La trêve syrienne mise à mal

Des enfants s'amusent lors de l'Aïd al-Adha, la... (Photo Bassam Khabieh, archives REUTERS)

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Des enfants s'amusent lors de l'Aïd al-Adha, la fête du sacrifice, la plus importante de l'islam, dans la ville Hamouriyeh, le 15 septembre. La trêve est très fragile et déjà violée par endroits.

Photo Bassam Khabieh, archives REUTERS

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Crise dans le monde arabe

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Karam AL MASRI, Maya GEBEILY
Agence France-Presse
ALEP et BEYROUTH

La trêve en Syrie a connu vendredi ses plus sérieux accrocs avec des bombardements aériens et des violents combats au moment où s'envenimaient les relations entre les États-Unis et la Russie au sujet de l'aide humanitaire.

Le raidissement entre les deux parrains de cette trêve survient juste avant une importante réunion du Conseil de sécurité de l'ONU au sujet de l'accord qui vise à favoriser l'émergence d'une solution à un conflit très complexe ayant fait plus de 300 000 morts depuis cinq ans.

La trêve a permis une baisse sensible des violences sur l'ensemble des fronts mais a été émaillée à son quatrième jour de plusieurs accrocs notables, qui ont fait les premières victimes civiles depuis son entrée en vigueur selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Trois personnes, dont deux enfants, ont en effet péri à Khan Cheikhoun, une localité rebelle de la province d'Idleb (nord-ouest), dans des frappes menées par des avions non identifiés, d'après l'OSDH.

Une source militaire a par ailleurs fait état «d'affrontements intenses et de tirs de roquettes» dans la périphérie de Damas, où l'armée syrienne a bloqué une tentative des rebelles d'entrer dans la capitale via le quartier de Jobar.

Ce quartier est aux mains de factions rebelles alliées au groupe djihadiste Front Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d'Al-Qaïda).

Ces combats, qui se poursuivaient en soirée de façon moins intense, ont tué trois combattants rebelles islamistes et quatre membres des forces du régime, selon l'OSDH.

«Retards inacceptables»

Alors qu'une décision était attendue sur la prolongation de la trêve, Moscou et Washington affichaient leurs différences une semaine seulement après avoir conjointement annoncé l'accord.

«Bien que le cessez-le-feu soit un accord bilatéral, seul un des belligérants le respecte véritablement», a déclaré dans un communiqué le général Igor Konachenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense, en allusion au régime syrien, allié de Moscou.

Il a toutefois indiqué que son pays était prêt à une prolongation de la trêve de 72 heures.

Le département d'État a aussitôt réagi en faisant savoir que les États-Unis ne coopéreront pas militairement avec la Russie en Syrie, ce que prévoit l'accord de trêve sous certaines conditions, tant que le régime ne permettra pas aux villes assiégées de recevoir de l'aide humanitaire.

Le secrétaire d'Etat John Kerry, lors d'un contact téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov, a condamné «les retards répétés et inacceptables de l'aide humanitaire» destinée aux populations dans le besoin, selon son porte-parole John Kirby.

Selon l'accord russo-américain, Moscou doit faire pression sur son allié Bachar al-Assad tandis que Washington doit oeuvrer auprès des rebelles syriens, notamment pour qu'ils prennent leurs distances avec le Front Fateh al-Cham.

Une cessation des hostilités pendant sept jours devra, selon l'accord, permettre la création d'un centre inédit de coordination militaire entre Moscou et Washington pour frapper les groupes djihadistes État islamique (EI) et Front Fateh al-Cham.

Selon des diplomates, le Conseil de sécurité de l'ONU devait examiner vendredi soir l'opportunité de soutenir cet accord, lors d'une réunion à huis clos.

Le président américain Barack Obama devait lui réunir son équipe de sécurité nationale, dont M. Kerry et le secrétaire à la Défense Ashton Carter, pour faire le point sur la situation.

«Terriblement frustrant»

L'accord de trêve prévoit la livraison d'aide humanitaire aux villes syriennes assiégées, à commencer par le secteur rebelle d'Alep, principal front du conflit, où les quelque 250 000 habitants manquent de tout.

Mais faute de garanties de sécurité, des camions remplis de nourriture et de médicaments pour les habitants d'Alep-Est sont toujours bloqués dans une zone tampon entre les frontières turque et syrienne.

«Le défi auquel nous continuons de faire face est de s'assurer que toutes les parties au conflit et ceux qui ont de l'influence sur elles se mettent d'accord», a dit David Swanson, un porte-parole de l'ONU. «C'est terriblement frustrant».

Pour accéder aux populations dans la zone rebelle d'Alep, l'accord prévoit la démilitarisation de la route du Castello au nord de la ville.

Mais selon un correspondant de l'AFP, aucun mouvement n'avait été enregistré sur cet axe routier vendredi en milieu de journée.

L'OSDH a affirmé que les troupes du régime y étaient toujours déployées bien que la Russie a soutenu qu'elles avaient commencé à s'en retirer.

La situation en Syrie s'est complexifiée encore plus avec l'annonce par le Pentagone que des forces spéciales américaines avaient été déployées en appui de l'armée turque et de groupes rebelles modérés dans leur offensive contre l'EI dans le nord de la Syrie.

Un déploiement qui a été fait «à la demande du gouvernement turc», a précisé le porte-parole du Pentagone Jeff Davis.

Le Pentagone a également annoncé qu'un homme qu'il a présenté comme le «ministre de l'Information» de l'EI avait été tué dans un bombardement aérien de la coalition anti-djihadiste menée par Washington, le 7 septembre près de Raqa (est de la Syrie).

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