Le régime syrien lâche la province d'Idleb

Un combattant du Front al-Nosra monte la garde... (PHOTO AMMAR ABDULLAH, ARCHIVES REUTERS)

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Un combattant du Front al-Nosra monte la garde à Ariha, dans la province d'Idleb, le 29 mai.

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Crise dans le monde arabe

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Rana MOUSSAOUI
Agence France-Presse
BEYROUTH, Liban

Le régime syrien a abandonné la province d'Idleb au profit d'Al-Qaïda et de ses alliés, qui viennent de prendre la dernière ville de cette région, afin de concentrer son combat sur des zones qu'il considère comme vitales.

Idleb (nord-ouest) est la deuxième des 14 provinces de Syrie que le régime perd après celle de Raqqa, aux mains du groupe armé État islamique (EI). Il ne lui reste que quatre provinces quasi entièrement sous son contrôle depuis le début de la guerre: Lattaquié et Tartous (ouest), la province urbaine de Damas et Soueida (sud).

Commencé en mars 2011, ce conflit s'est militarisé et est devenu une guerre brutale et complexe avec l'intervention de groupes djihadistes surtout Al-Qaïda et l'EI qui sévit aussi en Irak voisin.

Après plusieurs revers, le régime de Bachar al-Assad préfère quitter certaines régions pour défendre ses véritables bastions comme Lattaquié ou Damas, car son armée est essoufflée.

Jeudi, ses troupes se sont retirées sans combat d'Ariha, la dernière ville qui était sous leur contrôle dans la province d'Idleb, après une offensive éclair de «l'Armée de la Conquête», coalition formée du Front al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et de rebelles islamistes.

Plusieurs milliers de soldats étaient positionnés à Ariha, à majorité sunnite, et selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), des combattants du Hezbollah libanais et des militaires iraniens s'y trouvaient pour épauler l'armée.

«Protéger les grandes villes»

Pour une source militaire haut placée à Damas, ce retrait d'Ariha s'explique par le fait que «les manoeuvres de l'armée dans la ville étaient devenues très limitées». «Elle a voulu éviter la destruction de la ville et protéger les civils», a-t-elle expliqué à l'AFP.

Pour Waddah Abed Rabbo, directeur du quotidien proche du pouvoir al-Watan, ce retrait s'inscrit dans le cadre d'une stratégie visant «à redéfinir des lignes de défense des grandes villes syriennes».

La priorité selon lui c'est de protéger les routes menant aux villes côtières comme Lattaquié et vers les provinces où se concentre la majorité de la population syrienne avec Damas, Homs et Hama.

«Le monde doit réfléchir si l'on souhaite la partition de la Syrie en plusieurs États, dont un pour l'EI et un autre pour Al-Qaïda (...), et se demander si à terme ces groupes ne présenteront pas un danger pour le monde entier», a-t-il poursuivi.

L'Armée de la Conquête a déjà pris la capitale provinciale d'Idleb et Jisr al-Choughour. Il ne reste plus au régime que quelques villages et l'aéroport militaire d'Abou Douhour.

Selon l'OSDH, 13 miliciens prorégime ont été exécutés à Ariha.

«Il n'y a pas eu de véritables combats, car le régime ne peut supporter davantage de pertes humaines», affirme Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH. «Même avec le soutien de l'Iran et du Hezbollah, il ne peut plus compenser ces pertes».

D'après son organisation, il y a «70 000 insoumis en Syrie, notamment dans les bastions du régime, qui refusent de servir dans l'armée».

Depuis quelques mois, le régime a essuyé des revers dans le nord-ouest et le sud face aux rebelles, forts d'un nouveau soutien en armes de leurs parrains turcs et saoudiens.

Le quotidien turc Cumhuriyet a publié d'ailleurs des photos et une vidéo qui accréditent l'hypothèse, jusque-là farouchement démentie par le gouvernement d'Ankara, de livraisons d'armes aux rebelles extrémistes début 2014.

«Perdre Alep»

«Le régime n'est plus dans une logique d'attaque», affirme M. Abdel Rahmane. À ce rythme, dit-il «il peut très bien perdre Alep», deuxième ville du pays.

Après ses défaites, le régime est en train de se résoudre à une partition de facto du pays en limitant ses ambitions à la «Syrie utile», selon des analystes.

Il contrôle encore des régions dans les provinces de Deir Ezzor (est), Deraa (sud), Qouneitra (sud) et Hassaké (nord-est), et partage le contrôle avec la rébellion dans la province rurale de Damas, celle d'Alep (nord), de Homs et d'Hama.

Selon l'OSDH, le groupe ultra-radical sunnite EI contrôle la moitié du territoire syrien, principalement les régions du nord et de l'est, et monte en puissance dans le centre après la prise de Palmyre.

Dans l'Irak voisin, l'EI a revendiqué vendredi les attentats à la voiture piégée qui ont fait au moins neuf morts jeudi soir devant deux hôtels de luxe de Bagdad.

À une centaine de kilomètres à l'ouest de la capitale irakienne, les troupes irakiennes et les milices chiites tentent d'assiéger les jihadistes de l'EI dans la ville clé de Ramadi avant d'y donner l'assaut.

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