#MiPrimerAcoso, le mot-clic qui libère la parole des Mexicaines

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Le 24 avril, des milliers de personnes ont manifesté à Mexico contre la violence faite aux femmes, un fléau au Mexique.

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Emmanuelle Steels

Collaboration spéciale

La Presse

(Mexico) Les vannes sont ouvertes, plus rien ne peut retenir le flot de récits qui se déverse, depuis la fin d'avril, sur le réseau social Twitter. Un mot-clic rallie des milliers de femmes qui, au-delà des slogans bien tournés et des formules toutes faites, livrent leur propre expérience d'agression : #MiPrimerAcoso (« mon premier harcèlement »).

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Le 24 avril, des milliers de personnes ont manifesté à Mexico contre la violence faite aux femmes, un fléau au Mexique.

Photo Ginnette Riquelme, Reuters

En 140 caractères, les Mexicaines racontent la première fois qu'elles se sont heurtées au harcèlement de rue et à la violence machiste.

« J'étais enfant. Un homme m'a demandé où se trouvait la rue Bahamas. Je me suis approchée. Il se masturbait. J'ai été saisie, sans comprendre », raconte Elisa.

« J'avais 5 ans et le concierge m'invitait à voir des dessins animés. Et il me touchait », se souvient Alejandra.

« J'avais 11 ans. Un homme est passé en vélo et m'a touché un sein. Une dame dans la rue m'a dit que c'était de ma faute, que je n'avais pas à porter cette blouse », rapporte Violetta.

« J'avais 9 ans. C'était une réunion familiale. Personne ne l'a su et je souffre en pensant qu'aujourd'hui encore, personne ne me croirait », relate Tania.

Incompréhension, peur, honte, culpabilité, impuissance... Toute la gamme des malaises est perceptible dans ces traumatismes de petites filles, ravivés par les internautes mexicaines.

« La première chose révélée par #MiPrimerAcoso, c'est que la majorité subit le premier harcèlement à l'âge de 7 ans », explique Catalina Ruiz-Navarro, la journaliste colombienne installée au Mexique qui a lancé le hashtag dans ce pays, où il a véritablement décollé. « 420 tweets par heure », se souvient cette activiste en parlant du samedi 23 avril, le jour où elle a décidé de repêcher l'idée d'un mot-clic créé par l'organisation féministe brésilienne Think Olga en 2015.

« Récits déchirants », « témoignages poignants », « le mot-clic qui secoue la société », « la vérité révélée » : depuis deux semaines, la presse mexicaine ne cesse de saluer le phénomène. Des personnalités du monde politique, médiatique, intellectuel racontent leur « première fois ».

Derrière les statistiques

#MiPrimerAcoso apporte du vécu aux statistiques : deux Mexicaines sur trois affirment avoir été victimes d'une agression sexuelle. Mais seule une victime sur cinq décide de porter plainte. Parfois, il est impossible d'identifier les agresseurs, comme dans les transports publics, leur terrain de prédilection. « Le wagon est bondé, tu sens qu'on te touche, mais tu ne sais pas d'où ça vient », explique Sara, une usagère du métro, qui estime que crier est la seule solution pour ne pas se sentir impuissante.

Malgré les wagons réservés aux femmes aux heures de pointe et la présence des policières du groupe Atenea, chargées de prévenir ce type d'agression, le métro de Mexico est considéré comme le deuxième au monde en matière de dangerosité pour les femmes, après celui de Bogotá.

Le mot-clic et les conversations agissent comme un catalyseur de mémoire : « Je n'ai jamais subi de harcèlement », affirme une femme interrogée dans le métro. Puis, au bout de quelques minutes : « Maintenant que j'y pense, il y a quelque temps... »

« L'un des effets du mot-clic, c'est que les femmes ont commencé à se souvenir », se réjouit Catalina Ruiz-Navarro. « Mais ce qui importe, ce n'est pas d'en parler sur Twitter ou dans les médias, mais d'en parler entre nous, partout, à la maison, entre amies, avec les hommes », souligne la journaliste. La chape de silence soulevée, les langues se délient.

#YoHeAcosado, la réplique des hommes

« C'est un bon moment pour renoncer à notre protagonisme masculin. Taisons-nous, écoutons, accompagnons », suggère sur Twitter le sexologue mexicain César Galicia, en allusion aux récits des femmes harcelées. D'autres internautes incitent à s'unir à la catharsis : « Les hommes devraient utiliser #MiPrimerAcoso pour raconter la première fois qu'ils ont harcelé une femme », propose l'un d'eux. Dans la foulée, le mot-clic-miroir #YoHeAcosado (« J'ai harcelé ») est créé. Quelques hommes se jettent à l'eau : « J'ai honte, je l'ai fait et j'en suis désolé. Nous pouvons changer ! » Mais la réaction reste timide. #MiPrimerAcoso n'a pas suscité que des élans de solidarité masculine. Malgré l'ampleur du phénomène et la diversité des profils de femmes qui se confient, beaucoup d'internautes ont interprété cette démarche comme une attaque en règle contre les hommes, traitant parfois les auteures de ces récits de « feminazis ».

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