Venezuela: deux autres personnes tuées lors des manifestations

Le débrayage du transport collectif semblait avoir paralysé... (PHOTO JUAN BARRETO, AFP)

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Le débrayage du transport collectif semblait avoir paralysé tous les autobus, et des milliers d'entreprises privées ont défié le gouvernement en fermant leurs portes.

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Maria Isabel SANCHEZ
Agence France-Presse
CARACAS

Deux manifestants ont été tués jeudi au Venezuela lors d'affrontements au cours de la grève générale convoquée par l'opposition contre le projet du président Nicolas Maduro de modifier la Constitution.

Barricades, commerces fermés, transports à l'arrêt: le pays était en partie paralysé. Lors de nombreux incidents, policiers et militaires ont lancé des grenades lacrymogènes et tiré du plomb de chasse pour disperser des manifestants qui barraient les rues en élevant des barricades.

La grève générale doit prendre fin vendredi à 6 h (heure de Montréal), et les blocages de rues se sont poursuivis dans la soirée de jeudi.

Le Parquet a annoncé que deux manifestants, âgés l'un de 24 ans et l'autre de 23 ans, ont été tués alors qu'ils participaient à des rassemblements respectivement à Los Tuques, une banlieue de Caracas, et à Valencia, dans le nord du pays. Il n'a pas donné d'indications sur les responsables de ces décès.

Le manifestant qui a péri à Los Tuques a été tué par balle, a précisé le Parquet, qui a ajouté qu'une dizaine de personnes avaient été blessées au cours des affrontements dans ces deux endroits.

Ces deux décès portent à 99 le nombre de personnes tuées en près de quatre mois de manifestations contre M. Maduro.

261 arrestations

Selon l'ONG Foro Penal, 261 personnes ont été arrêtées à travers le Venezuela au cours de la journée de jeudi, principalement à Caracas et dans les États de Zulia et de Nueva Esparta, tous deux situés dans le nord-est du pays.

Les antichavistes - du nom d'Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013, dont Nicolas Maduro est l'héritier - sont catégoriquement opposés à la désignation d'une Assemblée constituante: elle permettra selon eux de contourner le Parlement, où ils sont majoritaires depuis les élections de décembre 2015.

L'opposition a annoncé que son appel à la grève générale était largement suivi. «Nous avons atteint un chiffre de 85% de participation à la grève», a déclaré à l'AFP le député Freddy Guevara, vice-président du Parlement.

Peu auparavant, M. Maduro a au contraire affirmé que le mouvement était peu suivi. «Nous avons de nouveau gagné (...). Les seuls qui peuvent paralyser ce pays sont les chavistes», a affirmé le président, assurant que les secteurs clés de l'économie tournaient «à 100%».

Dans plusieurs quartiers de Caracas et d'autres villes comme Maracaibo, dans l'ouest du pays, les rues étaient bloquées par des barricades depuis le matin. Des affrontements entre les deux camps ou avec la police ont éclaté en divers endroits.

Le 30 juillet, les 545 membres de l'assemblée constituante doivent être élus avec pour mission de réécrire la Constitution.

Pour le gouvernement, cette future assemblée sera un «super pouvoir» qui pourra dissoudre le Parlement et dont la durée du mandat n'est pas définie.

Estimant le mode de désignation des candidats à l'assemblée constituante verrouillé et trop favorable au chavisme, l'opposition a choisi de boycotter le processus électoral.

Confronté à une intense pression diplomatique, le chef de l'État socialiste assure que le projet de Constituante sera maintenu «pour la paix et le redressement économique» du pays. Il rejette les menaces de sanctions économiques du président américain Donald Trump en cas d'élection de cette assemblée.

La grève générale est soutenue par le patronat, les chambres de commerce et d'industrie, une partie des syndicats, les étudiants et les entreprises de transport.

Certains secteurs économiques, accusés par le président de mener une «guerre économique», craignent l'instauration, via l'assemblée constituante, d'un modèle économique «à la cubaine».

Industrie pétrolière stratégique

Le gouvernement, qui a menacé de sanctions les entreprises participant à la grève, contrôle la très stratégique industrie pétrolière et la fonction publique, qui compte près de trois millions d'employés.

Entre décembre 2002 et janvier 2003, une grève générale convoquée par l'opposition à Hugo Chavez avait paralysé la production de la compagnie nationale des pétroles, la PDVSA. Quelque 17 000 grévistes de PDVSA avaient été licenciés.

L'entreprise a dit fonctionner normalement jeudi.

Frappé par une grave pénurie d'aliments et de médicaments et une inflation galopante, le Venezuela a perdu 70% des ses entreprises ces dix dernières années, et celles qui restent fonctionnent à 30% de leurs capacités, selon le syndicat patronal Fedecamaras.

70% des Vénézuéliens rejettent l'Assemblée constituante, selon l'institut Datanalisis. Un rejet confirmé par le vote massif de 7,6 millions de personnes à la consultation symbolique organisée par l'opposition dimanche.

Seule l'armée, soutien inconditionnel de M. Maduro, pourrait faire pencher la balance, juge le politologue Luis Salamanca. Mais cela semble peu probable: mercredi encore, en rejetant les menaces de Donald Trump, le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino Lopez, a promis de défendre l'élection de cette assemblée controversée.




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