Nicaragua: la première dame brigue la vice-présidence

La femme du président nicaraguayen Daniel Ortega, Rosario... (PHOTO OSWALDO RIVAS, ARCHIVES REUTERS)

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La femme du président nicaraguayen Daniel Ortega, Rosario Murillo, tentera de se faire élire à la vice-présidence lors des élections de novembre.

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La femme du président en mène large dans l'appareil du pouvoir, au Nicaragua.

« Rosario Murillo a une influence et un pouvoir considérables au sein du gouvernement nicaraguayen », affirme Kevin Parthenay, de l'Observatoire politique pour l'Amérique latine et les Caraïbes de l'Institut d'études politiques de Paris (Sciences Po).

Conseillère de l'ombre jusqu'à maintenant, elle risque fort d'être élue vice-présidente, le président Daniel Ortega ayant annoncé il y a quelques semaines que sa femme serait sa colistière lors des élections de novembre prochain.

« Ce n'est pas une surprise », affirme Tim Rogers, rédacteur en chef pour l'Amérique latine de Fusion, un site internet et une chaîne de télévision américaine de langue anglaise destinée à un public latino-américain.

« C'est officialiser ce qui est la réalité de facto depuis [qu'Ortega a repris le pouvoir en] 2007. » - Tim Rogers, Fusion

Et cette influence de Rosario Murillo ne date pas d'hier. « Elle a souvent été présentée comme la tête pensante du sandinisme révolutionnaire de 1979 », dont son mari faisait partie, souligne Kevin Parthenay, la qualifiant d'« idéologue » qui alimentait la réflexion de son mari, qui l'aidait stratégiquement « comme le ferait un directeur de campagne ».

OBJECTIF : PRÉSIDENCE ?

S'il n'était donc pas nécessaire que Rosario Murillo ait un titre officiel pour jouer un rôle important dans les cercles du pouvoir, sa candidature à la vice-présidence a donc un autre objectif, de l'avis de plusieurs observateurs : celui de succéder un jour à son mari.

« Ce que tout le monde se demande, c'est pourquoi cela arrive maintenant », explique Tim Rogers, qui évoque des rumeurs sur l'état de santé du président Ortega, qui aura bientôt 71 ans.

Même en santé, le président pourrait « s'effacer dans le cours d'un mandat pour laisser la présidence à sa femme », avance pour sa part Kevin Parthenay.

La situation ne manque pas d'ironie : le Front sandiniste de libération nationale (FSLN), dont faisaient partie les Ortega, a mené la révolution pour débarrasser le pays de la dynastie des Somoza, une famille de dictateurs qui a régné sur le Nicaragua de 1936 à 1979.

AUTORITARISME, NÉPOTISME ET CORRUPTION

Plusieurs voient dans cette candidature une étape de plus dans la dérive autoritaire du président Ortega depuis son retour au pouvoir en 2006, lui qui avait dirigé le pays une première fois de 1979 à 1990.

« Il a systématiquement et méthodiquement démantelé tous les gages de la démocratie », constate Tim Rogers, selon qui le président contrôle « toutes les branches du gouvernement » ainsi que bon nombre de médias.

« Le système qui lui a permis d'être démocratiquement élu président en 2006 n'existe plus », lance Tim Rogers.

En plus d'abolir la limite du nombre de mandats présidentiels, Daniel Ortega a fait abaisser à 35 % le seuil nécessaire pour qu'un président soit élu dès le premier tour.

Les libertés individuelles des Nicaraguayens souffrent elles aussi de l'autoritarisme du président, affirme Kevin Parthenay, qui parle d'une « gestion violente, très dure de la contestation sociale ».

L'ombre du népotisme plane aussi sur Daniel Ortega, dont tous les enfants sont impliqués de près ou de loin dans le pouvoir, dont Laureano Ortega, qui gère le titanesque et contesté projet de canal transocéanique.

La famille présidentielle est par ailleurs soupçonnée de tremper dans la corruption.

« Les Ortega se sont enrichis de manière considérable, toute la famille et aussi des proches des Ortega, depuis qu'ils sont arrivés au pouvoir. » - Kevin Parthenay, Institut d'études politiques de Paris

Si la communauté internationale fait peu de cas de la situation, c'est parce que « le problème du Nicaragua n'est pas exportable en ce moment », l'État parvenant par son autoritarisme à « maintenir l'ordre social », estime Tim Rogers.

Kevin Parthenay abonde dans le même sens, parlant d'un « pays qui ne revêt pas d'intérêt stratégique, ni pour les voisins ni pour les puissances proches, notamment pour les États-Unis ».

Le chercheur ajoute que les pays voisins « n'élèvent pas la voix », même s'ils disposent de leviers pour faire pression sur Managua, car « ils sont tout à fait conscients de ne pas être irréprochables non plus ».

L'opposition nicaraguayenne aura pour sa part « les plus grandes difficultés du monde à s'opposer aux Ortega tellement le pouvoir est verrouillé », poursuit Kevin Parthenay.

« Ils peuvent faire la pluie et le beau temps et tirer toutes les ficelles, jusqu'à déconstruire l'opposition », selon M. Parthenay.

Le chercheur souligne toutefois qu'il serait hasardeux de prédire que la famille Ortega régnera encore longtemps sur le Nicaragua.

« L'Amérique centrale a une histoire très riche en retournements de situation un peu brutaux, voire violents, dit-il. Il n'est pas exclu que la société civile se réveille, avant ou après la réélection de Daniel Ortega, pour le sortir. »

LE NICARAGUA EN CHIFFRES

6,3 millions d'habitants

2350 $ : revenu national brut par habitant

29,6 % de la population vit sous le seuil de la pauvreté

Sources : encyclopédie Britannica, CIA World Factbook

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