle le régime Assad est «responsable de l'utilisation d'armes chimiques le 21 août» qui a fait 1429 morts près de Damas, selon le renseignement américain.

Dans une tribune publiée par le New York Times, Vladimir Poutine a estimé que les rebelles avaient organisé l'attaque chimique afin de provoquer une intervention étrangère. Cette attaque du 21 août est à l'origine de la décision de Barack Obama d'envisager une action militaire ciblée contre le régime de Bachar al-Assad.

«Il y a toutes les raisons de croire que (le gaz toxique) a été utilisé non pas par l'armée syrienne, mais par les forces d'opposition, pour provoquer une intervention de leurs puissants soutiens étrangers, qui se seraient mis du même côté que les fondamentalistes», écrit le président russe.

Pour le porte-parole du Pentagone au contraire, «les preuves indiquent clairement que le régime Assad est directement responsable».

Au cours de son allocution mardi soir, le président Obama avait longuement rappelé que les services américains ont détecté dans les jours précédant le 21 août des signes de préparatifs d'une attaque chimique par les forces syriennes et que «de hauts responsables de la machine militaire d'Assad ont passé en revue les résultats de l'attaque».

«À l'évidence, l'opposition n'a pas les capacités de conduire une attaque coordonnée d'une telle ampleur avec des roquettes et de l'artillerie depuis un quartier tenu par le régime et ciblant un quartier tenu par les rebelles», a pour sa part observé le porte-parole du Pentagone.

Les chefs de la diplomatie russe et américain, Sergueï Lavrov et John Kerry se sont retrouvés jeudi à Genève pour discuter de l'offre russe, acceptée par Damas, de placer l'arsenal chimique syrien sous contrôle international en vue de sa destruction.

«Le président Poutine a engagé sa crédibilité» dans cette opération, selon le porte-parole du Pentagone. «Le monde va savoir si la Russie va jusqu'au bout de son engagement».

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