Égypte: Morsi et des figures de la révolte jugés pour «outrage à magistrat»

L'ex-président égyptien Mohamed Morsi, jugé samedi au Caire... (PHOTO KHALED DESOUKI, AFP)

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L'ex-président égyptien Mohamed Morsi, jugé samedi au Caire aux côtés de dirigeants de l'opposition pour «outrage à magistrat», a déjà été condamné à mort pour son rôle dans des évasions massives de prison et des violences durant la révolte de 2011.

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Haitham EL-TABEI
Agence France-Presse
LE CAIRE

L'ex-président égyptien Mohamed Morsi était jugé samedi au Caire aux côtés de dirigeants de l'opposition islamiste mais aussi laïque et de gauche, dans un nouveau procès pour «outrage à magistrat» qui illustre la répression lancée par les autorités contre toute dissidence.

M. Morsi, destitué en juillet 2013 par l'ex-chef de l'armée et actuel président Abdel Fattah al-Sissi, a déjà été condamné à mort pour son rôle dans des évasions massives de prison et des violences durant la révolte de 2011 qui chassa Hosni Moubarak du pouvoir.

Dans le procès qui s'est ouvert samedi, et rapidement ajourné au 27 juillet, 25 personnes sont jugées, dont des dirigeants de la confrérie des Frères musulmans de M. Morsi et des figures des mouvements laïques et de gauche, fer de lance du soulèvement de 2011. Un 26e accusé, jouissant d'une immunité judiciaire, a été écarté de l'affaire.

Le pouvoir de M. Sissi est régulièrement accusé d'instrumentaliser la justice dans sa répression de l'opposition islamiste mais aussi laïque et de gauche.

Mais c'est la première fois que des personnalités politiques de tout bord se retrouvent ensemble sur le banc des accusés. En cela, l'affaire a une forte portée symbolique.

M. Morsi, seul dans un box des accusés, a une fois encore récusé la légitimité de ses juges, puisqu'il se considère toujours comme le président.

«Je refuse ce jugement, la cour n'a pas autorité pour me juger», a-t-il lancé, avant d'ajouter: «depuis novembre 2013, ma famille et mes avocats n'ont pas pu me rendre visite en prison».

Sept de ses co-accusés, dont le dirigeant des Frères, Mohamed al-Beltagui, l'ex-président du Parlement, Saad al-Katatni et le militant de gauche Alaa Abdel Fattah, se trouvaient dans une cage adjacente.

Les accusés sont jugés pour avoir tenu des propos offensants à l'encontre de l'institution judiciaire ou de ses membres, que ce soit dans des discours au Parlement, sur les réseaux sociaux ou dans des interviews.

«Revanche politique»

M. Morsi doit répondre d'accusations lancées lors d'une allocution peu avant sa destitution, dans laquelle il reprochait nommément à un juge d'avoir «couvert des fraudes électorales» lors des législatives de 2005.

M. Abdel Fattah, condamné à cinq ans de prison pour des violences lors d'une manifestation illégale, est jugé pour avoir critiqué sur Twitter les procédures légales lors de perquisitions en 2011 dans les locaux d'ONG égyptiennes et étrangères.

Ce procès illustre la «revanche politique» lancée par le régime actuel, a récemment déclaré à l'AFP son avocat Gamal Eid, affirmant sur le ton de l'ironie qu'il ne serait «pas étonné s'ils écopaient de la peine de mort».

Des centaines de pro-Morsi ont été condamnés à mort dans des procès de masse expéditifs, qualifiés par l'ONU de «sans précédent dans l'histoire récente» du monde. Des figures de la révolte de 2011 sont par ailleurs derrière les barreaux pour avoir violé une loi controversée limitant les manifestations.

«La répression de l'opposition ne fait que s'intensifier, et la justice est à la pointe de cette répression», a estimé Shadi Hamid, chercheur au Brookings Institute.

Durant l'audience, un responsable islamiste, Essam Soltan, a accusé les autorités carcérales de priver les détenus de «nourriture et de médicaments». Il a par ailleurs affirmé que Farid Ismaïl, un responsable des Frères musulmans avec qui il partageait sa cellule, décédé à l'hôpital ce mois-ci après un coma hépatique, était mort parce qu'il avait été «privé de traitement médical».

L'ex-député Moustafa al-Naggar fait également partie des accusés pour avoir dénoncé le premier verdict prononcé en juin 2012 contre M. Moubarak, jugé pour sa responsabilité dans le meurtre de centaines de manifestants en 2011.

L'ancien raïs avait alors écopé de la prison à vie, un verdict qui avait déclenché un tollé parmi ses détracteurs qui réclamaient la peine de mort. M. Moubarak a depuis été blanchi dans cette affaire.

«Ce que j'ai dit au Parlement n'était pas une insulte au judiciaire, mais un appel pour une réforme de l'institution et son indépendance», avait indiqué à l'AFP M. Naggar.

«Trois ans plus tard, mes propos sont toujours d'actualité. Moubarak a été acquitté et la justice n'est pas indépendante», avait-il ajouté.

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