La «route de l'Adriatique» succédera-t-elle à la «route des Balkans»?

Des policiers macédoniens montent la garde à la... (PHOTO OGNEN TEOFILOVSKI, REUTERS)

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Des policiers macédoniens montent la garde à la frontière avec la Grèce, près de la ville de Guevgueliya, dans le sud-est de la Macédoine, le 8 mars.

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Crise migratoire

Pour tout savoir sur la crise migratoire sans précédent qui perturbe l'Europe. »

Vessela SERGUEVA, les bureaux de l'AFP
Agence France-Presse
SOFIA

Hélicoptères, soldats... le gouvernement bulgare s'est offert ce week-end une démonstration de force à ses frontières en forme de message aux candidats à l'asile : passez votre chemin.

De son côté la Slovénie a annoncé mardi qu'elle ne laisserait plus, sauf exceptions «humanitaires», transiter de migrants par son territoire à partir de minuit (mardi 18h, heure de Montréal), avec pour finalité de fermer la route des Balkans.

L'accès à la Slovénie ne sera plus autorisé qu'aux «étrangers remplissant les conditions pour entrer dans le pays», à ceux souhaitant y demander l'asile, ainsi qu'à des migrants sélectionnés «au cas par cas, en fonction de motifs humanitaires et en accord avec les règles de l'espace Schengen», a indiqué un communiqué du ministère slovène de l'Intérieur.

La Bulgarie, comme l'Albanie, voisines de la Grèce, n'exclut pas que de nouveaux itinéraires migratoires, passant par leurs territoires, ne prennent le relais de l'actuelle «route des Balkans», quasiment fermée.

Lors d'un exercice conjoint des forces de l'ordre, samedi, à la frontière bulgaro-grecque, le premier ministre Boïko Borissov a annoncé le déploiement de 400 hommes supplémentaires dans cette zone située à moins de deux heures de route de la frontière entre Grèce et Macédoine, où sont bloqués depuis dix jours des milliers de Syriens et d'Irakiens.

«Nous disposons d'équipements de surveillance sophistiqués permettant d'arrêter une vague migratoire», s'est-il targué lundi en marge du sommet entre l'Union européenne et la Turquie.

Interrogé mardi par la radio autrichienne Ö1, le chef de l'Autorité nationale contre la traite humaine, Gerald Tatzgern, a témoigné d'une «recrudescence d'activité» des passeurs «dès les grands camps de la frontière turco-syrienne», à destination «non seulement de la Grèce, mais aussi directement depuis la Turquie vers la Bulgarie, pour ensuite continuer vers la Roumanie».

Plus au sud, les routes clandestines de l'exode pourraient aussi bifurquer vers l'Albanie et l'Italie.

Cette possibilité «ne doit pas être ignorée», a reconnu samedi dans la presse le ministre italien des Affaires étrangères, Paolo Gentiloni  qui veut lui aussi croire que le risque est maîtrisé grâce à «la coopération, active depuis longtemps, avec le gouvernement albanais».

La «route de l'Adriatique»

Rome devrait fournir prochainement des moyens logistiques et humains supplémentaires pour aider Tirana à contrôler ses frontières, selon des sources concordantes.

La «route de l'Adriatique» entre la côte albanaise et la région italienne des Pouilles a déjà été utilisée pour des vagues d'immigration massive. En 1991, des dizaines de milliers d'Albanais y avaient afflué sur des embarcations de fortune.

Entre Grèce et Albanie, les itinéraires clandestins à travers la montage ont également vu transiter des milliers de migrants albanais vers la Grèce dans les années 1990 et 2000 et sont bien connus des passeurs.

Des candidats à l'asile, parmi lesquelles des femmes et des enfants en grand nombre, se lanceront-ils sur ces chemins dangereux, physiquement très éprouvants et de plus en plus surveillés?

«C'est trop tôt pour le dire», estime Leonard Doyle, un porte-parole de l'Office international des migrations (OIM) interrogé par l'AFP. «La pression de l'Europe pour réduire les départs de Turquie est énorme, cela pourrait fonctionner».

Les pays de l'UE ont durci le ton lundi, lors d'un sommet à Bruxelles, et sont désormais prêts à reconduire en Turquie tous les migrants qui arrivent illégalement dans les îles grecques, sous réserve d'un accord restant à finaliser avec Ankara.



Nombreux obstacles

Le «corridor» migratoire qui a conduit en 2015 plus de 850 000 migrants de la Grèce à l'Allemagne, l'Autriche ou la Suède, en passant par la Macédoine et les autres pays de l'ex-Yougoslavie, n'a pas été déclaré officiellement fermé, mais il ne laisse plus passer dans les faits qu'une poignée de Syriens et d'Irakiens.

De son côté, la Bulgarie a déjà érigé à sa frontière terrestre avec la Turquie, longue de 259 kilomètres, une clôture de 30 km. Elle a entrepris de prolonger celle-ci sur 130 km. Quelque 2000 policiers sont d'ores et déjà déployés dans la zone.

Les camions transportant des clandestins à la barbe de policiers bulgares corrompus restent une réalité, mais Frontex a augmenté sa présence côté bulgare et la Turquie le nombre de ses gardes-frontières, selon l'analyste Vladimir Tchoukov.

De Bulgarie, la voie la plus directe pour rejoindre l'ouest de l'Europe passe par la Serbie. Mais il faut traverser une région montagneuse et la Serbie est peu encline à tolérer des passages massifs par son territoire.

Plus au nord, un crochet par la Roumanie est plus délicat encore : seuls deux ponts relient ce pays à la Bulgarie et une traversée en barque à travers le Danube «n'échapperait pas aux gardes-frontières», estime Vessela Tcherneva du Centre européen d'analyse de politique étrangère à Sofia.

Obstacle supplémentaire : la Hongrie, qui a déjà clôturé ses frontières avec la Croatie et la Serbie, a lancé des travaux préparatoires pour en faire autant avec sa frontière roumaine.

La Bulgarie, pays le plus pauvre de l'UE, s'est acquis la réputation d'un pays peu hospitalier envers les migrants. En 2015, près de 30 000 y ont été enregistrés, alors que des milliers d'autres passaient clandestinement. Des ONG font état de mauvais traitements systématiques par les forces de l'ordre.

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