Honduras: le président sortant proche d'être réélu, son rival crie à la fraude

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Juan Orlando Hernandez

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Marco SIBAJA, Noe LEIVA
Agence France-Presse
TEGUCIGALPA

Le chef de l'État sortant du Honduras, le conservateur Juan Orlando Hernandez, était jeudi en passe de remporter l'élection présidentielle face à son rival de gauche Salvador Nasralla, qui crie à la fraude.

M. Hernandez était en tête avec 42,48 % des voix contre 41,7 % pour M. Nasralla, star de la télévision et novice en politique, selon des résultats partiels portant sur près de 89 % des suffrages et publiés par le Tribunal suprême électoral (TSE).

Les premiers chiffres diffusés dans la nuit de dimanche à lundi créditaient de cinq points d'avance le candidat de l'Alliance de l'opposition contre la dictature sur le président, du Parti national. Depuis, l'écart s'est lentement resserré au fil du dépouillement avant que l'ordre ne s'inverse entre mercredi et jeudi.

Marco Ramiro Lobo, un magistrat du TSE, avait pourtant assuré mardi que l'avance du candidat de l'opposition était «irréversible».

Le président du TSE, David Matamoros, a assuré que le décompte des voix serait totalement achevé jeudi, quatre jours après le scrutin présidentiel à un tour qui opposait neuf candidats. Interrogé sur les accusations de fraude, il a refusé «d'entrer dans des querelles avec un candidat».

Mais la lenteur du dépouillement a créé un climat d'incertitude, de doute et de suspicion de fraude dans le pays.

Panne informatique

«Je ne comprends pas pourquoi ils mettent autant de temps et pourquoi il n'y a qu'un candidat (Hernandez) qui monte», s'est demandé Freddy Canales, serveur dans un café de Tegucigalpa, reflétant le sentiment de nombreux Honduriens.

D'autant que mercredi, le système informatique du TSE a subi une interruption de cinq heures et plusieurs autres incidents ponctuels, alimentant les soupçons.

«Nous ne reconnaissons pas les résultats parce qu'aujourd'hui (mercredi) le serveur (du TSE) est tombé en panne et ils ont commencé à entrer des données que nous ne pouvons autoriser, des procès-verbaux qui ne sont pas signés et vous pouvez le vérifier. Ce sont des procès-verbaux falsifiés. Ils ne sont pas signés des représentants» des bureaux de vote, a assuré Salvador Nasralla.

Marco Ramiro Lobo, du TSE, a déclaré à Radio America que ces incidents étaient inexplicables, car d'importants investissements avaient été faits dans le système informatique du tribunal. «J'ai des doutes parce que curieusement aujourd'hui, jour où la tendance s'inverse, le système informatique TSE a commencé à tomber en panne», a-t-il dit.

Signe des tensions grandissantes, jeudi à l'aube, la police a utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser une manifestation des partisans de M. Nasralla devant le siège du TSE. La veille, l'opposant avait accusé le tribunal de fraude et appelé ses sympathisants à se mobiliser pour défendre ce qu'il considère comme sa victoire.

Recomptage public

Salvador Nasralla, 64 ans, s'est présenté comme le candidat anticorruption et a bénéficié de son image d'outsider.

Arrivé au pouvoir en 2013 après des élections contestées par la gauche, Juan Orlando Hernandez, 49 ans, avait été autorisé par la Cour constitutionnelle à se représenter alors même que la Constitution du Honduras interdit toute réélection.

Il a demandé à ses partisans d'attendre les résultats dans le calme jusqu'au dépouillement «du dernier bulletin».

Jeudi, l'ex-président de gauche Manuel Zelaya, renversé en 2009 par un coup d'État militaire et dirigeant de la coalition de M. Nasralla, a proposé un recomptage en direct à la télévision des procès-verbaux litigieux et en présence des observateurs internationaux, qui ne se sont pas encore prononcés officiellement sur les derniers résultats.

«Qu'ils (les magistrats du TSE) ne disent pas qu'ils vont faire seuls le recomptage, car nous n'avons pas confiance» en eux, a-t-il déclaré.

Jorge Yllecas, militant du Front patriotique pour la défense de la Constitution, a souligné la perte de crédibilité du TSE.

«Aujourd'hui nous avons un tribunal électoral sans crédibilité, responsable de cette crise en agissant comme un subalterne du président. Il a créé une crise, une confrontation qui peut avoir des conséquences fatales», a-t-il prévenu.




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