La Colombie sur le chemin ardu d'une paix réelle avec les FARC

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Le président colombien Juan Manuel Santos fait l'accolade au leader des FARC, Timoleon Jimenez, surnommé Timochenko.

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Florence PANOUSSIAN
Agence France-Presse
BOGOTA

La Colombie doit relever le défi de faire de la paix une réalité, après avoir ratifié l'accord avec la guérilla des FARC, dont l'application comporte de multiples étapes avant que la page de plus d'un demi-siècle de conflit armé soit tournée.

«Aujourd'hui 1er décembre 2016, nous pouvons dire qu'officiellement cette guerre est terminée», a déclaré le président Juan Manuel Santos, en saluant ce «premier jour de paix», lors d'une cérémonie à l'école militaire de l'aviation.

À partir de ce jeudi, considéré par le gouvernement comme le «Jour J» du début de l'application de l'accord avec les FARC, les guérilleros ont cinq jours pour entamer leur ultime marche à travers les montagnes et les jungles du pays, et rejoindre les 27 zones où ils vont déposer leurs armes et préparer leur retour à la vie civile.

La première étape sur la voie d'une paix réelle consiste à permettre aux combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes) de se déplacer sans risquer d'être arrêtés par les forces de l'ordre.

Pour cela, le gouvernement prépare des mesures de grâce, dans l'attente du vote de la loi d'amnistie prévue par l'accord.

«Le président de la République, le gouvernement, ont la faculté d'octroyer des grâces en faveur de ceux qui ont commis des crimes politiques», a déclaré le Haut commissaire pour la paix, Sergio Jaramillo, jeudi lors d'une conférence de presse.

Amnistie «urgente»

Soulignant que «la loi d'amnistie est urgente», le ministre de l'Intérieur, Juan Fernando Cristo, a précisé qu'elle serait présentée la semaine prochaine au Parlement.

Le gouvernement espère que la Cour constitutionnelle donnera son feu vert au mécanisme de «fast track» qui, en réduisant les débats parlementaires, permettra une approbation rapide des textes d'application du pacte avec les FARC qui, une fois désarmées, vont se transformer en parti politique. La Cour doit l'étudier le 12 décembre.

L'Union européenne (UE) a annoncé jeudi que ce même 12 décembre sera signée à Bruxelles la constitution d'un fonds d'aide à la Colombie, afin de garantir «le succès du processus de paix». M. Santos a précisé que ce fonds «de plus de 90 millions de dollars» financera des investissements de développement rural.

L'accord, qui prévoit la fin du regroupement des guérilleros d'ici le 31 décembre et la fin de leur désarmement d'ici six mois, a été approuvé mardi par les sénateurs, puis mercredi par les députés.

Pour la mission de l'ONU en Colombie, cette ratification est porteuse de «la promesse d'une nouvelle ère de paix après plus de cinq décennies d'un conflit prolongé et brutal».

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a salué «l'énorme mérite du peuple colombien, sa persévérance, son engagement», et estimé qu'une «reconnaissance particulière» était due au président Santos.

Après son rejet lors du référendum du 2 octobre, le texte, négocié pendant presque quatre ans avec les FARC, a été révisé pour y inclure des propositions de l'opposition.

«Avancer rapidement»

Pour ce second accord, M. Santos a cette fois choisi la ratification par la voie parlementaire, afin que l'accord entre en application le plus vite possible.

«La situation actuelle de cessez-le-feu et de préregroupement de la guérilla est fragile», a argué le chef négociateur de paix du gouvernement, Humberto de la Calle, en référence à la mort de deux guérilleros et aux meurtres de leaders communautaires depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 29 août.

Le conflit armé, dans lequel ont été impliquées une trentaine de guérillas, des milices paramilitaires d'extrême droite et l'armée, a fait au moins 260 000 morts, plus de 60 000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

Outre l'amnistie, le Congrès examinera dès la semaine prochaine un paquet de projets de loi, dont celui sur la participation politique des FARC, selon M. Cristo.

Avant l'annonce des mesures de grâce, les FARC, la principale guérilla de Colombie, issue en 1964 d'une insurrection paysanne, avaient averti que leurs quelque 5700 combattants ne rejoindraient les zones de démobilisation qu'une fois l'amnistie votée.

M. Santos, lauréat du Nobel de la Paix 2016 pour sa détermination à en finir avec la guerre, entend parvenir à une «paix complète» en négociant aussi avec l'Armée de libération nationale (ELN). Mais les discussions préparatoires avec cette guérilla, qui compte environ 1500 combattants, ont été mises en suspens jusqu'au 10 janvier.

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